Le candidat à la candidature pour l’élection présidentielle d’avril prochain, Ali Ghederi, a affirmé, via le coordinateur national de sa campagne électorale, Me Mokrane Aït Larbi, que les citoyens qui voudraient lui accorder leurs parrainages subissent diverses «entraves et intimidations» de la part de l’administration.

Le président de la Haute instance indépendante de surveillance des élections (HIISE), Abdelwahab Derbal, garant donc de la transparence du processus électoral, a déclaré, hier lors du forum d’El Hiwar, que l’instance qu’il dirige n’a rien reçu à ce sujet. Celui-ci a même tenu à rappeler que «le ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales avait saisi les municipalités, notaires ou tout autre intervenant dans l’opération électorale pour s’acquitter de leurs tâches dans le strict respect de la loi».

Néanmoins, il a ajouté que si un quelconque candidat juge qu’il est victime de telles attitudes de la part d’un agent de l’administration, «il n’a qu’à se rapprocher des coordinations de wilaya de la Hiise». «Ils se déplaceront même avec lui à l’APC», a-t-il lancé.

Cela suffira-t-il à rassurer les uns et les autres parmi les candidats pour ce qui est de la neutralité de l’administration ? Peu évident. Surtout que ce premier responsable de la HIISE, créée à la faveur de la révision constitutionnelle de 2016, évoque, à demi-mot, le manque de prérogatives. D’après lui, «la loi organique relative à la Hiise est en inadéquation avec l’article 194 de la Constitution» en matière d’ambitions ayant trait à la garantie d’une transparence d’un rendez-vous électoral. L’article en question stipule que «la Haute Instance veille à la transparence et à la probité des élections présidentielles, législatives et locales et du référendum, depuis la convocation du corps électoral jusqu’à la proclamation des résultats provisoires du scrutin».

«Le comité permanent de la Haute instance veille notamment : à la supervision des opérations de révision des listes électorales par l’administration ; à la formulation de recommandations pour l’amélioration du dispositif législatif et réglementaire régissant les opérations électorales ; à l’organisation de cycles de formation civique au bénéfice des formations politiques, sur la surveillance des scrutins et la formulation des recours», ajoute-t-on encore. «La loi nous donne un certain nombre de moyens, mais on n’a pas un contrôle sur tout», a déclaré Derbal.

Celui-ci citera également une différence de formulation entre l’article 193 de la Constitution, qui évoque «une liste électorale» et cette même loi organique qui parle de «listes électorales» au pluriel. Pour Derbal, il y a également un problème relatif à ce même fichier électoral. Ainsi, des personnes décédées sont toujours, a-t-il indiqué, sur la liste des électeurs, puisque leurs proches n’ont pas déclaré leur décès. Il y a aussi le cas de personnes atteintes de maladies qui ne leur permettent pas de voter (Alzheimer par exemple) mais qui sont toujours sur ces mêmes listes.

Et leur nombre est important apparemment, puisque celui-ci en parle. Mais au-delà de ces lacunes, la transparence d’une élection, a déclaré le président de la Hiise, «est l’affaire de tous». «C’est un acte militant», a-t-il lancé, avant d’ajouter : «On ne peut pas surveiller une élection avec des personnes rétribuées.» L’ancien député du parti Ennahda a tenu à rappeler que le taux de couverture de la surveillance des élections passées par les partis politiques était de 30% seulement. Comme pour dire que ceux-là doivent aussi faire un effort dans ce sens.

Que faut-il faire donc pour doter la Hiise des moyens nécessaires pour garantir la transparence d’une élection ? Abdelwahab Derbal, pour qui les prérogatives de la Haute instance doivent être renforcées, a annoncé l’installation prochaine d’une commission qui sera chargée de revoir les textes relatifs aux élections. Des propositions vont donc être faites. En dernier lieu, celui-ci a signalé que s’il avait remis le rapport de la Hiise sur les élections législatives de 2017 au chef de l’Etat, sans le rendre public, c’est parce que «la loi l’exige». «Je suis désigné et non un élu», a-t-il déclaré en définitive.

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