Aéronautique : Wright Corporation prépare son entrée au MarocAéronautique : Wright Corporation prépare son entrée au Maroc

Curtiss-Wright Corporation, un groupe industriel américain spécialisé dans les technologies destinées aux marchés de l’aéronautique, de l’aérospatiale et de la défense, a annoncé le mardi 21 juillet, l’implantation d’une usine au Maroc pour répondre aux besoins croissants des constructeurs aéronautiques et de leurs sous-traitants dans la région. Objectif business : un positionnement dans la filière du traitement de surface. Quel impact pour cette filière ?

L’industrie aéronautique marocaine s’est construite autour d’un modèle d’intégration progressive. Le taux d’intégration locale atteint 42 %, avec une progression annuelle moyenne de 17 %. Ces chiffres traduisent une montée en compétence réelle des sous-traitants locaux, mais ils présentent aussi des défis : la chaîne de valeur veut couvrir certaine filière. L’arrivée de Curtiss-Wright change la donne dans ce sens. Le groupe américain, né en 1929 comme constructeur d’avions avant de se diversifier dans les technologies de pointe pour l’aéronautique, l’aérospatiale et la défense, possède une division entièrement dédiée aux traitements de métaux.

 Son implantation au Maroc ne répond pas à une logique de simple délocalisation, mais à une nécessité industrielle : celle de rapprocher la prestation technique des centres de production des grands constructeurs déjà présents sur place. Boeing, Safran, Spirit Ecosystems, Pratt & Whitney, Hexcel ou Figeac Aero figurent parmi les clients potentiels de cette future usine.

Ray Lopuc, vice-président senior du groupe et directeur de sa division Curtiss-Wright Surface Technologies, a résumé l’ambition en une phrase : « Le Maroc est devenu un pôle de croissance essentiel pour les principaux constructeurs aéronautiques et leur chaîne d’approvisionnement, et nous sommes ravis de pouvoir fournir des services de traitement de surface indispensables à nos précieux clients ». L’emploi du terme « indispensables » n’est pas anodin. Il signale que l’usine ne viendra pas en concurrence avec des acteurs locaux existants, mais qu’elle occupera une fonction peu servi. 

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Un signal fort pour la filière et pour les investisseurs

Au-delà de l’apport technique immédiat, cette annonce porte un message stratégique à destination de l’ensemble de la filière et des investisseurs internationaux. Curtiss-Wright, groupe coté et reconnu, ne s’engage pas dans un projet expérimental. Il évalue « activement les sites potentiels pour accueillir une nouvelle usine de traitement de surface à la pointe de la technologie au sein de ce pôle aérospatial en pleine croissance ». La formulation suggère une réflexion déjà avancée sur le terrain, et non une simple étude de faisabilité. Le choix du Maroc, parmi les destinations possibles en Afrique du Nord ou en Europe du Sud, confirme la montée en gamme du royaume dans les chaînes de valeur mondiales.

L’aéronautique marocaine n’est plus perçue comme un simple atelier d’assemblage à bas coûts, mais comme un maillon capable d’accueillir des technologies de milieu de gamme, voire de haute technicité. Le traitement de surface, qui exige des normes environnementales et de qualités draconiennes, est un marqueur de cette évolution.   Reste que le montant de l’investissement et le nombre d’emplois créés n’ont pas été divulgués.  Par ailleurs, il faut notifier que l’usine de Curtiss-Wright s’inscrit dans un écosystème qui a déjà prouvé sa résilience et sa capacité d’attraction.

Les 155 entreprises du secteur, selon les données du Groupement des industries marocaines aéronautiques et spatiales (GIMAS), emploient plus de 25 000 personnes et génèrent des exportations de l’ordre de 3 milliards de dollars. Ces chiffres placent le Maroc parmi les premiers pôles aéronautiques d’Afrique et du pourtour méditerranéen. Contacté par Challenge pour comprendre les enjeux de cette implantation, l’ancien Président du GIMAS Karim Cheikh explique : « aucune donnée chiffrée n’a été communiquée concernant ce projet. Le manque était effectivement très important auparavant, mais aujourd’hui, plusieurs opérateurs sont présents sur le marché. Ce déficit a donc été considérablement réduit. »`

