À mes enfants : l’envie que les écrans nourrissent, et ce que le Coran m’a appris pour t’en préserverÀ mes enfants : l’envie que les écrans nourrissent, et ce que le Coran m’a appris pour t’en préserver

Mes enfants,

Il y a un mal si ancien que Dieu, dans le Livre, nous apprend à en demander protection. À la toute fin du Coran, dans la sourate de l’Aube naissante, Il nous enseigne cette prière :

وَمِن شَرِّ حَاسِدٍ إِذَا حَسَدَ
« … et contre le mal de l’envieux lorsqu’il envie. » (Al-Falaq, 113 : 5)

Réfléchissez à cela. Parmi tous les dangers du monde, l’envie a été nommée, distinctement, comme une chose dont il faut chercher refuge auprès de Dieu. Le Coran ne parle pas ainsi de ce qui est sans gravité.

L’envie — al-hassad — ce n’est pas simplement désirer une belle chose. C’est un mouvement plus sombre du cœur : voir le bien chez l’autre et en souffrir, souhaiter, au fond, qu’il le perde. Ailleurs, le Coran interroge ceux dont le cœur se serre ainsi :

أَمْ يَحْسُدُونَ النَّاسَ عَلَىٰ مَا آتَاهُمُ اللَّهُ مِن فَضْلِهِ
« Envient-ils aux gens ce que Dieu leur a accordé de Sa grâce ? » (An-Nisâ’, 4 : 54)

La question est laissée ouverte, comme un miroir tendu. Car l’envieux, avant de nuire à autrui, se ronge lui-même. Il regarde le jardin du voisin et ne voit plus le sien.

Je vous écris ceci parce que vous grandissez dans un monde que je n’ai pas connu enfant. Un monde où, à chaque instant, vous pouvez voir la vie des autres — non pas leur vie réelle, mais celle qu’ils choisissent de montrer. Les voyages, les réussites, les visages parfaits, les jours de fête. Jamais les nuits d’angoisse, les échecs, les doutes, l’ennui des après-midis ordinaires. On ne vous montre que le sommet de la montagne, jamais la peine de l’ascension.

Et là est le piège que je veux que vous compreniez.

Les savants qui étudient l’esprit humain ont depuis longtemps observé une chose simple : nous ne mesurons pas notre valeur dans l’absolu, mais en nous comparant aux autres. C’est une tendance naturelle, aussi vieille que l’homme. Seulement, autrefois, on se comparait à quelques voisins, à quelques proches. Aujourd’hui, un écran vous met sous les yeux, chaque jour, des centaines de vies embellies, filtrées, mises en scène. La comparaison, qui était un ruisseau, est devenue un torrent.

Les chercheurs qui se sont penchés sur l’usage des réseaux relèvent, de façon assez constante, que cette comparaison permanente — surtout lorsqu’on se compare à « mieux que soi » — est liée à un affaiblissement du bien-être : plus de tristesse, plus d’anxiété, un contentement de soi qui s’érode. Le nom qu’ils lui donnent parfois est révélateur : ils parlent d’une « envie » née de ces plateformes. La science moderne, avec ses mots, redécouvre ce que le Coran avait nommé il y a quatorze siècles.

Voyez comme les deux se répondent. Le Livre vous dit : l’envie est un mal dont il faut se protéger. L’étude de l’esprit vous dit : se comparer sans cesse à des vies embellies vous rend malheureux. Ce sont deux langues pour une même vérité.

Alors je veux vous transmettre, non pas une interdiction, mais une manière de marcher dans ce monde sans qu’il vous vole votre paix.

D’abord, souvenez-vous que ce que l’on vous montre n’est pas ce qui est. Derrière chaque image heureuse, il y a une vie entière que vous ne verrez jamais — avec ses fissures, comme tout personne sur cette terre. Vous comparez votre intérieur, que vous connaissez tout entier, à l’extérieur des autres, que l’on vous a soigneusement arrangé. C’est une comparaison faussée d’avance. Ne la prenez pas au sérieux.

Ensuite, retournez le regard. Quand vous sentez ce pincement en voyant le bien d’un autre, faites-en, à l’instant, une prière pour lui plutôt qu’une plaie pour vous. Réjouissez-vous sincèrement du bonheur d’autrui : c’est là le remède exact que l’envie ne supporte pas. Le cœur ne peut pas, en même temps, envier et rendre grâce.

Car c’est cela, au fond, le secret. L’envie et la gratitude sont deux regards opposés posés sur la même vie. L’envieux compte ce que les autres ont et que lui n’a pas ; il vit dans un manque sans fond. Le reconnaissant compte ce qu’il a reçu ; il vit dans une richesse tranquille. Et à celui-là, Dieu fait une promesse que l’envieux ne connaîtra jamais :

لَئِن شَكَرْتُمْ لَأَزِيدَنَّكُمْ
« Si vous êtes reconnaissants, très certainement Je vous accorderai davantage. » (Ibrâhîm, 14 : 7)

Voyez la sagesse : l’envie vous fait perdre ce que vous avez déjà, en vous le rendant amer ; la gratitude, elle, ouvre la porte à ce que vous n’avez pas encore. Les réseaux vous entraîneront, doucement, vers le premier regard. Votre travail, toute votre vie, sera de revenir au second.

Je ne vous dis pas de fuir votre époque. Vous y vivrez, vous y travaillerez, et il y a du bon dans ces outils. Je vous dis seulement : gardez votre cœur. Quand vous poserez l’écran, demandez-vous si vous vous sentez plus léger ou plus lourd. S’il vous a rempli d’envie et de manque, éloignez-vous-en un moment, comme on s’éloigne d’un feu qui brûle. Et revenez à ce qui est vraiment vôtre : vos proches, votre santé, ce jour qui vous est donné et qui, à lui seul, est une grâce immense.

Le monde vous montrera toujours des jardins plus verts. Mais le vôtre, mes enfants, arrosez-le. C’est le seul que Dieu vous a confié.

Votre père.

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Auteur: Mohamed Tounsi
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