L’affaire de l’espionnage de ministres algériens à l’aéroport de Paris-Orly (France) par les services secrets marocains a connu un nouveau rebondissement, avec le renvoi devant le tribunal correctionnel de quatre personnes, dont un capitaine de la Police des frontières (PAF) d’Orly, a révélé, avant-hier, le journal français Le Parisien, évoquant une «affaire d’Etat».

L’ancien fonctionnaire de la police des frontières d’Orly avait transmis «en toute illégalité», à un agent du renseignement marocain, des notes ciblant des ministres algériens en transit par l’aéroport d’Orly, ainsi que des centaines de fichés S, liées à des personnes soupçonnées de radicalisation islamiste, d’après Le Parisien.

L’enquête, ouverte à la suite d’un signalement anonyme en juillet 2016, a mis en cause trois autres personnes, à savoir la femme du policier Charles D., le chef d’une entreprise de sécurité chargée du filtrage des passagers d’Orly, Driss A., et un agent des services secrets marocains.

D’origine marocaine, Driss A. avait joué le rôle d’intermédiaire entre le capitaine de police et sa femme et les services secrets marocains. L’ancien capitaine de la PAF a transmis «entre 100 et 200 fiches de renseignements confidentiels» concernant des voyageurs transitant par l’aéroport de Paris-Orly à destination du Maroc, selon le même journal. Il effectuait ces actions en échange de voyages luxueux au Maroc et en Angola, ainsi que de nombreux versements en espèces pour un total de 17  000 euros.

Lors de la perquisition du domicile du responsable de la société privée de sécurité, Driss A., la Police des polices française a trouvé «27 notes de la PAF faisant le point sur le passage ou les rencontres de personnalités à Orly» dont «ceux de ministres algériens, qui semblent particulièrement intéresser leurs voisins marocains», selon Le Parisien.

Aujourd’hui retraité, l’ancien fonctionnaire de la police aux frontières d’Orly sera prochainement jugé à Créteil pour corruption, a rapporté, hier, l’agence AFP, citant une source judiciaire.

La justice lui reproche aujourd’hui d’avoir transmis entre 2014 et 2017 entre 100 et 200 de ces fiches confidentielles aux services secrets marocains, selon l’ordonnance de renvoi datée du 30 juillet dont l’AFP a eu connaissance, et confirmant les informations du Parisien.

Il comparaîtra devant le tribunal correctionnel de Créteil, notamment pour «corruption passive» et «violation du secret professionnel» pour des faits s’étalant de 2014 à 2017. «A l’époque, mon client est convaincu d’agir dans l’intérêt supérieur de la France. On lui propose de collaborer avec le Maroc. Pour lui, c’est un moyen de surveiller les fichés S et d’éviter de nouveaux attentats», a réagi son avocate, Me Blandine Russo, insistant sur «les troubles psychologiques» de son client au moment des faits.

Renvoyé à ses côtés, Driss A. est, lui, poursuivi pour «corruption active». Il aurait eu une «place centrale» dans la combine en transmettant les fiches confidentielles, dont plusieurs ont été retrouvées à son domicile et dans son bureau, et en réglant les voyages à l’étranger du policier et de sa famille.

L’agent des services secrets marocains, visé par un mandat d’arrêt, est également poursuivi pour corruption active. La femme du policier sera jugée pour recel de biens provenant de corruption et pour le vol de médicaments –remis à l’intermédiaire – dans l’hôpital où elle exerçait en tant qu’aide-soignante. Mis en examen, un autre fonctionnaire de la PAF a obtenu un non-lieu au terme de l’enquête. 

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Auteur: Anis Khecheba
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