Le patron de Cevital, Issad Rebrab, a été le premier homme d’affaires à être arrêté dans le sillage du lancement d’une supposée opération «mains propres». L’information relative à l’arrestation d’Issad Rebrab s’est répandue comme une traînée de poudre chez l’ensemble des Algériens et a provoqué moult réactions.
Si les figures politiques et du mouvement associatif ne remettent pas en cause le fait que le patron de Cevital soit un justiciable comme un autre, le timing et le mode opératoire de cette affaire ont poussé plus d’un à se poser des questions sur les objectifs et visées de son arrestation.
D’autant plus que Rebrab, qui, pour rappel, ne figurait pas dans la liste des hommes d’affaires frappés d’ISTN, était, ces dernières années, parmi les pourfendeurs du régime Bouteflika. Ce même régime que la population conteste énergiquement depuis le 22 février dernier.
Certains politologues et universitaires y ont vu une volonté de diviser le mouvement populaire. «Après avoir échoué à diviser le peuple sur la base des différences idéologique et identitaire, il tente de le faire en s’en prenant à des personnalités sur lesquelles les avis des Algériens divergent. Il faut faire attention. Le peuple restera uni.
Il mettra en échec toutes les manœuvres du régime pour le diviser», a déclaré, à ce propos, l’universitaire Rabah Lounici. De son côté, le docteur en sciences politiques et spécialiste du Maghreb, Naoufel Brahimi El Mili, estime que «l’arrestation de Rebrab se lit dans la désignation de la main de l’étranger», avant d’ajouter que «les arrestations ne doivent pas faire oublier l’absence d’une solution politique acceptable».
Pour la députée du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), Fetta Seddat, il s’agirait d’une «diversion machiavélique».
Elle pense qu’il faut rester «vigilants et mobilisés pour contrer cette autre provocation de la secte». Saïd Salhi, vice-président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme (LADDH), estime, pour sa part, que «les poursuites sélectives sont une diversion pour diviser, ou à défaut dévier la révolution de sa trajectoire pacifique et résolue pour le changement».
Certains autres acteurs y voient même une provocation en direction de la Kabylie. C’est ainsi que Mourad Bouzidi, porte-parole de la Coordination nationale des comités de soutien aux travailleurs de Cevital, a tenu à relever qu’«il y a une synchronisation d’un certain nombre d’événements», à savoir «la désignation du wali de Tizi Ouzou, qui était wali à Ghardaïa durant les douloureux événements de Ghardaïa, la désignation du président du Conseil constitutionnel qui, à l’époque des événements de 1981, était à l’origine du jugement des militants amazighs, les attaques contre des leaders de l’opposition et les celles contre le drapeau amazigh».
Provocation, diversion ou tentative de division, l’arrestation d’Issad Rebrab a poussé beaucoup de monde à se poser ces questions. Et c’est le fait que cette personnalité puisse créer des clivages, vu qu’il est un patron (certains partis et personnalités de gauche ne vont pas tous le défendre logiquement), proche du courant moderniste (islamistes et autres conservateurs le voient d’un mauvais œil), qui dispose d’investissements en France par exemple (certains milieux tenteront toujours de le présenter comme étant un proche de la France), qui fait que son arrestation en ce moment précis, bien avant les hommes d’affaires faisant partie de la «bande», est sujette à polémique.
D’où les appels des uns et des autres à la vigilance et au maintien de l’aspect pacifique des manifestations, qui se sont multipliés depuis l’annonce de l’arrestation de l’homme d’affaires.
Avant le 9e vendredi de protestation, une campagne avait été menée sur les réseaux sociaux pour provoquer une fracture au sein des manifestants au sujet du drapeau amazigh. Mais cela s’est avéré sans résultat.
Jusque-là, les manifestants ont pu déjouer toutes ces tentatives de division. L’opposition œuvre pour que ce soit aussi le cas vendredi prochain.
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Auteur: Hicham Chouadria
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