Devant un parterre de journalistes et de cadres du Front El Moustakbal, Abdelaziz Belaïd est revenu, hier, sur les marches de protestation contre le 5e mandat, le dépôt de sa candidature à la prochaine élection présidentielle, mais aussi sur la supposée lettre du Président, lue par son directeur de campagne, Abdelkader Zaalane.

D’emblée, Belaïd rappelle que son parti n’«a pas été dans les négociations avec le régime autour du scrutin parce que notre objectif est d’arriver au pouvoir. Nos militants ont bataillé pour collecter les signatures. Ils ont subi des menaces, ont été licenciés, poursuivis en justice, placés en détention.

Malgré la fraude, c’est grâce à eux que nous constituons, aujourd’hui, la troisième force politique. Je ne peux pas venir aujourd’hui leur dire c’est fini. La politique de la chaise vide n’est pas notre pratique». Pour Belaïd, le changement ne peut venir que par trois voies : «Par l’urne, mais la pratique a toujours été la fraude ; par le régime, mais nous l’avons payé cher au début des années 1990 ; par la rue que personne ne peut contrôler.

Les partis politiques doivent prendre leurs responsabilités. Nous avons payé cher notre indépendance et donné plus de 200 000 martyrs pour retrouver la sécurité. Le peuple a marché par centaines de milliers et pacifiquement. Il a démontré sa maturité et sa prise de conscience.»

Le secrétaire général du Front El Moustakbal s’attaque au régime en disant : «Le changement ne peut être opéré par ceux qui ont commis le désastre. Il parle d’une nouvelle République, mais nous étions les premiers à lui demander il y a des années d’y aller. Mais qu’a-t-il fait ? Il a renforcé la machine de la fraude pour confisquer les voix des citoyens.

Le18 février dernier, lors des festivités de la Journée du martyr, à Sétif, les autorités ont transformé l’administration en un espace de collecte de signatures au profit du président-candidat et les institutions en comités de soutien. Nous avons pris nos responsabilités en dénonçant ces agissements et le peuple a pris les siennes en sortant dans la rue pour dire non au 5e mandat. Ces marches nous ont donné un nouveau souffle pour aller vers les élections. Encouragés par le peuple, nous avons déposé le dossier de candidature.

Mais le régime nous surprend encore en saluant les manifestations pour le changement. Ils font le déni de cette revendication principale qu’est le rejet du 5e mandat. Le remède aux cris de douleur et aux préoccupations du peuple est connu.

C’est le retrait du Président absent des élections. Comment peut-il promettre des réformes en quelques mois, alors qu’il a eu 20 ans et qu’il n’a rien fait ? Le régime est responsable de toutes les dérives, il ne peut pas dire aujourd’hui qu’il va les corriger. Il veut nous mener vers une situation exceptionnelle qui l’arrange. Jusqu’à quand va-t-il décider à la place du peuple ? La solution à la crise est connue.

Ce sont des élections sans le président absent.»

S’insurgeant contre la candidature de Bouteflika à sa succession, Belaïd déclare qu’elle s’est faite en violation de l’article 28 du règlement intérieur du Conseil constitutionnel qui oblige les candidats à présenter eux-mêmes les dossiers.

Il explique que matériellement et techniquement, il est quasiment impossible de collecter 5 millions de signatures d’électeurs et celles de plus de 19 000 d’élus. «Nous refusons le report des élections. Une telle mesure risque d’avoir des incidences graves sur les institutions. Il faut respecter les rendez-vous électoraux, mais sans le Président absent, et je ne sais s’il va d’ailleurs revenir. Si sa candidature est confirmée, nous nous retirerons ! Et que le Conseil constitutionnel assume sa pleine responsabilité.

Il aura été complice d’un faux.» Interrogé sur les déclarations du président de la Haute instance indépendante de surveillance et la supervision des élections relative à l’obligation pour le candidat de déposer son dossier au Conseil constitutionnel, Belaïd répond : «C’est Derbal le légaliste qui l’a affirmé et c’est Derbal, le partisan, qui l’a démenti ; le règlement intérieur du Conseil doit être exécuté à la lettre, parce qu’il dicte la procédure à suivre en matière d’élection présidentielle…»

L’orateur affirme que l’Algérie est «à la croisée des chemins. Ils veulent aller vers des élections sans le peuple. Cela ne passera pas. Je suis fier d’appartenir à ce peuple magnifique. La solution à cette crise se trouve dans le retrait du président absent».

Related Post

Post Views: 1 210

Auteur: Hicham Chouadria
Cliquez ici pour lire l’article depuis sa source.