C’est l’une des crises les plus graves au sein du PJD. Les problèmes latents depuis quelques années se sont transformés en véritables clivages au sein de cette formation. Les divergences se sont creusées notamment depuis le rétablissement des liens avec Israël.
Au point que certains observateurs estiment que le parti est menacé d’implosion. Dans ce contexte, Saâdeddine El Othmani, fragilisé par les attaques de l’opposition, mais également critiqué en interne, a tenté de sauver les meubles.
Intervenant lors de la session ordinaire du Conseil national du PJD, tenu le week-end dernier, il a essayé de calmer les membres de sa formation et de mobiliser les troupes. D’autant que seulement quelques mois nous séparent des prochaines élections.
Lors de la présentation du rapport politique, El Othmani a mis l’accent sur «le contexte particulier de cette session ordinaire du Conseil national». Celle-ci se tient «lors de la dernière année du mandat gouvernemental». Au moment où nous mettions sous presse, les travaux du Conseil national se poursuivaient encore.
■ Enjeux stratégiques
Au-delà des dernières évolutions ayant suscité une levée de boucliers face à El Othmani, la crise interne du PJD date de quelques années. Les clivages se sont cristallisés notamment après la tentative d’accorder un 3e mandat à la tête du parti à Abdelilah Benkirane, puis l’échec de ce dernier à former un gouvernement et son remplacement par Saâdeddine El Othmani. Aujourd’hui, celui-ci a expliqué les enjeux du «choix de la participation». Diriger le gouvernement offre une série d’opportunités de réforme, mais pose également des contraintes et des défis à relever, a-t-il noté. «Nous sommes conscients de cette situation, dont l’une des manifestations est liée aux réactions suite à l’annonce des Etats-Unis de son soutien à la marocanité du Sahara et à la relance des liens avec Israël». Il s’agit du dossier qui suscite le plus de tensions au sein du PJD. Face aux membres du Conseil national, El Othmani a été on ne peut plus clair: «nous ne pouvons pas nous positionner en contradiction avec les choix du Roi, en tant que chef de l’Etat, doté constitutionnellement des pouvoirs de gestion de la politique étrangère». Il n’a pas hésité à tacler les partis de l’opposition, avançant que «certains espéraient que nous nous mettions dans cette situation». Pour lui, les adversaires de son parti ont également «misé sur le creusement des divergences internes, au point de mener à une implosion du PJD». Face aux critiques des membres du Conseil national, El Othmani a insisté sur «les enjeux stratégiques du parti». Il s’agit notamment de «la cohérence avec les choix stratégiques de l’Etat, avec le Roi et les constantes du pays». Idem pour «la participation aux réformes politiques et sociales, au sein du gouvernement, prenant en compte les difficultés liées au contexte politique complexe». Ainsi que «l’enjeu de la préservation de l’union organisationnelle du parti».
■ Divergences internes
La présence de Saâdeddine El Othmani à la signature de l’accord tripartite entre le Maroc, les Etats-Unis et Israël a créé une onde de choc au sein du PJD. Une situation qui s’est traduite par un renforcement des divergences internes, au point de pousser certains de ses cadres à jeter l’éponge et quitter cette formation. Le patron du PJD a tenté de minimiser l’impact de ces départs. Il a estimé que les problèmes internes sont «surdimensionnés» par les adversaires de son parti, qui «n’hésitent pas à diffuser des mensonges concernant la situation interne, qualifiant les divergences de divisions et amplifiant les cas de démissions, qui restent très limitées». Face aux membres du Conseil national, El Othmani a été interpellé sur une «question existentielle pour une grande partie des militants»: Le PJD a-t-il trahi ses principes politiques et doctrinaux? Son SG a tenté de se justifier en invoquant «son rôle à la tête du gouvernement en matière de soutien des efforts menés par le Roi pour la consécration de la marocanité du Sahara, qui constitue l’un des choix stratégiques du parti, en conformité avec son programme général». En face, «la position vis-à-vis de la question palestinienne n’a pas changé non plus», a-t-il souligné. Au moment où certains Pjdistes se mobilisent pour le remplacement d’El Othmani à la tête de cette formation, celui-ci a estimé que le contexte actuel suppose d’éviter la logique de défaitisme ou de victimisation. Or, pour plusieurs membres du PJD, «les contradictions entre l’idéologie du parti et ses nouvelles positions nécessitent une réponse politique claire». Si certains d’entre eux veulent aller vers la confrontation en appelant à la tenue d’un Congrès extraordinaire, d’autres plaident plutôt pour la nécessité d’aboutir à une position unifiée via les institutions du parti.
