Chaque dinar dépensé par un touriste étranger illustre une histoire de dépendance, de dynamisme et de promesses inexploitées.
Imaginez que la Tunisie exporte un produit invisible, qui ne passe ni par le port de Radès ni par un conteneur. Il se vend sur place, dans une chambre d’hôtel, une assiette de poisson grillé, un taxi vers l’aéroport. En 2025, ce produit a rapporté 12,8 milliards de dinars, dépensés par des visiteurs non-résidents. Derrière ce chiffre se dessine l’une des lectures les plus éclairantes de l’économie nationale.
Un secteur qui pèse plus qu’il n’y paraît
Pendant longtemps, le tourisme a été marqué par ses arrivées, ses nuitées et ses taux de remplissage. Une autre manière de le regarder consiste à suivre l’argent, de la poche du visiteur jusqu’à la valeur réellement créée dans le pays. C’est précisément ce que permet le Compte satellite du tourisme.
Selon le Compte satellite du tourisme 2023 à 2025, publié par l’Institut national de la statistique en octobre 2026, les dépenses touristiques intérieures ont atteint 17,47 milliards de dinars en 2025, contre 14,63 milliards en 2023. La progression dépasse 19 % en deux ans, avec une hausse de 10,3 % en 2024 puis de 8,2 % en 2025. L’élan ne faiblit pas, il se normalise sur un palier élevé.
Cette masse de dépenses équivaut à 10,2 % de la valeur ajoutée brute totale du pays. Autrement dit, un dixième de la richesse produite en Tunisie correspond, en volume de demande, à de l’argent dépensé par des voyageurs.
L’étranger paie, le local complète
La répartition est sans ambiguïté : 73,1 % de ces dépenses proviennent des visiteurs internationaux, soit 12,77 milliards de dinars. Le tourisme interne, celui des Tunisiens qui voyagent dans leur propre pays, pèse 4,70 milliards de dinars.
Les deux clientèles ne consomment pas de la même façon. Le visiteur étranger consacre 40,3 % de son budget à l’hébergement et 20,2 % au transport de passagers avec des transporteurs nationaux.
Le voyageur tunisien dépense surtout pour se nourrir, avec 22 % de son budget en restauration et boissons, et pour acheter des biens, qui représentent 29 % de ses dépenses. Le transport, lui, ne compte que pour 7 %. Le touriste venu de loin finance les murs et les sièges, le touriste local nourrit les tables et les commerces.
Le paradoxe de l’hôtel
![]()
Vous avez envie de lire la suite
Abonnez-vous et débloquez tous les articles
Que se passe-t-il en Tunisie?
Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!

LIRE AUSSI
Auteur: Mohamed Ben Abderrazek
Cliquez ici pour lire l’article depuis sa source.
