Le mouvement du 22 février fête ses 100 jours d’existence. Depuis ce vendredi où le peuple a répondu à un appel anonyme sur les réseaux sociaux pour s’opposer au 5e mandat du président sortant, le feu sacré de la contestation ne s’est pas consumé.

«Lorsque des jeunes sont descendus dans les rues de la ville de Kherrata, le 16 février 2019, ils ne pouvaient pas imaginer qu’une semaine plus tard des millions d’Algériens agiront de même dans tout le pays.

Les manifestants ont non seulement rejeté l’intention de Bouteflika de briguer un 5e mandat, mais ont également exigé un changement radical du système, qualifié de corrompu et non démocratique», analyse Soulef Guessoum, experte, spécialisée dans les assemblées élues et la participation politique inclusive.

Plus de trois mois après le lancement d’une dynamique salutaire, la rue maintient sa mobilisation et refuse de céder d’un iota sur ses revendications. «La feuille de route du peuple ne souffre d’aucune ambiguïté. Au 100e jour de notre révolution, nous la soumettons de nouveau aux tenants du pouvoir : non à une élection organisée par les responsables de la crise, oui pour une période de transition conduite par des personnalités intègres et consensuelles», rappelle Hamid, un syndicaliste croisé à la marche du 15e acte de la contestation.

«C’est un cap symbolique, c’est aussi un baromètre de la survie du mouvement, lequel passé le seuil des trois premiers mois, atteste de la stoïcité de ses meneurs et de l’élan qu’il a acquis, nous sommes dans ce cas précis», selon H. Zitouni, un militant de tous les combats démocratiques. Et de rebondir : «L’heure n’est pas au bilan. Tant que le système actuel n’est pas encore évincé, tant la primauté de la solution politique sur celle constitutionnelle n’est pas entérinée, la victoire demeure à conquérir.» A ce propos, d’aucuns renvoient à toutes les déclarations du chef d’état-major où la solution à la crise réside dans l’option constitutionnelle que celle politique. «Ahmed Gaïd Salah tient un discours récurrent qui miroite l’élection présidentielle du 4 juillet comme ultime voie de sortie de crise.

Même en l’absence de candidats, l’alternative politique est occultée. Le dialogue auquel il a appelé la semaine écoulée est encore une stratégie pour le maintien du système honni par le peuple. Ce dernier récuse, de surcroît, l’application de l’article 102 de la Constitution au détriment des 7 et 8 qui confèrent au peuple le pouvoir et la souveraineté», explique un fonctionnaire à la retraite, pour lequel le mouvement populaire a permis de se pencher sur la Loi fondamentale du pays. Et ce n’est pas faux. De l’avis de certains observateurs, dont la juriste Nadia Aït Zaï, «le hirak a incité le citoyen algérien à s’intéresser à la Constitution».

SUR LA BONNE VOIE

L’engagement populaire s’inscrit désormais dans la durée face à une hypothétique transition politique, que le pouvoir en place refuse de lui concéder au nom de la sacro-sainte Constitution, qu’il a lui-même foulé au pied plusieurs fois durant les 20 années de règne de Abdelaziz Bouteflika. Une interprétation des articles à mauvais escient. «La Constitution est actuellement utilisée pour ignorer les revendications du peuple et empêcher toute transition démocratique vers un changement de régime. Jusqu’à présent, le système n’a fait montre d’aucune inclination en faveur d’un changement, alors que l’écart avec le peuple se creuse davantage», résume notre experte.

Dans une publication, le Pr B. Smain met le point sur certains résultats qualifiés d’importants qui ont scellé «le départ de Bouteflika comme symbole suprême d’un régime despotique et comme concepteur d’une dynastie tyrannique, celui de Belaïz comme principal manœuvrier de la pérennité de ce pouvoir et celui des gardiens du temple». Durant ces 100 jours du hirak, il y a eu des enquêtes sur des cas de corruption et de détournement de fonds.

Des hommes d’affaires sont arrêtés et traduits devant les tribunaux. Les dossiers de 12 hauts responsables, dont deux ex-Premiers ministres, sont transférés devant la Cour suprême. Le frère du Président, des généraux et la secrétaire générale du PT sont incarcérés pour d’autres motifs.

Mais peut-on qualifier cela d’avancées ? Pas sûr pour la vox populi : «C’est cette même justice qui condamne à la prison des détenus d’opinion, certains en sont morts dont Kamel Fekhar.» La communauté estudiantine, qui a fait de sa protesta le fer de lance du mouvement du 22 février, affiche une relative satisfaction : «Ce n’est pas une opération arithmétique, plutôt un itinéraire qu’on balise au fur et à mesure que les jours passent.

Nous avons évité un 5e mandat, ébranlé les soubassements d’un système, porté le débat dans la rue, et nous nous sommes affranchis de la peur… Ceci étant, la transition que nous souhaitons semble prendre un peu plus de temps.» Pour Nasser Djebbar, enseignant universitaire, les acquis sont plutôt d’ordre moral : «Le peuple a repris confiance en lui-même et a pris conscience qu’il est l’unique source de pouvoir.

Il a surtout réussi à préserver cette image, sans filtres ni retouches, qu’il affiche chaque semaine à la face du monde, celle d’un mouvement pacifique

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Auteur: Hicham Chouadria
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