Paiement des
frais de scolarité

Les premiers jours d’avril se sont à peine écoulés qu’un combat musclé s’est déclenché entre les écoles privées et les parents d’élèves, qui appellent à une exemption des frais mensuels de scolarité ou du moins, à privilégier des facilités de paiement, essentiellement pour les familles dont les revenus ont été affectés par le ralentissement de l’activité économique, en raison de la pandémie de nouveau coronavirus.

Une
correspondance de plusieurs écoles privées adressée aux parents d’élèves leur
rappelant de s’acquitter des frais de scolarités de leurs enfants pour le mois
d’avril a été très mal reçue par les familles ayant perdu leur principale
source de revenu ou vu leurs ressources diminuer, plaçant ainsi les
établissements scolaires sur le banc des accusés, pour ce que certains ont
qualifié de «cupidité» et d’«insensibilité». Sur le paiement ou l’exemption de
ces frais mensuels, certains trouvent normal que les écoles privées
revendiquent leurs frais de scolarité, car dans le besoin de garantir la
continuité de leurs activités d’entreprises éducatives.

Ces mêmes
personnes considèrent que ces établissements ont fermé leurs portes
conformément à la décision du ministère de tutelle, notant qu’elles poursuivent
leurs activité pédagogique selon un planning déterminé et constatant que leurs
salariés doublent d’efforts pour communiquer avec les élèves à distance, en
mobilisant tous les moyens pouvant aider au succès de cette opération.

L’autre
catégorie de parents d’élèves critique, de son côté, «une prédominance du gain»
manifestée par les établissements d’enseignement privés, qui n’ont pas tenu
compte de la situation difficile que traversent de nombreuses familles, dans
l’attente de ce que les jours qui viennent leur réservent, à l’heure où le virus
continue de se propager.

Père de deux
enfants, Mohamed n’a pas caché son mécontentement après un appel téléphonique
de la part de l’administration de l’école lui rappelant de payer les frais du
mois d’avril.

«C’était
exactement le premier avril», souligne Mohamed, «et c’est ce qui m’a davantage
indigné. Ne pouvaient-ils pas attendre une ou deux semaines le temps que nous
arrangions les choses de notre côté? Ne se soucient-ils guère de notre
situation?»

Travaillant dans
l’événementiel, Mohamed a vu ses activités s’interrompre et s’est retrouvé dans
l’incapacité de payer les revenus de dix de ses employés. Il trouve donc que
les écoles n’ont pas le droit de demander de paiements, étant donné que leurs
employés bénéficieront des indemnités de la Caisse nationale de sécurité
sociale (CNSS).

Leila, mère
d’une fillette, fait savoir, pour sa part, qu’elle ne réglera pas les frais de
scolarité même si sa situation financière ne souffre pas de la crise actuelle,
parce qu’elle considère que le service pour lequel elle paie une contrepartie
n’existe plus et qu’il est donc naturel qu’elle s’abstienne de payer les frais
d’un mois que sa fille va passer à la maison.

Quant à
l’enseignement à distance, Leila ajoute que sa fille «n’en tirera aucun profit»,
expliquant qu’elle veille à ne pas l’exposer longtemps aux écrans pour ainsi
lui éviter les dangers qu’ils impliquent aussi bien pour sa vue que pour son
développement et se demande, à la même occasion, pourquoi l’on ne va pas puiser
dans les frais d’assurances versés chaque début d’année dans ce contexte exceptionnel.

A son tour,
Naoual estime qu’il n’est pas raisonnable de revendiquer le paiement des frais
de scolarité, dans la mesure où les cours à distance demandent des frais
supplémentaires, parmi lesquels la souscription à un abonnement internet, l’achat
d’ordinateurs et de tablettes, mais aussi la procuration d’imprimantes, pour
ainsi limiter l’exposition des enfants aux écrans et ce, sans parler des
efforts que doivent fournir les parents pour suivre de près leurs enfants et
s’assurer qu’ils ont bien assimilé le contenu de leurs leçons, particulièrement
les parents qui continuent de se déplacer sur leurs lieux de travail.

Ce que réfute
catégoriquement Khadija, mère de deux enfants au primaire, surprise par le
refus de certains parents de payer les frais de leurs enfants. Exception faite
des familles financièrement affectées par le nouveau coronavirus, dit-elle,
tout le monde est appelé à son devoir pour protéger ces écoles de la faillite,
vu qu’elles fonctionnement sur la base de ces paiements.

Pour répondre
aux critiques adressées au établissements d’enseignement privés, le président
de l’Alliance de l’enseignement privé au Maroc, Abdeslam Ammor, a indiqué que
le paiement des frais du mois d’avril constitue «une mesure routinière qui se
fait à chaque début de mois qu’importent les circonstances», se disant étonné
que les parents aient lié les frais de scolarité mensuels à la présence de
leurs enfants en classe, jugeant qu’ils en seraient épargnés étant donné
l’absence de présence physique à l’école. S’exprimant dans une déclaration à la
MAP, M. Ammor a relevé que les écoles privées sont des institutions citoyennes
prêtes à tendre la main aux familles touchées par les répercussions de la
pandémie, soit en reportant le paiement des frais mensuels, soit en les payant
par traites soit en les en exemptant totalement si les circonstances le
nécessitent, à condition que les parents dans le besoin soumettent des demandes
et des documents qui justifient la précarité de leur situation, notant que «l’essentiel
c’est de poursuivre l’activité éducative pour finir le programme à la fin de
l’année scolaire».

M. Ammor s’est
arrêté, dans ce sens, sur la fragilité du secteur de l’enseignement privé au
Maroc, expliquant qu’il existe environ 6.000 établissements scolaires privés
dans le Royaume, parmi lesquels 70% considérés comme moyens à petits, avec des
frais mensuels ne dépassant pas les 800 dirhams, jugeant qu’il est difficile
pour ces entités-là de faire face à toute interruption ou problème financier
censés freiner leur fonctionnement normal.

Concernant les
écoles privées qui réclament leurs mensualités tout en bénéficiant des
compensations de la CNSS, M. Ammor a affirmé que cette question «ne se pose pas»
et a ajouté qu’aucun recours à cette Caisse ne sera fait «puisque les écoles et
les enseignants continuent de travailler et les élèves continuent de recevoir
leurs cours».

Il a précisé,
dans ce même cadre, que le gouvernement donne la possibilité de bénéficier des
prêts «Damane Oxygène», qui vont permettre aux établissements scolaires de
payer leurs salariés et de couvrir l’ensemble de leurs dépenses mensuelles.

Rappelant que la
décision ministérielle de suspendre les cours a mis l’accent sur la continuité
pédagogique à distance, il a souligné que les établissements d’enseignement ont
consacré tous les moyens possibles pour dispenser les cours à domicile,
ajoutant que ces établissements ont été obligés de s’adapter à cette nouvelle
réalité, en faisant recours, dans un premier temps, à des outils comme WhatsApp
et Facebook, pour ensuite développer d’autres mécanismes, qui utilisent des
applications interactives et audiovisuelles, gratuites pour quelques-unes,
payantes pour d’autres.

Pour conclure,
M. Ammor s’est arrêté sur la nécessité de ne pas licencier les employés de
l’enseignement privé, mais de garantir la stabilité sociale du staff
pédagogique qui poursuit son travail, ainsi que celles des employés dont les
activités ont été provisoirement suspendues, notamment les chauffeurs et les
femmes de ménages.

(Karima Hajji (MAP)

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Auteur: M’hammed rahal
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