Le Chef de l’Etat, Abdelkader Bensalah, a procédé, le 9 avril dernier, à la signature du décret présidentiel portant convocation du corps électoral à l’élection présidentielle, fixée au jeudi 4 juillet 2019. Et à deux mois de ce rendez-vous électoral, la scène politique semble animée par un débat plus que contradictoire, entre les partisans de la solution politique, donc du report du scrutin, et ceux qui préfèrent adopter la solution constitutionnelle pour aller vers les élections dans les délais impartis par la loi.
Plusieurs observateurs s’accordent à dire qu’à l’issue de la conférence nationale initiée la semaine dernière par le Chef de l’Etat par intérim, les participants ont été quasi unanimes quant à l’éventuel report des élections présidentielles.
Il faut rappeler que l’objectif de l’organisation de cette rencontre était de débattre des mécanismes à mettre en place en vue de préparer et d’organiser le scrutin du 4 juillet à travers l’installation d’une instance nationale indépendante chargée de la préparation de l’élection. Les avis des responsables de partis politiques, des représentants de la société civile, des personnalités nationales, des juristes, présents aux travaux de cette rencontre semblent partagés sur les conditions de l’organisation des prochaines présidentielles. L’importance de réfléchir à «une plateforme consensuelle» devant permettre de jeter les premiers jalons de la nouvelle République algérienne telle que revendiquée par le mouvement populaire né le 22 février dernier, a été l’un des points sur lesquels se sont entendus les participants à cette conférence. Mais la classe politique semble débordée par l’ampleur du mouvement populaire, qui revendique depuis déjà dix semaines «un changement radical» du système. D’un côté, les partisans du maintien des élections dans la date fixée, avancent l’argument selon lequel, le report des élections équivaut inéluctablement à aller vers une période de «transition», puisque le mandat du Chef d’Etat par intérim ne pourrait dépasser les 90 jours et que la Constitution ne prévoit aucunement ce cas de figure.
La fin de la période de transition s’achève le 9 juillet prochain, soit cinq jours après les élections présidentielles, et donc, «le risque du vide conduira certainement à privilégier une solution politique au détriment de la solution constitutionnelle.
Multiplication des initiatives : que faire ?
Toutefois, parmi les nouveaux facteurs qui viennent «compliquer» la donne est l’annonce faite par le club des magistrats, une instance non agréée, «de rejeter et refuser d’encadrer les prochaines élections», de par le fait qu’elles soient rejetées par le peuple, selon leur communiqué.
Face à cette «impasse» due à «la confusion» de la classe politique et son «impuissance» à réfléchir à une solution de la crise que vit le pays depuis l’avènement du mouvement populaire et l’accélération des événements qui s’en est suivie, le collectif de la société civile algérienne pour une transition démocratique et pacifique, qui comprend une trentaine d’associations, a décidé d’organiser prochainement «une conférence nationale ouverte».
Pour les initiateurs de ce mouvement regroupant pas moins de 28 associations et syndicats autonomes, la sortie du cadre de la Constitution s’impose naturellement pour aller à la rencontre des nouveaux acteurs de la scène publique algérienne depuis la libération des initiatives populaires le 22 février.
Veiller à la transparence des élections
Dimanche dernier, le ministère de l’Intérieur a indiqué, dans un communiqué, que ses services «ont veillé à l’accompagnement des préparatifs relatifs à l’opération électorale prochaine, et ce, à partir de la publication du décret présidentiel 19-126 portant convocation du corps électoral pour l’élection du président de la République le 4 Juillet 2019» en donnant des détails relatifs à l’opération de la révision des listes électorales qui s’est achevée le 23 avril dernier. Les services du ministère de l’Intérieur font état de 45 intentions de candidature. Pour les observateurs, les fondements de l’Etat démocratique doivent être préservés et renforcés. Ainsi pour Lies Boukrâa, directeur de l’institut national des études stratégiques globales (INESG), l’instauration d’une instance indépendante chargée de la surveillance des élections serait un signe positif de la part des pouvoirs publics «pour assurer la transparence, et veiller à ce que l’administration reste neutre». Mme Nadia Kirat, chercheure au sein du même institut plaide pour sa part pour l’accompagnement du processus électoral à travers «des mécanismes de garantie» devant assurer l’organisation transparente des prochaines élections ainsi que «l’encadrement du mouvement populaire».
Il est à noter le Chef de l’Etat, Abdelkader Bensalah, s’était engagé à mettre en place en concertation avec la classe politique et civile citoyenne «une institution nationale collégiale, souveraine dans ses décisions, à laquelle sera dévolue la mission de réunir les conditions nécessaires de préparation et d’organisation d’élections nationales honnêtes et transparente».
Tahar Kaidi
Auteur: elmoudjahid
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