Marrakech – Les participants à un colloque organisé en marge de la 50è édition du Festival national des Arts populaires (FNAP) ont mis en relief vendredi, à Marrakech, la contribution des chants judéo-marocains aux Arts populaires du Royaume.
Les intervenants dans le cadre de cette rencontre organisée sous le thème « Gestes, textes et musiques afro-marocains : influences et confluences », ont relevé que les musiciens juifs ont contribué au développement d’anciennes traditions musicales andalouses, comme en témoigne les ensembles musicaux mixtes qui se produisaient ensemble au Maroc traduisant la parfaite dynamique des influences et confluences entre les artistes arabo-amazighs marocains et les artistes judéo-marocains.
Pour l’universitaire Zineb Jaanine, la mémoire des Marocains est marquée par la présence juive et son apport dans le domaine musical en particulier, artistique et culturel en général.
Les artistes juifs ont magnifié le patrimoine judéo-marocain, notamment des artistes tels que Sami Al Maghribi, Haim Boutboul, Raymond Al Bidaouia et Zahra Al Fassia, a-t-elle estimé, mettant en exergue la présence des chants juifs dans la scène musicale marocaine à travers des chansons judéo-marocaines qui sont reprises et chantonnées par tous les Marocains.
Le représentant du ministère de la Culture, Azzeddine Kara, a souligné pour sa part, que les Arts populaires marocains ont été influencés tout au long de l’histoire, par les chants et musiques africains.
Cette influence se manifeste dans tous les aspects culturels marocains : traditions vestimentaires, expressions corporelles, musique, danse et chansons entre autres, a-t-il insisté.
M.Kara a par ailleurs, fait savoir que le ministère de la Culture et de la Communication présentera prochainement un dossier à l’UNESCO en vue d’inscrire le FNAP, patrimoine immatériel universel de l’humanité.
Pour la poétesse, traductrice et spécialiste du soufisme, Touria Ikbal, les recherches scientifiques ont longtemps omis d’aborder une entité importante dans ce domaine à savoir la dimension métaphysique des arts populaires.
Dans un exposé sous le thème « arts traditionnels et spiritualité », l’intervenante a expliqué que la dimension spirituelle n’est pas contradictoire avec d’autres dimensions de l’art, de la culture au contraire elles se complètent au point de fusionner. Les arts populaires (chants, danses, musique) sont producteurs de sens et sont porteurs de symboles que les chercheurs sont appelés à révéler et à analyser.
Le Pr. Malika El Ouali a pour sa part, relevé que la plupart des études se sont intéressées au « soufisme des hommes » omettant d’étudier le soufisme au regard des femmes, notant dans ce contexte que la « hadra féminine » par exemple, est une des manifestations du soufisme.
Pr. El Ouali, qui s’est basée sur un travail de terrain et a du assister à des séances de hadra à Marrakech pour comprendre ce phénomène, a souligné que la culture populaire, en tant que composante de l’identité nationale, mérite d’être répertoriée et d’être sauvegardée pour les générations futures.
Cette chercheuse s’est attardée sur l’étymologie et l’histoire de la hadra féminine, cet art populaire d’une grande beauté et finesse mais qui reste malheureusement méconnu des chercheurs, tentant d’analyser la relation entre la Hadra et le « jadb », un autre phénomène qui a atteint son apogée à la fin du 19è siècle et le début du 20è siècle.
Le Pr. Mouad Adham a abordé quant à lui, l’oralité de la chanson populaire en partant du cas du chanteur marocain Mohamed Rouicha, notant que peu de recherches et de livres ont été consacrés à ce chanteur populaire charismatique.
Analysant les œuvres artistiques léguées par Mohamed Rouicha, Pr. Adham a expliqué que les principaux thèmes abordés par cet artiste hors pair sont la souffrance, la peine, l’être incompris, la déception dans l’amour, bref des chansons axées sur des personnages qui nous rappellent les limites et l’incapacité de l’homme dans la vie.
Ce colloque a été marqué par une conférence inaugurale donnée par le Pr. Bensalem Himmich, écrivain et ancien ministre de la Culture.
M.Himmich a abordé les différents arts populaires au Maroc, qui ont résisté à l’oubli, dont la halqa, les proverbes, les blagues, les devinettes, le chant, le melhoun, la musique andalouse, « des arts riches et diversifiés, dont la source est le peuple ».
Placé sous le Haut Patronage de SM le Roi Mohammed VI et organisé par l’Association le Grand Atlas en partenariat avec le ministère de la Culture et de la Communication et les conseils élus et la Wilaya de la région de Marrakech-Safi, le FNAP, qui se tient du 2 au 6 juillet courant, est non seulement la manifestation culturelle la plus importante dans l’histoire du Maroc contemporain mais aussi déclarée par l’UNESCO comme chef d’œuvre du Patrimoine culturel immatériel de l’Humanité (depuis le 04 juillet 2005).
Le programme de cette édition, organisée sous le signe « Richesse et diversité du patrimoine culturel national », prévoit une série de spectacles folkloriques, célébrant la magnificence, la richesse et la diversité du patrimoine culturel immatériel marocain.
Selon les organisateurs, la 50è édition du FNAP sera une édition exceptionnelle dans la mesure où elle accueille plus de 700 artistes issus des différentes régions du Maroc en plus de troupes venues de l’Ukraine, l’Algérie, le Sénégal et la Chine, qui viendront présenter la culture et le folklore de leurs pays.
Auteur: Meriem IGASS
Cliquez ici pour lire l’article depuis sa source.