Quoi qu’il arrive, il faut tenir bon. Rester optimiste. Se tourner vers l’avenir, forcément plus radieux. Pas difficile ! Croire en la grande Espérance. Choisir la Lumière ! A chaque fin d’année, le marronnier est dur à arroser. Banal. Et dur ! Et répétitif.
Mais il y a des années où c’est plus dur encore qu’à l’ordinaire. Des années plus dures que celles qui sont passées. Quant à celles à venir ? Nostradamus ne répond pas !
L’année 2020 fiche le camp presque en catimini, en faisant un bruit de fossoyeur creusant la tombe, et c’est loin d’être la meilleure ! On aurait aimé qu’elle n’existât point ! Que sa page dans le funeste calendrier fût arrachée par une main espiègle !
Un slogan confiné italien, apparu au début de la pandémie, ironisait : «Cette année, vous ne pouvez pas me la compter, je ne l’ai pas dépensée.» Quand l’humour est vraiment la politesse du désespoir !
D’ordinaire, chacun s’autorise à dresser son bilan de l’année ! C’est la moindre des libertés. Le bilan 2020, s’il en était besoin, pourrait s’arrêter à un mot : chaotique ! Un autre mot le compléterait, le transformant en pléonasme : dramatique. Chaos et drame sont les deux pieds estropiés d’une année infectée par un coronavirus de dernière génération, une sorte de saloperie High Tech, et par quelques autres, plus familiers, dont l’autoritarisme est une variante de cynisme.
Le monde est saisi de sidération, les gouvernants par la panique de l’imprévoyance. Le système néolibéral qui domine le monde en conçoit même du fatalisme. Il voit sa fin arriver. Patrick Artus, économiste en chef d’une grande banque d’investissement, gourou du néolibéralisme triomphant, dressait, dès le mois de mars 2020, un état alarmant du capitalisme néolibéral. Il en concluait que les fondements du système ont été sapés par le virus et que le néolibéralisme pouvait ne pas y survivre.
Confinement dans la plupart des pays du monde avec une intensité variable, dévoilement de l’iniquité de beaucoup de systèmes de santé dans les pays développés et de leur fragilité dans d’autres pays, mortalité effarante, blocage de l’économie avec son corollaire de précarisation grandissante des plus pauvres : un virus tendit à l’humanité un miroir dans lequel elle n’était pas jojo.
Lors du premier confinement, on aurait cru qu’une prise de conscience à travers le monde, et notamment dans les pays développés, s’opérait sur au moins deux points, quelque part concomitants, la nécessité de réduire le consumérisme qui gangrène le développement et celui de respecter la nature.
La panique qui a saisi l’humanité devant la violence d’un virus dont on savait peu de choses a poussé à une sorte d’examen de conscience qui laissait augurer de ce que plus rien ne serait comme avant. Mais dès que les gouvernements ont commencé à maîtriser un tantinet la situation, les vieux discours ont réapparu. Mieux : les gouvernements ont profité de la vulnérabilité dans laquelle la crise a plongé la société pour imposer un surcroît d’autoritarisme.
Le bon vieux capitalisme maturé dans sa version néolibérale, dont la loi du profit toujours plus grande a conduit à la situation extrême dans laquelle nous vivons, est reparti de plus belle. Les laïus humanisés pour la circonstance de veiller à la justice sociale, à instaurer des systèmes économiques basés sur la solidarité sociale se sont estompés. On revient à la case départ d’où se puisent les conditions qui ont mené à la pandémie et que cette dernière met en relief. Le modèle néolibéral est centré non pas sur la solidarité (les pays qui ont gardé un minimum de philosophie solidaire, comme le Viêtnam et Cuba, ont été moindrement touchés) mais sur la compétition entre les travailleurs. Il implique une rigueur budgétaire et l’épuisement des ressources, ce qui augmente le profit mais fragilise la majorité des êtres humains et l’environnement.
Tout au contraire, le désordre introduit par le coronavirus induit la possibilité pour toutes les idées, les plus irréalisables théoriquement, de trouver leur chemin de concrétisation.
Le virus ouvre une porte, analysait dès le mois de mai dernier la journaliste et activiste de gauche canadienne, Noami Klein.(1) La porte est ouverte aux idées des travailleurs dont «nous voyons une organisation énorme et étonnante parmi les travailleurs les moins bien payés de l’économie (…) que nous devons encourager et soutenir.»
Mais elle est ouverte aussi à cette tactique «brutale et récurrente des gouvernements de droite». Après un événement choquant comme cette crise sanitaire, «le pouvoir exploite la désorientation du public, suspend la démocratie et pousse des mesures libérales radicales qui enrichissent les 1% au détriment des pauvres et de la classe moyenne».
A. M.
1) Journaliste et essayiste canadienne de gauche, elle a étudié les défaillances du capitalisme, du néolibéralisme et de la mondialisation dans des livres mondialement connus comme No Logo ou La stratégie de choc d’un capitalisme du désastre.
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