Le monde traverse actuellement une phase de profondes mutations géopolitiques, marquée par l’effritement de nombreuses certitudes et la reconfiguration des alliances internationales. De l’Europe à l’Asie, en passant par le Moyen-Orient, plusieurs régions vivent dans un climat de forte instabilité, tandis que les tensions ne cessent de s’aggraver entre l’Iran, d’un côté, et les États-Unis et Israël, de l’autre, sur fond de menaces récurrentes d’un conflit militaire ouvert.
Dans ce contexte, l’Iran est secouée par des mouvements de protestation populaire, visant, selon leurs initiateurs, à renverser le régime en place, avec un soutien affiché de Washington et de l’entité sioniste. Commentant ces développements, le diplomate tunisien et ancien ambassadeur Abdallah Abidi a estimé, dans une déclaration accordée à Tunisie Numérique ce vendredi 9 janvier 2026, que les tentatives de reproduire en Iran ce qui a été qualifié de « révolutions arabes » sont vouées à l’échec.
Une puissance régionale et internationale à part entière
Selon Abdallah Abidi, l’Iran ne peut être comparée aux pays arabes qui ont connu des bouleversements majeurs au cours de la dernière décennie. « L’Iran est une puissance majeure, dotée de leviers stratégiques que d’autres États de la région ne possèdent pas », a-t-il souligné. Il a rappelé que des pays comme l’Irak, pourtant puissants à une certaine époque, ont vu leurs dirigeants éliminés et leurs ressources confisquées par la force militaire, un scénario qu’il juge difficilement transposable au cas iranien.
Le diplomate a insisté sur la proximité stratégique de l’Iran avec la Russie et la Chine, ajoutant que ces deux puissances, tout comme la Turquie, ne toléreraient pas un rapprochement militaire américain jusqu’à leurs frontières. Il a toutefois reconnu que la position d’Ankara demeure encore floue, en raison de l’évolution rapide des données géopolitiques qui obligent les grandes puissances à revoir constamment leurs calculs.
Une capacité démographique, économique et militaire conséquente
Abdallah Abidi a également mis en avant les atouts internes de l’Iran, rappelant que le pays compte près de 92 millions d’habitants, dispose de richesses naturelles considérables et d’un vaste territoire. Depuis la Révolution de 1979, l’Iran a développé, selon lui, une véritable stratégie d’autonomie, formant des cadres et des compétences nationales, tout en investissant massivement dans le secteur militaire.
Il a évoqué des informations faisant état de la fourniture par l’Iran de drones militaires à la Russie dans le cadre de la guerre en Ukraine, ainsi que la possession par Téhéran de missiles hypersoniques. Il a également rappelé que lors de ce qu’il a qualifié de « guerre des douze jours » contre Israël, l’Iran aurait ciblé des symboles majeurs de la puissance militaire israélienne, poussant Tel-Aviv à solliciter l’appui direct des États-Unis pour obtenir un cessez-le-feu.
Des limites à l’intervention américaine
Abordant le rôle des États-Unis, Abdallah Abidi a estimé que Washington ne peut intervenir militairement dans la région qu’à travers le déploiement de porte-avions, une option risquée compte tenu de l’éloignement de ses bases. Il a rappelé que l’Iran a explicitement menacé de cibler et de couler les porte-avions américains en cas d’agression.
Selon lui, les grandes puissances contribuent aujourd’hui à instaurer un climat de tension extrême, tandis qu’Israël chercherait, à travers ses récentes manœuvres, à provoquer une escalade pouvant mener à un conflit mondial, notamment dans un contexte où l’avenir politique du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu serait fortement compromis. Il a affirmé que ces manœuvres visent essentiellement à détourner l’opinion internationale.
Des répercussions potentielles sur le monde arabe
Abdallah Abidi a enfin mis en garde contre les conséquences régionales de cette escalade, affirmant que certaines menaces ont même visé la Libye, ce qui pourrait, selon lui, ouvrir la voie à une recomposition géostratégique du bassin méditerranéen. Il n’a pas exclu que d’autres territoires, y compris en Afrique du Nord, puissent être affectés, rappelant que des pans entiers de la Seconde Guerre mondiale se sont déroulés dans la région.
Pour l’ancien diplomate, l’absence de leaderships arabes forts et visionnaires, capables de tisser des alliances équilibrées avec l’Occident et de privilégier la rationalité stratégique, contribue largement à l’instabilité actuelle. « Dans le dossier iranien, ce sont les pays arabes qui se retrouvent aujourd’hui exposés à l’ensemble des risques », a-t-il conclu.
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Auteur: Yassine Atoui
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