«Pour libérer l’Algérie des effets de la crise à laquelle elle est confrontée depuis près de cinq mois, il y a urgence, pour les représentants de la contestation populaire et du pouvoir en place, d’engager le dialogue et d’accepter de faire de mutuelles concessions.» C’est l’appel lancé, hier, par les deux invités de notre Forum, en l’occurence M. Mohamed Cherif Belmihoub, économiste, et M. Mohamed Khalfaoui, ancien officier supérieur en retraite.
Nos deux invités sont signataires d’une initiative de sortie de crise dans laquelle ils analysent la situation de l’économie nationale, abordent les répercussions politiques et suggèrent un scénario de sortie de crise. Une initiative basée sur trois aspects, politique sécuritaires et économiques. Pour ce qui est des solutions politiques, M. Belmihoub estime que «La situation complexe que traverse le pays exige un compromis et des concessions de part et d’autres car si ce face à face, Mouvement populaire-Pouvoir perdure, il risque de porter en lui les germes d’une radicalisation et préfigure d’une dégradation possible». Un compromis qui doit naître par La voie «d’un dialogue sérieux, rationnel, constructif et clairvoyant, qui place l’Algérie au-dessus de toute considération». Les initiateurs des propositions de sortie de crise considérent que « le dialogue sincère et objectif consistera en l’évaluation des circonstances que vit le pays et des concessions réciproques pour le bien du pays ainsi que l’examen approfondi des tenants et aboutissants de cette crise». M Belmihoub estime que «le face à face actuel est une source de défiance, alors que nous avons besoin, en ce moment crucial, de rétablir la confiance dans la société».
« Étêter le pouvoir en situation de crise est un non-sens. »
Comment justement établir cette confiance ? Ancien officier supérieur de l’ANP, Mohamed Khalfaoui considère que les Algériens doivent prendre conscience de l’extrême gravité de la situation à laquelle est présentement confronté leur pays et que seul, estime-t-il, le chef de l’Etat, dont il juge qu’il doit continuer à assurer ses fonctions, est légalement à même de décider des mesures pour y faire face. «On ne peut, étêter l’Etat en cette période de crise et Bensalah doit être maintenu» dira t-il. l’intervenant abonde, par contre, dans le sens des revendications exprimées durant les manifestations de chaque vendredi, réclamant le départ «justifié» du Premier-ministre, Nourredine Bedoui et des ministres de la Justice et de l’Intérieur. M. Belmihoub appelle pour sa part au sens des responsabilités, «en cette période où tout peut basculer, on recommande au chef du gouvernement de céder la place à une personnalité acceptée par le peuple et à laquelle incomberait le choix de personnes crédibles pour assurer la gestion des affaires courantes dont on devine les difficultés qu’elle doit surmonter, les risques qu’elle doit prévoir et les incertitudes qu’elle devra gérer. Une personnalité nationale qui bénéficie de la confiance du mouvement populaire et du pouvoir, forte d’une expérience avérée, pourrait mener cette phase délicate et déterminante pour l’avenir du pays». M. Belmihoub estime qu’«Une telle mesure qui peut être celle du compromis, si elle est consentie, ne manquerait certainement pas de rétablir la confiance entre les protagonistes et de regrouper le peuple autour du principe sacré de «Sécurité nationale». Le compromis dans la démarche sera le facteur d’une réussite assurée.
Le reste des réformes s’inscrira dans la mission du président démocratiquement élu. Investit de la confiance du peuple, il disposera des données objectives pour lui soumettre sa conception de la nature du pouvoir à adopter. Nos interlocuteurs abondent dans le sens que «L’obstination à coller fermement à la lettre de la Constitution sera interprétée comme une velléité de reconduire le système en place rejeté par la population. Une telle perspective signifierait la non reconnaissance par le pouvoir des revendications du mouvement populaire, et donc une fin de non-recevoir. L’acceptation du dialogue et le maintien du président de l’Etat actuel constitueraient les concessions du mouvement populaire. A charge pour le pouvoir de déclarer sa volonté politique de changement du système de gouvernance».
« On doit décliner un plan d’urgence de sauvegarde de l’économie. »
Concernant l’aspect économique, nos deux invités estiment que la situation économique était déjà dégradée avant l’avènement du Mouvement populaire : «La trouvaille des dirigeants pour financer les déficits, consistant à imprimer des billets de banque est une fausse solution à un vrai problème, l’inflation n’a pas encore suivi, mais elle est attendue au coin de la rue». estime M. Belmihoub qui considère que «L’enjeu économique de la sortie de crise est donc de taille et quand la revendication deviendra socioéconomique, il faut s’attendre à une radicalisation du mouvement populaire, car il s’agira d’une question de survie pour plusieurs millions d’Algériens.
En effet, si la revendication politique donne de l’espoir et donc de la patience, d’où son caractère pacifique, la revendication économique exige des réponses immédiates car elle tient à des besoins essentiels de la population». A la question de savoir quelle alternative à la suppression de la planche à billets, l’économiste affirme que «cette situation de l’entrée violente et massive du Trésor dans la sphère monétaire par la planche à billets et aussi dans la sphère bancaire par les emprunts sur le marché obligataire doit être corrigée rapidement pour limiter les effets inflationnistes et pour libérer les fonds nécessaires pour le financement de l’économie».
Le specialiste préconise dans l’immédiat, en attendant la mise en place d’un gouvernement compétent et responsable devant les Algériens, de prendre des mesures pour éviter une plus grande détérioration des grands équilibres économiques et pour assurer la continuité de l’activité économique, seule génératrice de richesse.
On peut décliner un plan d’urgence de sauvegarde. Il eut été très utile, pour une fois, d’élaborer une loi de finances complémentaire pour 2019, si un gouvernement compétent et légitime était en place pour en soumettre un projet au Parlement». notre invité reconnaît par ailleurs, qu’il serait très difficile de récupérer l’argent du pays détourné et transféré illégalement a l’étranger. M Belmihoub révèle qu’a peine 10 a 20% de l’argent détourné a pu être récupéré par les institutions internationales pour les pays ayant exprimé cette demande.
Farida Larbi
Auteur: elmoudjahid
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