Selon la Banque mondiale, les projections de croissance pour 2026-2027 en Afrique du Nord illustrent une «résilience» globale mais profondément asymétrique et fragile. Challenge fait un tour d’horizon sur le nouveau rapport de l’institution de Bretton Woods.

 « Année après année, la capacité de l’économie mondiale à générer de la croissance s’érode, alors que sa résilience face à l’incertitude des politiques publiques semble se renforcer, analyse Inderjit Gill, économiste en chef et premier vice-président du Groupe de la Banque mondiale pour l’Économie du développement. C’est ce nouveau contexte économique que le nouveau rapport de la Banque mondiale faisant un focus sur les économies de la région MENA.  Les dernières projections de la Banque mondiale pour 2026 et 2027 dessinent ainsi une trajectoire économique pour l’Afrique du Nord et certains pays clés du Moyen-Orient caractérisée par une croissance globale modeste mais en amélioration (3,6% en 2026, 3,9% en 2027). Cependant, les chiffres agrégés masquent des réalités nationales profondément divergentes et des défis structurels majeurs, particulièrement pour les économies africaines de la région. L

’examen des prévisions de croissance par pays révèle une hiérarchie claire et des dynamiques sous-jacentes préoccupantes. « L’activité dans la région MENA s’est cependant raffermie, principalement grâce à la hausse de la production pétrolière dans les pays exportateurs de pétrole et au dynamisme du secteur privé dans les pays importateurs de pétrole. Au sein des exportateurs de pétrole, la production d’or noir des grands pays pétroliers a augmenté à un rythme plus rapide qu’annoncé début 2025, tandis que la croissance de l’activité non pétrolière a bien résisté, en particulier dans les pays membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG). », explique le rapport.

Lire aussi | Le CHU de Laâyoune, le premier des provinces du Sud, bientôt opérationnel

Dans les détails, l’Égypte se distingue avec des taux de croissance projetés à 4,3% en 2025/26 et 4,8% en 2026/27.  La croissance de son économie repose sur diverses facteurs incluant un net rebond des exportations nettes, une consommation privée soutenue par la baisse de l’inflation et l’assouplissement des conditions financières mondiales. L’économie marocaine quanrt a elle affiche une croissance robuste mais en léger ralentissement à 4,4% tant en 2026 qu’en 2027, contrastant avec l’excellente performance de 2025 (5% estimé) largement tirée par une reprise agricole.

 Du côté de la Libye on note un rebond spectaculaire mais extrêmement fragile, avec une croissance devant se stabiliser à 3,5% en 2026 et 3,9% en 2027 après un pic estimé à 13,3% en 2025 lié à la reprise pétrolière post conflit La Tunisie peine quant à elle à retrouver une trajectoire vigoureuse, avec des taux projetés à 2,5% en 2026 et 2,2% en 2027, les plus faibles du groupe après l’Algérie malgré des révisions positives (+0,9 point en 2026, +0,5 en 2027). 

Mais derrière cette moyenne régionale se cache une réalité bien plus contrastée. Car si certains pays affichent des performances solides, voire dynamiques, d’autres peinent à sortir d’une croissance molle, insuffisante pour absorber les chocs sociaux, créer des emplois et réduire les vulnérabilités structurelles. La Banque mondiale le reconnaît elle-même : la résilience de l’Afrique du Nord est asymétrique, fragile et largement dépendante de facteurs exogènes — stabilité politique, climat international, conditions financières mondiales et chocs climatiques.

Une résilience qui masque des fragilités profondes

Au-delà des performances nationales, la Banque mondiale insiste sur un point clé : la croissance observée ne parvient pas à corriger les déséquilibres structurels qui traversent l’ensemble de l’Afrique du Nord. Le premier d’entre eux concerne la création d’emplois, largement insuffisante dans une région marquée par une forte pression démographique et un chômage des jeunes structurellement élevé. À cela s’ajoutent des contraintes budgétaires croissantes, liées à des niveaux d’endettement élevés et à des marges de manœuvre fiscales réduites, limitant la capacité des États à investir massivement dans l’éducation, la santé et les infrastructures productives.

Lire aussi I L’ONHYM sera transformé en société anonyme

Le secteur privé, quant à lui, peine encore à jouer pleinement son rôle de moteur de croissance, freiné par un accès limité au financement, un cadre réglementaire parfois rigide et une faible intégration aux chaînes de valeur mondiale. Enfin, la région demeure particulièrement vulnérable aux chocs exogènes — tensions géopolitiques, durcissement des conditions financières internationales, dérèglement climatique — qui peuvent rapidement remettre en cause des équilibres macroéconomiques déjà fragiles.

Quelle politique économique de riposte ?

Dans un monde de plus en plus incertain où la croissance et stabilité économique est un défi pour les nations, la question de l’approche à adopter dans un tel contexte se pose avec acuité. «  Le principal enseignement de ces 25 dernières années est que les pays en développement qui adoptent les bonnes politiques sont maîtres de leur destin. Et cela vaut tout particulièrement pour les pays à revenu intermédiaire. », prévient l’économiste de la Banque Mondiale. Et de poursuivre : « Quand ils adaptent leurs politiques aux besoins de leurs sociétés, ils procurent d’immenses bénéfices à leurs propres populations ainsi qu’aux deux milliards de personnes qui vivent dans des pays à revenu faible ou élevé. C’est ce que doivent faire les économies en développement aujourd’hui.

Au cours de la prochaine décennie, nombre d’entre elles seront confrontées à un défi historique en matière de création d’emplois. Elles devront le relever alors même que la conjoncture économique mondiale est peu favorable, que les relations commerciales sont bouleversées, que la dette des pays en développement atteint son plus haut niveau depuis un demi-siècle et que les budgets d’aide étrangère des pays à revenu élevé diminuent. » Abordant la question de l’approche, ce dernier explique que : « La première étape consiste à rétablir la discipline politique, en commençant par un retour à l’orthodoxie budgétaire. Quand la conjoncture économique est normale, les gouvernements doivent fixer et respecter des règles définissant les montants qu’ils peuvent dépenser et emprunter.

Lire aussi | Maroc: les recettes fiscales dépassent les prévisions en 2025, à 342 MMDH

Ces règles budgétaires contribuent à garantir que les dépenses publiques restent sous contrôle lorsque l’économie privée se porte bien, afin que les fonds publics soient disponibles quand les temps sont difficiles. Les faits parlent d’eux-mêmes : de telles règles, de plus en plus souvent adoptées ces 25 dernières années, ont démontré leur efficacité pour améliorer les équilibres budgétaires dans les économies en développement. » « Le moment de l’instauration de règles budgétaires est un facteur déterminant de leur efficacité. En effet, les gouvernements ont tendance à en instaurer sous la contrainte, quand la conjoncture économique est mauvaise, plutôt que lorsque tout va bien.

Or, un mauvais timing peut conduire à une mauvaise conception des règles. Une gouvernance faible et une capacité d’application insuffisante, plus fréquentes dans les économies en développement que dans celles à revenu élevé, nuisent aussi à l’efficacité des règles budgétaires. Ces lacunes peuvent toutefois être corrigées : les gouvernements peuvent choisir d’adopter des règles budgétaires quand l’économie est saine et ils peuvent aussi décider de renforcer leur capacité de gouvernance » ; précise l’économiste de la Banque Mondiale dans une tribune sur le sujet.

Auteur: Ismail Saraoui
Cliquez ici pour lire l’article depuis sa source.