Le procès de l’homme d’affaires Ali Haddad s’est ouvert hier au tribunal de Sidi M’hamed.

9h43 : Arrivée des accusés dans la salle. Il s’agit de Haddad et son frère Rebouh, des deux anciens Premiers ministres Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, des anciens ministres de l’Industrie Youssef Yousfi, Bedda Mahdjoub et Amara Benyounès et des anciens ministres des Travaux publics, Abdelkader Ouali, Amar Ghoul et Boudjemâa Talaï alors qu’Abdelghani Zaâlane était absent pour des raisons de santé, a précisé la défense.
9h48 : Ouverture de l’audience par le magistrat Abdelaziz Boudiaf. Cinq membres de la famille Haddad sont poursuivis dans cette affaire : Ahmed, Mohand, Amar, Meziane et Sofiane, prévenus libres.
Le tribunal confirme la présence de Mohamed Salamani et Abdellah Benmansour respectivement ex-walis de Boumerdès et d’El Bayadh accusés et mis en liberté par le parquet près la Cour suprême.
Plusieurs témoins sont cités à l’instar d’Abderrezak Henni, DG de la modernisation au ministère de l’Intérieur, Mohamed Hattab, ex-wali de Boumerdès et ancien ministre de la Jeunesse et des Sports.
C’est aussi le cas de l’ex-PDG du CPA, Omar Boudiab, de l’ex-wali de Boumerdès, Nouria Zerhouni, de Mohamed Alouane et Hassiba Meghraoui, anciens cadres au ministère de l’Industrie et le directeur du cabinet de l’ETRHB, Hadj Saïd Malek.
Les avocats de la défense ont demandé le renvoi du procès. «Il s’agit de deux affaires et nous n’avons pas accédé au dossier de la Cour suprême», ont-ils plaidé et évoquent le changement du statut des accusés et témoins.
Ils ont rejeté le réquisitoire du parquet relatif à la jonction des deux affaires. «C’est une atteinte aux droits des accusés», insistent-ils.
10h17 : Le tribunal se retire. Reprise de l’audience à 10h47 et rejet de la demande de report du procès et maintien de la jonction des deux affaires «puisqu’il s’agit des mêmes faits et des mêmes parties».
Me Khaled Berguel, avocat de Ghoul, insiste sur la levée du dispositif d’enregistrement et la transmission du procès, ce qui est accepté par le tribunal.
Me Amine Benkraouda invoque la «non-compétence du tribunal pour l’examen de cette affaire».
Le parquet a précisé que l’ex-wali d’Alger, Abdelkader Zoukh, n’est pas poursuivi dans cette affaire.

Ali Haddad : «Je suis universitaire issu d’une famille aisée.»

12h11 : Ali Haddad est appelé à la barre. Il est poursuivi pour blanchiment d’argent et financement occulte de campagne électorale. Il rejette toutes les charges retenues contre lui. «Je suis d’une famille respectable. Je suis parti en France pour poursuivre des études supérieures, mais mon père a insisté pour que je rentre et serve mon pays. J’ai créé ma première entreprise en 1988 dans le secteur des travaux publics et j’ai réussi en 1997, en plein terrorisme, à réaliser deux grands projets financés par la Banque mondiale à hauteur de 80 et 100 milliards de centimes», dit-il.
A. Haddad indique que ses frères n’ont aucun lien avec son activité. «Je suis le seul responsable dans les sociétés au nom de Haddad. Ils n’ont aucun lien avec les décisions prises ni les marchés ou projets. C’est moi qui les ai désignés comme actionnaires», précise-t-il. Il revient également sur les circonstances de son audition par le juge d’instruction après minuit.

124 marchés d’un montant  de 78.000 milliards de centimes

Le juge : «Vous possédez 55 sociétés ?» Ali Haddad répond : «J’ai 10 ou 11 entreprises. Lors de l’enquête, on a comptabilisé des groupements qui ne sont pas actifs et conjoints et solidaires vis-à-vis du maître de l’ouvrage, certains sont même dissous. L’ETRHB est un groupe géant en Algérie et en Afrique, notamment l’Afrique de l’Ouest et le Golfe», insiste-t-il. Il tente, tout le long de son audition de défendre ses projets réalisés : notamment les passerelles vers les Sablettes et la Grande mosquée d’Alger. «L’Algérie a gagné 30 millions d’euros sur les opérations de transfert de devises car la société a payé tout en dinars. Il ajoute que l’ETRHB a payé des impôts et les frais financiers d’un montant de 1.500 milliards de centimes.
Ali Haddad est alors confronté au contenu du rapport de l’IGF : «Vous avez bénéficié de 124 marchés publics d’un montant de plus de 78.000 milliards de centimes, selon ce rapport, dans les secteurs de l’hydraulique, des travaux publics et de l’Industrie. Le secteur des travaux publics compte 99 marchés pour une enveloppe de 56.430 milliards de centimes, suivi de l’hydraulique avec 23 marchés d’un montant de 21.719 milliards de centimes et de l’énergie et des mines avec 2 marchés de plus de 261 milliards de centimes. Vous avez également bénéficié de 15 crédits bancaires de 34.000 milliards de centimes dont neuf crédits ont été remboursés», précise le président. L’accusé nie en bloc : «C’est faux. J’ai eu un malaise quand j’ai lu le rapport, mais l’expertise précise que le groupe ETRHB a remboursé tous les crédits et trouvé des difficultés à récupérer son argent auprès des ministères et institutions publics». Il ajoute que l’ETRHB a versé 38 milliards de DA aux banques et aux services des impôts, et défend ses projets majoritairement achevés et réalisés.

