Par son appel à l’application de l’article 102 de la Constitution à la fin du mandat du président Bouteflika, le vice-ministre de la Défense place l’armée au cœur de la crise politique qui secoue le pays. La «solution» de la crise, proposée par le général de corps d’armée Ahmed Gaïd Salah, relance le débat sur le rôle et les missions de l’ANP.
Une vive polémique s’installe ainsi entre ceux qui sont favorables à l’intervention de l’armée dans le jeu politique et ceux qui lui refusent catégoriquement ce rôle «anticonstitutionnel». Après plusieurs discours dans lesquels il tressait des lauriers au peuple, Ahmed Gaïd Salah entre grandement en jeu en orientant dans un sens le règlement de la crise. Un sens qui ne correspond absolument pas à celui voulu par le peuple, qui exige une rupture totale avec le système politique et l’avènement d’une nouvelle République.
Ainsi donc, l’ANP adopte une position dans cette crise qui oppose le pouvoir et le peuple, en abandonnant Bouteflika pour tenter de sauver le régime ou tout au moins le système en place. Cette immixtion directe, ouverte et frontale dans la crise politique a provoqué de vives critiques et dénonciations. Des acteurs politiques et de la société civile évoquent la primauté du civile sur le militaire mais surtout le fait que l’ANP doit rester neutre et n’intervenir que pour protéger le peuple et le pays.
Certains partis politiques l’ont interpellée par le passé pour contribuer au redressement de la trajectoire du pays en refusant de soutenir l’option du 5e mandat.
Ces mêmes partis ont appelé l’armée à accompagner les acteurs politiques et de la société civile pour la tenue d’une conférence nationale du consensus qui visait à définir une feuille de route pour éviter une grave crise, comme celle que traverse le pays aujourd’hui. Tous ces appels ont été rejetés au nom du respect de l’ANP de ses missions constitutionnelles qui l’éloignent de la politique.
Aujourd’hui, au moment où la rue, soutenue par l’ensemble des forces politiques de l’opposition, exige le départ de Bouteflika et le changement du système, le chef d’état-major veut imposer une autre feuille de route, à savoir le simple départ de Bouteflika et le retour sans aucune halte au processus électoral, dans les mêmes conditions qui ont poussé la majorité des partis et des personnalités à boycotter la présidentielle du 18 avril, reportée sine die. Sa décision risque donc d’entraîner l’armée dans un engrenage dangereux.
Le rejet massif de la proposition du chef d’état-major en est un signe. En effet, en se mettant en première ligne, l’armée ne pourrait plus jouer le rôle d’arbitre à un moment crucial de cette crise politique. Bien au contraire. Elle court le risque de se retrouver en confrontation directe et inédite avec le peuple.
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Auteur: Hicham Chouadria
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