11,3% ont un dispositif permanent / Cancer au travail : Les entreprises marocaines encore en retrait11,3% ont un dispositif permanent / Cancer au travail : Les entreprises marocaines encore en retrait

Etude
Si la sensibilisation au cancer gagne du terrain dans le monde professionnel, les dispositifs d’accompagnement des salariés concernés peinent encore à s’inscrire dans la durée. Selon une enquête de DRH.ma menée auprès de 113 entreprises au Maroc, seules 23,9% disposent d’un dispositif structuré tout au long de l’année. La préparation des managers, le retour à l’emploi et la protection des carrières figurent parmi les principales lacunes identifiées.


La mobilisation des entreprises marocaines à l’occasion d’Octobre Rose ne se traduit pas encore systématiquement par des politiques RH pérennes. C’est l’un des principaux enseignements de l’enquête « Octobre Rose en Entreprise 2026», publiée par DRH.ma le 19 octobre. Sur les 113 entreprises interrogées, seules 27 disposent d’un dispositif structuré tout au long de l’année. La majorité, soit 61,9%, privilégie des actions ponctuelles, principalement organisées en octobre, tandis que 14,2% ne disposent d’aucun dispositif. Ces résultats mettent en évidence un décalage entre la visibilité accordée à la sensibilisation au cancer et la mise en place de mesures concrètes pour accompagner les collaborateurs confrontés à la maladie. Les campagnes de communication restent le principal levier de mobilisation. Parmi les 97 entreprises déclarant mener des actions autour d’Octobre Rose, 97,9% organisent des opérations de sensibilisation et 58,8% proposent des conférences ou des ateliers animés par des professionnels de santé.
En revanche, le passage de l’information à la prévention concrète demeure limité. Seules 23,7% des entreprises concernées organisent des opérations de dépistage en partenariat avec des structures médicales. Par ailleurs, 19,6% accordent des autorisations d’absence ou aménagent les horaires de travail afin de faciliter l’accès au dépistage. L’enjeu consiste donc à dépasser les campagnes de communication pour intégrer la prévention dans les pratiques courantes de l’entreprise, en tenant compte des contraintes professionnelles et de l’accès aux soins.

Des protections encore incomplètes
Sur le volet social, 82,3% des entreprises interrogées déclarent disposer de mécanismes de protection sociale ou de maintien des revenus pour les collaborateurs atteints d’un cancer. L’assurance maladie complémentaire constitue le principal dispositif cité, tandis que les aides financières exceptionnelles et les avances sur salaire représentent également des formes de soutien.
Toutefois, le maintien intégral ou partiel de la rémunération pendant un arrêt maladie ne concerne que 31 entreprises, soit 27,4% de l’échantillon. Les aménagements des conditions de travail sont davantage répandus : 79,6% des répondants ont prévu ou mis en place des adaptations, notamment des horaires aménagés ou une modification des missions. Le télétravail reste néanmoins limité à 26,7% des entreprises ayant déclaré de tels aménagements.

Managers et retour au travail : Des lacunes persistantes
L’accompagnement managérial constitue l’un des points faibles révélés par l’étude. Seules 22,1% des entreprises interrogées déclarent avoir préparé leurs équipes managériales et RH à la gestion de la maladie d’un collaborateur. Parmi elles, sept proposent une véritable formation et une seule dispose d’un guide pratique abordant notamment l’annonce de la maladie et le respect de la confidentialité. Le retour à l’emploi soulève également des difficultés. Si 46% des entreprises ont prévu un dispositif de réintégration, celui-ci repose fréquemment sur une évaluation des besoins avec le médecin du travail. Seules quatre entreprises déclarent disposer d’un plan individuel prévoyant une reprise progressive de l’activité. La protection des parcours professionnels apparaît tout aussi insuffisante. À peine 16,8% des répondants ont prévu des mesures destinées à éviter que le cancer ne pénalise la carrière des salariés concernés.
Aucune des 19 entreprises ayant déclaré de telles mesures ne prévoit spécifiquement de vigilance concernant l’accès aux promotions et à la mobilité professionnelle.

Des écarts selon l’actionnariat
L’enquête fait également ressortir des différences entre les entreprises privées marocaines et les filiales de multinationales. Parmi les premières, 11,3% disposent d’un dispositif permanent, contre 54,2% des secondes. L’écart concerne aussi la préparation des managers, avec respectivement 11,3% et 45,8%, ainsi que la protection des carrières, avec 6,3% contre 41,7%. Ces résultats soulignent l’importance de la formalisation des politiques RH et des pratiques de gouvernance dans la prise en charge de la maladie en milieu professionnel.

Vers des engagements durables
Malgré ces insuffisances, les perspectives affichées par les entreprises sont encourageantes. Selon DRH.ma, 76,1% des répondants envisagent de renforcer leurs actions au cours des douze prochains mois, tandis que 10,6% souhaitent mettre en place un premier dispositif.
L’étude préconise notamment d’inscrire la prévention dans un calendrier annuel, de former les managers, d’organiser le retour au travail et de préserver les perspectives de carrière des collaborateurs concernés, à travers des engagements RH mesurables.
Au-delà du mois d’octobre, le défi consiste ainsi à faire de la lutte contre le cancer un véritable enjeu de politique sociale en entreprise, en assurant un accompagnement continu, depuis la prévention jusqu’à la reprise durable de l’activité professionnelle.

Auteur: ALM
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