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Le 7 octobre 2023, à l’aube, il y a trois ans, le Hamas, acronyme arabe du Mouvement de la résistance islamique, lançait contre le sud d’Israël une offensive d’une ampleur sans précédent. Des kibboutz et des bases militaires proches de la bande de Gaza étaient pris pour cibles. Le bilan israélien fut d’environ 1 200 morts et 251 personnes emmenées en otages dans la bande de Gaza. L’opération avait reçu un nom qui allait entrer dans l’histoire tragique du conflit : «Déluge d’Al-Aqsa».
Du côté du Hamas, les objectifs proclamés étaient notamment de briser le blocus imposé à Gaza depuis 2007 et d’obtenir la libération de prisonniers palestiniens détenus en Israël.
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Tsahal, “l’armée la plus morale au monde”, mobilisa ses réservistes et déclara l’état de guerre. Le nom de la riposte fut « Épées de fer ». Son objectif officiellement proclamé était l’élimination du Hamas et la garantie qu’une attaque semblable ne pourrait plus jamais être lancée depuis Gaza.
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Nous pensions alors que, comme à d’autres moments de l’histoire proche-orientale, les grandes capitales européennes, Paris et Berlin en tête, endosseraient leur traditionnelle tenue de sapeur-pompier et tenteraient de ramener les belligérants à la raison.
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Ce fut, pour beaucoup, une surprise. Les pays européens, à une ou deux exceptions près, se rangèrent derrière Israël. Une formule fut répétée à satiété : «Israël a le droit de se défendre.» Formule juridiquement recevable dans son principe, mais qui devenait terriblement ambiguë lorsqu’elle servait à justifier, sans autre précision, une guerre menée dans un territoire sous occupation et frappé par des destructions massives.
Et lorsque le nombre de victimes civiles devint impossible à dissimuler derrière le vocabulaire aseptisé des «dommages collatéraux», l’Europe se contenta trop souvent de déplorer.
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Gaza avait faim. Gaza avait soif. Gaza manquait de médicaments. Gaza comptait ses morts et cela continue.
Trois ans plus tard, le bilan palestinien dépasse les 73 000 morts, selon les autorités sanitaires de Gaza, chiffre repris par Reuters. Près d’un tiers des victimes sont des enfants. Mais pour Ben Ghafir et Smotritch, il n’y a pas d’innocents à Gaza.
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Des mères écrivent sur le corps de leurs enfants leur nom, leur identité, parfois un numéro, dans l’espoir de pouvoir les reconnaître lorsque les décombres auront rendu leurs dépouilles méconnaissables. La guerre moderne a inventé mille façons de tuer ; Gaza lui en a révélé une autre : tuer jusqu’à rendre l’identification elle-même incertaine..jpg)
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Quant aux journalistes, ils ont payé un prix exorbitant. Le Comité pour la protection des journalistes recensait, au 11 juin 2026, au moins 263 journalistes et professionnels des médias tués dans le cadre de la guerre ; l’organisation souligne elle-même les difficultés exceptionnelles de vérification dues notamment à l’interdiction faite aux journalistes étrangers d’entrer librement dans Gaza et à la destruction des infrastructures de communication.
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Pourquoi cette indulgence ? Pourquoi cette extraordinaire dissymétrie dans le regard européen ? Il faut sans doute chercher une partie de la réponse dans la répulsion qu’inspire le Hamas, désigné comme organisation terroriste par plusieurs États. Mais cette répulsion ne devrait pas dispenser de regarder les actes de l’autre camp. Le Hamas a commis de nombreux attentats contre des civils israéliens bien avant le 7 octobre 2023. Le problème commence lorsque la condamnation d’un crime devient le passeport d’un autre.
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Nous autres avons longtemps été éblouis par les Lumières françaises et l’Aufklärung allemande. Nous découvrons aujourd’hui, non sans stupeur, que la civilisation peut posséder les plus beaux principes et les oublier dès qu’ils deviennent encombrants.
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En septembre dernier, un événement cinématographique est venu troubler cette confortable distribution des rôles. À la Mostra de Venise 2026, NAZA, documentaire de Yuval Abraham et Rachel Szor, a provoqué une onde de choc. Le film, produit par The Guardian, repose sur trois années d’enquête et donne la parole, anonymement, à 24 militaires et membres des services de renseignements israéliens. Il porte sur les systèmes de surveillance, de sélection des cibles et de frappes utilisées à Gaza.
