Des
écrivains à l’heure du Covid-19

Abdelghani
Fennane*

Le confinement, je le vis plutôt normalement, du moins jusqu’à présent. Peu de choses ont changé dans mon «rituel», si ce n’est les cours à la fac assurés à distance et le sevrage de l’apéro du soir, de temps en temps, encore que récemment je suis de moins en moins nocturne. Il faut aussi ajouter que j’ai des sommeils un peu plus prolongés.

Mon épouse est en cessation d’activités. Je calais mes
réveils sur les siens et elle sur les miens. Sinon mon emploi du temps est
presque pareil: la promenade du chien (il s’appelle «Roman») deux fois par jour,
le matin et en fin d’après-midi, les repas, un peu de temps pour la télé,
surtout pour les infos (c’est généralement le matin l’occasion de fumer
l’unique cigarette de la journée) et autant de lecture possible (j’écris peu en
ce moment) dans la pièce qui me sert de bibliothèque et où je passe le plus clair
de la journée.

Je profite plus  qu’avant
de la terrasse quand il fait beau et où il m’arrive aussi de faire des
exercices physiques. Le confinement, ce sont les images à la télé, internet et
le silence autour de la maison. Silence bienfaisant mais pesant par moment,  qui me le rappelle. Le drame de ce qui se
passe dans le monde en ce moment et le pressentiment de sa gravité, car on ne
sait pas tout.  Je conscientise autrement
que par une expérience particulière de la durée et du rapport à l’espace.  Vous savez, quand on vit de lecture et d’écriture
on s’habitue à la solitude.

La mienne est faite aussi de compagnie complice et
amoureuse  et que beaucoup d’œuvres sont
le fruit de l’enfermement. Henri Matisse a commencé à peindre quand il était
malade et qu’il ne pouvait plus bouger,  Roland Barthes a vécu, peut-on dire, sa
conversion littéraire de grand lecteur au sanatorium où il se soignait d’une
tuberculose,  la prison a aussi accouché
d’écrits à foison. Il y a des degrés d’enfermement.

On peut dans ce cas parler des vécus respectifs de Flaubert,
Duras, Proust, Kafka, Blanchot…qui avaient un rapport particulier avec
l’extérieur et une sociabilité différente de celle convenue. Oui, il y a aussi  différentes formes de sociabilité.

Cinq livres à suggérer aux lecteurs : L’Amérique de
Frantz Kafka, El Tunel de Ernesto Sabato, Négritudes du Maroc et du Maghreb de
Bouazza Benachir, Les Cahiers de Malte Laurids Brigge de Rainer Maria Rilke et Jacques
Dupin, Le Corps clairvoyant, la lecture du moment.

*Écrivain

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Auteur: M’hammed rahal
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