Personne n’y croyait il y a 25 ans… Aujourd’hui, la filière aéronautique marocaine est non seulement devenue une plateforme industrielle incontournable, mais joue un rôle stratégique dans la chaîne de valeur mondiale.

Selon le Gimas, les industriels ont de la visibilité sur les commandes des 10 prochaines années. C’est du chiffre d’affaires sécurisé sur la période 2025-2035
Ce secteur qui recourt à la technologie de pointe et à l’ingénierie compte aujourd’hui plus de 150 entreprises, y compris de grands groupes motoristes, et emploie plus de 26.000 jeunes hautement qualifiés, essentiellement des ingénieurs, des techniciens spécialisés, des logisticiens, des mécaniciens, agents de maintenance, génie mécanique, systèmes automatisés…
Depuis la création de la filière en l’an 2000, les industriels ont intensifié l’intégration locale de composants d’avions, qui a franchi aujourd’hui la barre des 40%. Ce qui est une prouesse dans un domaine aussi pointu, évolutif et surtout à fort contenu technologique. Parmi les facteurs de succès, la structuration de l’activité en plusieurs écosystèmes industriels (moteurs, câblage, assemblage, ingénierie, MRO, composites…)
En plus des écosystèmes Boeing, Airbus, Safran… Cette stratégie a permis de favoriser l’intégration locale, la montée en compétences et en valeur ajoutée et le développement d’une supply chain nationale compétitive.
En 2024, le secteur a réalisé un chiffre d’affaires record de l’ordre de 2,7 milliards de dollars (environ 27 milliards de dirhams). Cette performance à l’export représente une croissance de 17% par rapport à 2023. «Notre objectif est de doubler le chiffre d’affaires durant les 5 prochaines années», a annoncé récemment Hamid Benbrahim El Andaloussi, expert, VRP qui plus est l’un des bâtisseurs de la vision et de la structuration de la stratégie industrielle du secteur de l’aéronautique au Maroc.
En clair, l’ambition est de dépasser les 5 milliards de dollars (environ 50 milliards de dirhams) à l’export de composants à forte valeur ajoutée, à l’horizon 2030. D’ici là, le secteur a également l’ambition de mettre le turbo et devenir un moteur de création d’emplois au Maroc. L’objectif est de doubler les effectifs pour atteindre 50.000 emplois hautement qualifiés en 5 ans. A noter que le Maroc forme chaque année des profils de pointe dont 400 ingénieurs aéronautiques. Pour atteindre ces objectifs, le secteur parie sur la formation et l’accélération d’emplois à plus forte valeur ajoutée.
Evidemment, pour doubler le chiffre d’affaires et accélérer la croissance, la prochaine étape consistera, selon le Gimas (Groupement des industries aéronautiques et spatiales), de capter de nouvelles vagues d’investissements porteurs de valeur ajoutée, de taille critique et de complexité. Ce qui passe par des extensions des périmètres des écosystèmes et du spectre des activités au profit de nouveaux donneurs d’ordre. Les relais de croissance résident aussi dans la prospection de nouveaux marchés.
«La nouvelle ère industrielle requiert d’aller plus vite afin d’attirer plus d’entreprises, d’investisseurs et de donneurs d’ordre dans des marchés différents. Il va falloir aussi s’inscrire dans une logique d’optimisation de l’intégration mais avec plus de valeur ajoutée locale», soutient Hamid Benbrahim El Andaloussi. Désormais, le défi consiste aussi à attirer des capitaux nationaux, des entreprises 100% marocaines, des PME… Et surtout capter des activités technologiques, relever le challenge des industries propres, sans émissions de CO2, la réduction de l’empreinte carbone, l’industrie 4.0, la digitalisation des process des chaînes de production…
Résilience
Les 20 dernières années ont été marquées par de nombreuses crises, notamment celle des Subprimes en 2008, les conflits géopolitiques, la guerre en Ukraine, le Covid, l’inflation, les ruptures dans les chaînes de valeur mondiales… Malgré toutes ces secousses, la filière aéronautique a fait preuve de résilience. Aujourd’hui, les industriels ont une visibilité de 10 ans sur les commandes contractuelles. Plus encore, la rareté des ressources dans ce type d’activité et la décarbonation positionnent le Maroc en tant que base idéale d’approvisionnement pour le compte des donneurs d’ordre. La proximité logistique avec l’Europe permet au Maroc de livrer en 2 jours seulement Toulouse (siège d’Airbus) en plus d’une connectivité agile avec les hubs aéronautiques mondiaux.
Stratégies de rupture
Dans un secteur aussi pointu et exigeant que l’aéronautique, la vision à elle seule ne suffit pas. Il faut surtout savoir délivrer. Selon Hamid Benbrahim El Andaloussi, «le plus important dans notre secteur d’activité, ce n’est pas l’industrie en elle-même. Mais plutôt la démarche adoptée avec une stratégie évolutive qui repose sur des ruptures et la réactivité dans un monde en pleines mutations technologiques, géopolitiques, industrielles… Il faut être capable d’anticiper l’avenir, qui n’est pas dans une configuration linéaire».
Parmi les fortes ruptures qui ont marqué l’industrie aéronautique marocaine, et qui sont à l’origine du succès et de la résilience de la filière, figurent la formation, le développement des compétences et la mobilisation du foncier pour accueillir les nouveaux entrants. Sur la composante foncière, la force du Maroc réside dans la mobilisation de grandes réserves et la mise en place d’un cluster dédié, celui de Midparc à Nouaceur (région de Casablanca).
Amin RBOUB
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Auteur: Amin RBOUB
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