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Vingt-cinq minutes d’ovation. Puis le Prix spécial du jury. Et soudain, quelque chose se fissure. Car les témoignages recueillis ne décrivent pas simplement des soldats ayant désobéi aux ordres. Ils mettent en cause des procédures, des systèmes de ciblage, des décisions prises au niveau institutionnel. C’est précisément ce que les réalisateurs disent avoir voulu examiner: non pas seulement les crimes de quelques individus, mais les mécanismes qui rendent certains crimes possibles.
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Israël panique, l’extrême droite fulmine. Le ministre de la Culture, Miki Zohar, accuse les réalisateurs de trahison et évoque la possibilité de leur retirer leur citoyenneté; Benjamin Netanyahu lui-même dit envisager une telle procédure.
Ainsi, le débat ne porte plus seulement sur Gaza. Il porte sur ce qu’une démocratie accepte de savoir d’elle-même.
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Reste une question, plus ancienne et plus vertigineuse encore: comment une opération d’une telle ampleur a-t-elle pu surprendre les services de renseignements israéliens?
Israël dispose de l’un des appareils de renseignement les plus sophistiqués au monde. Ses services ont démontré à maintes reprises leur capacité à pénétrer les organisations ennemies et à localiser leurs dirigeants. La mort d’Ismaïl Haniyeh et de Hassan Nasrallah a notamment illustré cette capacité. Que les préparatifs d’une offensive d’une telle ampleur aient pu échapper entièrement à leur vigilance demeure donc une question légitime.
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Une nouvelle révélation, rapportée en septembre 2026 par Haaretz, donne à cette affaire une dimension supplémentaire. Selon une enquête fondée sur le livre à paraître des journalistes Shlomi Eldar et Ruth Yuval, le président des Émirats arabes unis, Mohammed ben Zayed, aurait averti Benjamin Netanyahu, lors d’un entretien téléphonique d’environ quarante-cinq minutes, une dizaine de jours avant le 7 octobre, que Yahya Sinwar préparait une opération majeure. Selon cette enquête, Netanyahu n’aurait pas transmis cette information aux responsables israéliens de la sécurité. Son bureau nie catégoriquement le récit et menace Haaretz de poursuites.
Hunter Biden affirme sur l’antenne de LBC, Londres, que Netanyahu avait bel et bien laissé se produire le coup du 7 octobre, sans quoi, il n’aurait pas pu mettre son plan sur Gaza à exécution. Sa proximité du pouvoir donne crédit aux allégations du fils du 46e président des États-Unis.
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La tentation est grande de comparer le 7 octobre à Pearl Harbor. On sait combien la thèse selon laquelle Franklin Roosevelt aurait volontairement laissé venir l’attaque japonaise afin de retourner l’opinion américaine contre l’isolationnisme a hanté l’historiographie et la mémoire politique américaines.
La comparaison peut néanmoins servir de métaphore : une attaque dévastatrice peut bouleverser en quelques heures le rapport d’une société à la guerre. C’est ce qui s’est produit en Israël.
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Épuisé par un si long règne, accusé de corruption, Netanyahu sait qu’il est au bout du rouleau, mais il se cramponne à un rêve insensé, entrer dans l’histoire par la grande porte : réaliser le Grand Israël. Pour ce faire, il doit procéder à une épuration ethnique définitive dans la Palestine historique, il doit grignoter la Syrie, le Sud-Liban, l’Irak, voire Médine, en Arabie saoudite. Pour ce faire, il bénéficie de l’appui total et aveugle de l’administration américaine ainsi que de la complicité éhontée d’une grande partie de l’Europe et des Bédouins du Golfe. Mais il est en perte de vitesse. Il est recherché pour crime contre l’humanité.
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Le vieux réflexe occidental consistant à considérer Israël comme une exception permanente rencontre désormais une résistance croissante dans l’opinion publique mondiale, notamment parmi les jeunes générations. Et le langage lui-même est en train de changer. Pendant longtemps, toute critique radicale de la politique israélienne risquait d’être immédiatement rabattue sur l’antisémitisme. Or la distinction entre l’antisémitisme, haine des Juifs en tant que Juifs, et la critique d’un gouvernement, d’une armée ou d’une idéologie politique est devenue un enjeu central du débat contemporain..
Abdelaziz Kacem
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