Insécurité routière

Karim Ben Amar

Le Maroc est encore sous le choc après l’accident d’autocar meurtrier, survenu mercredi 17 août 2022 dans la province de Khouribga. Le bilan est lourd puisque 24 personnes sont décédées à la suite de cet accident de la route en plus de 35 blessés. Cet accident qui a ému le pays entier n’est malheureusement pas un cas isolé. Les routes de notre pays sont parmi les plus dangereuses et meurtrières de la planète. Annuellement, nos routes font près de 3.500 décès et 12.000 blessés graves. Cela représente une moyenne de 10 morts et 33 blessés graves quotidiennement, selon des statistiques de l’Agence nationale de la Sécurité routière (NARSA).

Pour en savoir plus sur les éventuelles raisons de ces drames routiers, Al Bayane a contacté le secrétaire général du secteur « transport routier » de la centrale syndicale UMT, Abdelaziz Daoudi. Le syndicaliste nous dévoile les différentes raisons sur l’insécurité de nos routes.

Il faut bien l’avouer, l’insécurité règne sur nos routes. Que ce soit sur l’autoroute ou sur la route nationale ; chaque jour, des accidents mortels sont recensés. L’espoir est que le dernier accident mortel, qui a marqué les esprits et les consciences, avec 24 personnes qui y-ont trouvé la mort, soit une sonnette d’alarme pour juguler ce fléau. Car cet incident a ému dans les quatre coins du Royaume, mais aussi en dehors de nos frontières. D’ailleurs, la toile a rendu un vibrant hommage aux victimes et aux 35.

Pourtant, et il faut bien le rappeler, dès 2003, une stratégie nationale de la sécurité routière a été mise en œuvre pour venir à bout de ce fléau. Elle englobe plusieurs axes dont la réforme du code de la route, la sensibilisation, la formation et l’amélioration du contrôle. Tous ces efforts, n’ont eu aucun impact au niveau des pertes humaines et matérielles.

La période 2013-2016 a été marquée par un renforcement du contrôle de la vitesse par des radars patrouilles hors agglomération ainsi qu’une redynamisation des brigades mobiles de contrôle routier en ville. Concernant  les infrastructures, un programme spécial d’aménagements a été mis en place sur la période 2014-2017 avec une enveloppe de 3 milliards de dirhams, dont 1,5 milliard pour le traitement des points noirs.

Mais tous ces efforts considérables n’ont pas eu raison de ce problème récurrent : nos routes continuent à représenter un réel danger, sans aucun progrès sensible de limitation des dégâts.

Pour avoir de plus amples informations sur les raisons de cette défaillance, l’équipe d’Al Bayane a contacté le secrétaire général UMT’iste chargé du secteur « transport routier », Abdelaziz Daoudi. Le responsable syndical nous a rapporté que l’état déplorable de nos routes est aussi responsable de l’hécatombe. « Les infrastructures de nos routes nationales sont dans un état lamentable. Certaines liaisons routières sont pratiquement en ruine ». Et d’ajouter, « l’absence de panneaux de signalisations sur nos routes est aussi une raison de la recrudescence des accidents de la route ».

Le responsable syndical met l’accent sur le contrôle des routes par les autorités compétentes, « le plus souvent, les contrôles ont plus pour vocation de coller des amendes plutôt que de sensibiliser les conducteurs », affirme-t-il. Sans parler des phénomènes de corruption liés à ces contrôles…

Il est vrai que sur nos routes, nous pouvons apercevoir des bus littéralement délabrés ou en ruine et roulant sans complexe. Sur ce volet, Abdelaziz Daoudi nous explique que «ces bus dans état lamentable sont amortis depuis plusieurs années. Le souci est que le patron préfère les garder opérationnels bien qu’ils représentent un danger pour son personnel, les voyageurs et tout automobiliste croisant leur chemin.