■ Congrès extraordinaire
Depuis l’éclatement de la crise actuelle du PJD, suite à la reprise des relations avec Israël, certains membres de cette formation ont proposé de «prendre une distance vis-à-vis du gouvernement, et accorder la gestion du parti à l’adjoint du secrétaire général. Cela devra s’accompagner de la tenue d’un Congrès en vue du changement du secrétaire général, qui ne soit pas impliqué dans la gestion gouvernementale». Mais pour une grande partie des membres du PJD, cela risque d’affaiblir cette formation en perspective des prochaines élections. Au moment où nous mettions sous presse, les membres du Conseil national poursuivaient les discussions. L’un des points à l’ordre du jour: la possibilité de tenir un Congrès extraordinaire pour le choix d’un nouveau SG. C’est l’une des revendications portées par les jeunes du parti, qui ont lancé depuis quelques mois «l’Initiative critique et évaluation». Ceux-ci ont mis en garde contre «le creusement du gap entre les militants du parti et sa direction». Face à l’enthousiasme des jeunes, les apparatchiks du parti minimisent la possibilité de tenue d’un Congrès extraordinaire pour différentes raisons. D’abord, l’organisation de cette échéance «exige la mise en place d’une offre politique alternative, actuellement inexistante, mis à part quelques appels au départ d’El Othmani de la tête du parti», selon certains dirigeants du PJD. Parallèlement, le chef du gouvernement dispose encore du soutien de membres influents au sein de cette formation, pouvant compter sur l’appui du Conseil national. C’est le cas notamment de Mostafa Ramid, le 2e homme fort du parti, qui a appuyé les choix du chef du gouvernement. De son côté, Abdelilah Benkirane garde également une grande influence au sein du PJD, en dépit de son retrait depuis son départ du gouvernement. C’est lui qui a pu calmer les ardeurs des militants du PJD qui avait appelé à la tenue d’une session extraordinaire du Conseil national, quelques jours seulement après la signature de l’accord tripartite avec les Etats-Unis et Israël. Son intervention en vue du report de cette session, pour éviter une confrontation interne dans une ambiance électrique, a favorisé un retour au calme. Benkirane serait également contre la tenue d’un Congrès extraordinaire pour le remplacement d’El Othmani, estimant que «ce n’est pas le bon moment». La difficulté de la tenue de cette échéance est également liée à des considérations logistiques. Cela concerne particulièrement l’impossibilité d’organiser un rassemblement de 3.000 congressistes dans un contexte marqué par la pandémie de la Covid-19. Le choix de l’organiser par visioconférence, comme cela a été le cas pour cette session du Conseil national, est également techniquement difficile.
Elections: Seul contre tous
A quelques mois des prochaines élections, Sâadeddine El Othmani a mis l’accent sur «la nécessité d’assurer un climat propice au rétablissement de la confiance des électeurs». Le chef du gouvernement n’a pas hésité à s’attaquer aux autres partis, pointant le «lancement de ballons d’essais, qui laissent planer des menaces sur les choix démocratiques du pays». Il a cité notamment «les appels à la formation d’un gouvernement d’union nationale, ou d’un gouvernement de technocrates, ou même au report des élections». A l’instar des scrutins précédents, le patron du PJD a eu recours à la stratégie de victimisation, avançant que son parti «fait l’objet d’attaques politiques, ciblant ses dirigeants et ses élus au niveau local». Au niveau de la préparation des lois électorales, le PJD semble seul contre tous. Son SG pointe «des appels à renoncer à une série d’acquis au niveau des lois électorales». Pour lui, «le système de scrutin par liste doit être renforcé et non pas limité, comme cela est revendiqué par certains partis». Idem pour le coefficient électoral. «Son calcul sur la base du nombre des inscrits est anticonstitutionnel et en contradiction avec la logique électorale», a-t-il affirmé. Il a également insisté sur le refus de son parti de la suppression du seuil électoral. Depuis quelques semaines, différents partis ont critiqué la suspension des consultations autour des lois devant régir les prochains scrutins. Les questions du coefficient et du seuil sont les principaux points de discorde.
M.A.M.
Auteur: hlafriqi
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