«Je voulais réaliser  le projet El Marai.»

Le président de l’audience l’a longuement auditionné sur les circonstances de désistement de la cimenterie de Relizane. Ali Haddad précise qu’il envisageait outre la production de 4 millions de tonnes de ciment, le recrutement de 2.000 employés. «Je voulais créer la plus grande cimenterie d’Algérie à Azzefoun, répond-il en consultant des documents. Il affirme qu’il n’a fait pression sur aucun responsable. Il est alors auditionné sur les actes de concessions des structures portuaires à Alger, Bejaia, Mostaganem, Annaba et Jijel et sur les assiettes foncières et 45 registres de commerce en son nom et 10 autres au nom de son frère Rebouh. Il explique qu’il voulait contrer les produits européens à travers ces investissements et la création de postes d’emploi. Quand le juge l’interroge sur les investissements dans plusieurs wilayas, il répond : «L’Algérie est pour tous les Algériens, moi je suis Algérien et j’ai lancé des investissements. Si je n’étais pas en détention, le projet de laiterie aurait été réalisé et l’Algérie n’aurait plus importé un litre de lait. Je me suis rendu en Arabie saoudite, en Hollande et aux Etats-Unis pour mettre en œuvre ce projet similaire à Elmarai saoudien».
L’audience est levée pour une heure. A 15h, l’audition reprend sur le financement occulte de la campagne électorale. «J’ai été condamné sur ce délit par le tribunal de Sidi M’Hamed et par la Cour d’Alger en appel à 4 ans de prison ferme», rappelle l’accusé. Il a toutefois précisé qu’il n’avait aucun lien avec la chaîne télévisée privée El Istimraria.
Il affirme qu’il a acquis un matériel de haute technologie pour la diffusion en live, d’un montant de 222.000 euros pour le groupe Média Temps et la chaîne de télévision Djzair TV. «Je voulais mettre en place une chaîne comme BeIn Sport. J’ai les factures. Saïd Bouteflika (ex-conseiller à la Présidence) m’a contacté pour lui permettre d’utiliser le matériel. C’est ce que j’ai fait et il a rendu les équipements après le gel de la campagne électorale. Il faut juste savoir que c’est moi qui ai informé les enquêteurs sur le lieu du matériel», dit-il en défendant encore ses frères : «Ils n’ont aucun lien avec la campagne électorale».
S’agissant du détournement du foncier agricole, Ali Haddad précise qu’il a effectué des études pour un montant de 12 millions de DA, rejetant le délit de bénéfice d’indus avantages. «C’est aux autorités de définir le caractère du foncier accordé dans le cadre de l’investissement». Les avocats de la défense reviennent sur le financement de la campagne électorale. L’ancien Premier ministre Abdelmalek Sellal est appelé à la confrontation en sa qualité de directeur de la campagne de Bouteflika. «Saïd Bouteflika était chargé de la communication au sein de la direction et Hamoud Chaid (déjà condamné) était le trésorier. Je tiens à préciser qu’Abdelaziz Bouteflika était candidat libre, il ne représentait aucun parti politique. Je tiens aussi à préciser que j’ai quitté la direction de la campagne électorale et Abdelghani Zaâlane m’a remplacé, mais je n’ai aucun lien avec le financement, j’ai accepté juste par respect au Président», dit Sellal avec une voix basse.

Décès de l’avocat Laifa Ouyahia

L’audition a été interrompue, suite au décès de Me Laifa Ouyahia, frère et avocat de Ahmed Ouyahia. «Il est mort chez lui, d’un arrêt cardiaque», précisent des avocats abattus par la perte subite de leur collègue qui était dans la salle la matinée et a plaidé en faveur de son frère la veille, lors du procès de SOVAC. Le juge décide la levée de l’audience pour une demi-heure.
17h44 reprise de l’audience. Ahmed Ouyahia est informé du décès de son frère. Abattu, il ne retient pas ses larmes quand le président de l’audience présente ses condoléances à la famille de la défense et décide le report des auditions à mardi prochain, afin de permettre aux avocats d’assister aux funérailles de leur collègue. Le représentant du collectif de défense, Me Khaled Bourayou annonce qu’il va présenter une demande au tribunal pour permettre à Ahmed Ouyahia d’être présent à l’enterrement. Le président de l’audience décide de lui permettre d’y assister.
    Neïla Benrahal

Auteur: elmoudjahid
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