Le professionnel du secteur nous rapporte aussi que la visite technique joue aussi un rôle dans la dangerosité de nos routes. « Malheureusement, la visite technique ne remplit pas pleinement son rôle puisque ce contrôle, il faut bien le dire, n’est pas assez stricte.  Les services de contrôle ne disposent pas assez de moyens mis en place pour permettre à ce que le contrôle, pourtant primordial, limite la casse », a-t-il souligné.

Concernant les gares routières, d’après le syndicaliste, c’est l’anarchie totale. « À l’approche d’une gare, l’on remarque qu’aucune règle n’est respectée.  Entre les courtiers qui font du racolage, et l’absence du contrôle du ministère du Transport, c’est la loi du plus fort ».

Quant à la question portant sur l’éventuelle responsabilité des patrons de cars par rapport et la dangerosité de nos routes,  Abdelaziz Daoudi fait savoir que « l’anarchie qui règne dans le secteur arrange les patrons qui en tirent plus de bénéfices. Certains privilégient la routière pour pouvoir prendre des passagers dans les villages.  Ils ont aussi tendances à prendre des chauffeurs journaliers sans expérience coûtant 200 à 300 DH par jour de travail ». Et d’annoncer, « pour information, le chauffeur du car qui a fait 24 morts dans la province de Khouribga était débutant ».

Pour le responsable syndical, l’État doit penser à organiser le secteur. « Il n’y a qu’à prendre exemple sur les pays qui sont parvenus  à sécuriser leurs routes, car l’anarchie ne peut-être que meurtrière, nous sommes bien placés pour le savoir ». 

« Pourquoi ne déplore-t-on jamais d’accident du coté de la Compagnie des transports marocains (CTM) ? Pour la simple raison, qu’il n’y a pas d’anarchie. L’ordre et la discipline sont les maitres mots ».

Ailleurs, les conditions des chauffeurs sont déplorables d’après la même source. « La dignité du chauffeur est brusquée à chaque fois qu’il se rend au travail. Il faut bien se le dire, les professionnels du secteur sont totalement démunis. Pas de couverture médicale, les droits des travailleurs sont bafoués.     

«Avant le drame de Khouribga,  en tant que centrale syndicale, nous avons tiré la sonnette d’alarme à plusieurs reprises. Aucune stratégie n’est mise en place à l’approche des grands départs en vacances ; ce qui est une aberration et un manquement aux responsabilités. Idem pour la coordination, totalement inexistante malgré nos nombreux avertissements » a-t-il tonné.

En réponse à une question sur le rôle de l’Agence nationale de la sécurité routière (NARSA), Abdelaziz Daoudi déclare que « l’Agence peut jouer un grand rôle pour limiter les accidents de la route. Elle bénéficie d’un très gros budget pour sécuriser nos routes, mais on voit bien que, dans la pratique, la NARSA est totalement absente. Sur le terrain, elle est toujours aux abonnés absents. Mis à part le fait de passer  des spots publicitaires à la TV, elle ne fait pas  grand-chose ». Et de poursuivre, « une Agence qui bénéficie de fonds de l’État doit-être au plus proche du citoyens, avec une stratégie palpable et durable. C’est tout le contraire de la NARSA à notre grand dam », a-t-il soupiré.

Évoquant les chiffres alarmants, le syndicaliste fait savoir que « force est de constater qu’aucun effort de l’Agence n’a été fait pour limiter le carnage. Les accidents sont en hausses perpétuelles. Les chiffres font froid au dos ».

Par souci de livrer à nos lecteurs un travail équilibré, et parce que la déontologie de notre métier nous y oblige, nous avons contacté Nacer Boulaajoul, DG de la NARSA afin de connaitre l’avis de l’Agence. Ce dernier nous dirigé vers une responsable de communication. À l’heure où nous imprimons et après une semaine d’attente, nos questions sur les raisons de l’insécurité de nos routes et les actions qu’entreprend la NARSA pour endiguer ce fléau sont restées sans réponses. En soit, c’est aussi une réponse… Hélas !

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Auteur: M’hammed rahal
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