De son côté, Soro Bernard, ingénieur aéronautique, met le curseur sur la dimension technique budgétivore de cette activité : « La certification de la structure du traitement des surfaces, la procédure d’obtention des agréments des constructeurs d’avions, les certifications de la FAA et de l’EASA sont des facteurs très importants pour la mise en place d’une structure de traitement de surface. Ce sont tous ces facteurs techniques et réglementaires qui font que cette filière est très complexe dans sa mise en place opérationnelle. »

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Et d’ajouter : « Par ailleurs, il faut toutefois reconnaître le mérite du Maroc qui est aujourd’hui une plateforme aéronautique très en vue à la lumière de son positionnement géographique. Pas seulement une main-d’œuvre accessible et surtout un hub stratégique ouvert sur le marché africain. »

Une concurrence indirecte, une complémentarité assumée

L’implantation de Curtiss-Wright ne devrait pas, à court terme, menacer les acteurs locaux de la sous-traitance. «Le traitement de surface, dans sa variante aéronautique, requiert des investissements lourds et des agréments spécifique », précise une source.

La complémentarité est d’ailleurs au cœur du discours de Curtiss-Wright. Le groupe ne se présente pas comme un concurrent, mais comme un fournisseur de services « indispensables » aux donneurs d’ordre et à leurs sous-traitants. Cette posture, si elle est tenue, pourrait renforcer la cohésion de la filière et accélérer les cycles de production. Les constructeurs, qui peinaient parfois à faire traiter leurs pièces à l’étranger, disposeront désormais d’une solution locale, réduisant les délais et les risques liés au transport.

Reste à savoir si cette usine sera la première d’une série. Curtiss-Wright est présent dans 14 marchés en Afrique, et sa division Surface Technologies pourrait voir dans le Maroc une tête de pont pour desservir d’autres pays de la région. L’Afrique du Nord, avec ses écosystèmes aéronautiques émergents, offre un potentiel que le groupe américain ne manquera pas d’explorer. Mais pour l’heure, le focus est marocain, et le calendrier est fixé : mi-2027 pour une mise en service.

Un levier pour l’exportation et la notoriété

L’usine de Curtiss-Wright ne servira pas uniquement le marché intérieur. Le Maroc, grâce à sa position géographique et à ses accords de libre-échange avec l’Union européenne et les États-Unis, est une plateforme d’exportation naturelle. Les pièces traitées dans la future usine pourront être réexpédiées vers les chaînes d’assemblage européennes ou américaines, ajoutant une couche de valeur ajoutée à des produits déjà marqués « Made in Morocco ».  Cette dynamique pourrait renforcer la notoriété du Maroc comme destination d’investissement dans les technologies de pointe. L’aéronautique y gagne en crédibilité, et d’autres segments, comme l’aérospatiale ou la défense, pourraient suivre. Curtiss-Wright, qui opère également dans ces domaines, pourrait à terme étendre ses activités au-delà du traitement de surface, si l’expérience marocaine s’avère concluante.

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La filière mondiale du traitement de surface en aéronautique
Qu’est-ce que le traitement de surface ?

Le traitement de surface désigne l’ensemble des opérations mécaniques, chimiques ou électrochimiques visant à modifier les propriétés de la couche superficielle d’un matériau. Dans le secteur aéronautique, ces procédés ne sont pas une simple finition esthétique : ils conditionnent la résistance à la corrosion, la tenue à l’usure, la protection contre les hautes températures et, in fine, la durée de vie des pièces exposées aux environnements les plus hostiles.
Les principaux procédés comprennent :
– L’anodisation : procédé électrochimique qui crée une couche d’oxyde protectrice sur l’aluminium, améliorant la résistance à la corrosion et à l’usure.
– Les revêtements anti-corrosion: cadmiage, zingage, phosphatation, passivation – des couches barrières qui prolongent la durée de vie des composants.
– Les dépôts métalliques: nickelage, chromage, cuivrage, argentage – qui offrent une meilleure résistance à l’usure, à la corrosion et aux températures extrêmes.
– Les traitements thermiques: trempe, revenu, recuit, cémentation – qui modifient la structure interne des métaux pour optimiser dureté, ductilité et résistance.
Notons que l’enjeu est sécuritaire autant qu’industriel : ces traitements contribuent à renforcer la fiabilité des composants critiques en améliorant leur résistance à la fatigue et en réduisant les risques de corrosion.

Auteur: Ismail Saraoui
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