Marrakech- Les participants au webinaire consacré au lancement officiel d’une étude sur « les économies informelles au Maroc », ont plaidé mardi, en faveur de l’identification du poids de l’informel et ses déterminants pour la conception de politiques efficaces soutenant la transition vers la formalité.
Les intervenants à cette rencontre à distance initiée par l’Observatoire National du Développement Humain (ONDH), l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) à Benguérir et HEM, à travers son centre de recherche « Economia » qui mènent ladite étude, ont relevé que l’actuelle crise sanitaire mondiale a démontré l’urgence d’intervenir pour intégrer le secteur informel dans le tissu économique formel.
Intervenant à cette occasion, le Secrétaire Général de l’ONDH, El Hassan El Mansouri, a fait savoir que le secteur informel est une composante essentielle des pratiques économiques et de l’emploi au Maroc.
Se référant à une enquête du Haut Commissariat au Plan (HCP), ainsi qu’à une étude récente publiée par Bank Al-Maghrib traitant de la question de l’informel, M. El Mansouri a appelé à élargir les connaissances en la matière, dans une perspective d’élaborer une vision intégrée et globale pour la réduction du poids de l’informel.
Dans ce contexte, il a fait remarquer que la crise induite par la Covid-19 vient révéler encore plus l’urgence de la question de l’informel, relevant que ce processus de réflexion sur « les économies informelles » engagé par l’ONDH, l’UM6P et HEM vise à interpeller les politiques publiques, d’un point de vue du ciblage, de la promotion de la réglementation, de la fiscalité, de l’emploi et de la formation.
M. El Mansouri a indiqué que l’étude menée par les trois partenaires, se propose de procéder au débat conceptuel distinguant les types d’informalité, les définitions et approches, concepts et notions, autour de ce qui est appelé secteur, économie et emploi informel, et le circonscrire dans le contexte national et actualiser les données sur l’informel notamment, la disposition d’informations stratégiques en vue de renforcer les programmes de sensibilisation et d’accompagnement pour une transition de l’informel vers le formel.
Il s’agit aussi d’analyser la dynamique du secteur de l’informel et d’établir un bilan des politiques, des programmes et des initiatives mis en œuvre en vue de traiter la question de l’informel au Maroc et de mettre l’accent sur le rôle de la question genre dans l’analyse de cette problématique, a-t-il ajouté.
Le Directeur d’Economia, M. Driss Ksikes, a, pour sa part, indiqué que cette rencontre vise à analyser et à comprendre la nature complexe, la diversité et le fonctionnement des activités informelles, indiquant que HEM, l’ONDH et l’UM6P lancent une série de webinaires sur cette thématique dont, le premier portant sur « Quelles leçons retenir des définitions de l’informel ?».
Le Directeur de recherche et professeur émérite à l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD), Jacques Charmes, a fait remarquer, quant à lui, que l’informel est une réalité difficile à cerner mais, ne doit pas être confondue avec « la fraude » et « l’illégalité » ou le concept de « l’économie de l’ombre » ou « l’économie souterraine ».
Dans un exposé intitulé « L’économie informelle dans le monde et au Maghreb : Définitions, Sources et Méthodes, Mesures », ce spécialiste a noté que la taille de l’économie informelle reste sous-estimée en raison de la pluriactivité de ses acteurs.
Dans la même lignée, cet expert français a mis l’accent sur les différentes approches adoptées au Maroc, en Algérie et en Tunisie pour mesurer et définir le secteur informel, avant d’établir une nette distinction entre secteur, emploi et économie informels.
Dans ce sens, il a tenu à préciser que l’économie informelle enregistre une tendance baissière au Maroc contrairement, à la Tunisie et à l’Egypte.
De son côté, le Directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS/École des hautes études en sciences sociales-EHESS), Michel Peraldi, a noté que la complexité du secteur de l’informel tient à la mobilité de ses acteurs au niveau des activités et de l’espace.
Dans son exposé sous le thème « Les nouvelles informalités, repenser l’informel au miroir des transformations de l’économie mondialisée », ce spécialiste a fait remarquer un retour du secteur de l’informel au cœur des économies occidentales notamment, dans des secteurs non agricoles importants et développés, tels que le textile et l’hôtellerie, ce qui impose de renouveler la réflexion autour de cette économie.
Dans ce contexte, ce chercheur a soulevé la question de l’implantation des zones franches dans certains Etats, qui posent beaucoup de problèmes relatifs à l’exonération de taxes et impôts et de charges sociales, avant de procéder à l’analyse de la relation entre certains aspects de l’informel et « les économies criminelles et mafieuses » tels que le trafic de drogue.
L’économiste et Professeur à « Montpellier Business School », M. Philippe Adair a, pour sa part, estimé que les politiques de formalisation ne doivent pas avoir uniquement des objectifs fiscalistes, appelant à concilier entre des intérêts contradictoires (ceux de l’Etat et ceux des acteurs du secteur informel) pour pouvoir intégrer cette économie de l’informel.
Dans son intervention intilutée « La formalisation de l’économie informelle en Afrique du Nord : enjeux et résultats », ce chercheur a relevé que l’informel ne doit pas être considéré comme une problématique, surtout que ce secteur contribue à la résorption du chômage en Afrique du Nord et au maintien de la paix sociale.
Auteur: Mohammed KOURSI
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