Les manifestations s’inscrivent définitivement dans la durée ! Hier, c’était le dernier vendredi du mois de Ramadhan  et le 15e vendredi consécutif du mouvement populaire. Avec une mobilisation toujours aussi impressionnante et malgré le dispositif sécuritaire déployé, une marée humaine a sillonné les rues de la capitale, pour se réunir, vers 14h, après  la fin de la prière du vendredi, à la Grande-Poste, malgré la chaleur de plomb et l’effet du jeûne.

Le peuple algérien, fier de sa patrie, continue de déjouer les pronostics et s’est lancé dans un 15e vendredi dans l’union et la solidarité. «Les Algériens ont réussi l’épreuve haut la main», en dépit des mesures restrictives de la circulation, dans un espace qu’ils veulent libre et accueillant leur revendication d’une nouvelle République. Brandissant des panneaux avec la photo du militant des droits de l’homme Kamel Eddine Fekhar, les manifestants, plus attachés à l’actualité, ont réagi à l’annonce de sa mort en détention provisoire pour scander d’une seule voix «Pouvoir assassin», «Ulac smah ulac», comme écrit dans l’une des banderoles. La mobilisation populaire, qui est restée intacte malgré Ramadhan et la chaleur, a vu ce vendredi comme pour la semaine passée, un changement symbolique de l’itinéraire. Face au blocage au niveau de la Grande-Poste, les manifestants se sont dirigés, vers 15h, à la place des Martyrs, où une minute de silence a été observée en hommage à Fekhar.
Refusant la neutralisation de leur «révolte», et insistant pour qu’elle reste «pacifique», les manifestants ont rejeté l’élection prévue pour le 4 juillet. «Sous le contrôle d’une administration décriée, on ne peut parler de transparence», crie l’un des manifestants, avant que la voix de la foule ne s’élève : «Non aux élections de la fraude» et «Pas d’élections, bande de malfaiteurs». La mobilisation d’hier a ranimé le souvenir des premières marches, massives et pacifiques, celles de «l’union et de la solidarité». Par «Tilleli i tmurt lzayer» (Libérez l’Algérie), «Une république, pas une caserne», à gorges déployées, les manifestants ont voulu que leur voix soit entendue pour dire à ces apparatchiks du système et autres corrompus de partir, afin que le dialogue puisse s’établir avec «son excellence le peuple». Magistralement, les Algériens ont osé défier la peur, repoussé toutes les tentatives de récupération et annihilé les discours de la haine et de la division, et prouvé  qu’ils sont «toutes et tous pour une Algérie meilleure», et que l’Algérie restera insaisissable pour les fauteurs de troubles. La symbolique de la manifestation à la place des Martyrs veut que les Algériens ne rentreront pas dans les moules ou autres cadres de manipulation. Dans cet endroit symbolique, le seul flambeau que les Algériens reprennent est celui de leurs aïeux, ceux qui ont combattu le colonialisme, et ont lutté des années durant contre le terrorisme, l’extrémisme et toutes formes de division, car au final pour le  peuple, l’Algérie est une ligne rouge et reste intouchable. L’article 12 de la Constitution stipule que «l’État puise sa légitimité et sa raison d’être dans la volonté du peuple». Cette volonté est illustrée par ce mouvement populaire  grandiose qui «n’est pas une crise politique, mais l’expression d’une conscience politique et citoyenne». Les marches d’hier interviennent après le discours du chef de l’armée, dans lequel il a appelé au dialogue. Les manifestants ont saisi l’occasion pour rappeler que la fabrication de traîtres à tous ceux qui appellent au bon sens et à la transition est ce qui verrouille le débat sur l’avenir du pays. Sur l’une des pancartes, on peut lire «Vous refusez la transition démocratique, car vous bénéficiez des miettes d’un système pourri». Désormais, les personnalités et anciennes figures conspuées du système sont systématiquement pointées de doigt.

… et puis quoi ?

Depuis le déclenchement de la révolte populaire, le 22 février dernier, on assiste à ce que plusieurs analystes considèrent comme «une récupération de l’espace public», longtemps verrouillé par le système politique en place. Est-ce qu’on peut considérer le sursaut populaire, comme une affirmation du Soi citoyen, et, par conséquent, la consécration de la rue, elle-même comme acteur politique à part entière désormais avec plus de poids dans le processus de délibération qui se fait chaque vendredi ? Évidemment, la recherche d’une solution à la crise et la fermentation politique que vit notre pays consacrent la société civile comme une force incontournable, dans l’obligation d’élaborer un projet de société, puis de susciter la mobilisation citoyenne, et de l’État l’obligation de réponde aux revendications légitimes.
    Tahar Kaidi
 

Auteur: elmoudjahid
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