Marrakech – Les participants à la 2ème session plénière de la 8ème Conférence internationale annuelle « Atlantic Dialogues », organisée à l’initiative du Policy Center for the New South (PCNS), ont livré, jeudi à Marrakech, leurs regards croisés sur les enjeux et perspectives de la question épineuse de l’éducation qui a servi de fil conducteur pour leurs débats.
En effet, l’éducation, qui représente un droit humain, peut être un puissant moteur de développement et l’un des instruments les plus efficaces pour la réduction de la pauvreté, l’amélioration de la santé et la promotion de l’égalité des sexes.
Cependant, selon les organisateurs, l’éducation dans la région de l’Atlantique Sud ne répond toujours pas aux attentes de ses populations, même si les pays ont fait des progrès notables en matière de scolarisation des enfants, mais l’apprentissage n’a pas souvent atteint les résultats escomptés, d’où l’impératif que les politiques en matière d’éducation se focalisent davantage sur la promotion de l’apprentissage que sur l’augmentation du nombre d’établissements scolaires et des enfants scolarisés.
S’exprimant à cette occasion, Mme Najat Vallaud-Belkacem, ancienne ministre française de l’Education, a souligné que « l’un des enjeux les plus importants en France porte sur les inégalités », ajoutant que « l’origine, les conditions de naissance et la catégorie sociale des parents pèsent sur la réussite scolaire des enfants ».
« La mixité sociale est importante pour encourager l’ambition et élever l’estime personnelle », a-t-elle insisté, notant que « Notre société a pour vocation d’aider tout le monde et de promouvoir la mobilité sociale ».
De son côté, l’ancienne ministre de l’Education et personnalité de premier plan au Nigeria, Mme Obiageli Ezekwesili, a livré un témoignage édifiant sur son expérience en déclarant que « la gouvernance est devenue un obstacle pour résoudre les problèmes ».
« Nous traitons les symptômes au lieu d’être audacieux. Lorsque j’ai réalisé que 6 millions d’enfants étaient déscolarisés au Nigeria en arrivant au gouvernement, j’ai été choquée par le niveau de gravité de ce défi », a-t-elle rappelé.
Pour Mme Ezekwesili, « le capital humain et l’éducation sont le nouveau pétrole d’un pays » comme le Nigeria.
Lui emboîtant le pas, Gregory Nguyen Tien Hung (Vietnam), ancien ministre du Développement économique et de la planification, a esquissé quelques solutions.
« D’abord, il faut établir un département d’éducation technique dans les ministères pour monitorer les progrès faits, non pas en termes d’alphabétisation, mais sur le nombre de travailleurs compétents dans chaque manufacture tournée vers l’exportation », a-t-il dit.
« Ensuite, il faut mettre en place un Office de développement économique assez puissant pour promouvoir le changement technologique », a-t-il enchaîné.
Enfin, a-t-il conclu, il est nécessaire d’ »établir un curriculum technique dans l’éducation secondaire et supérieure, avec deux ans à l’école et deux ans en entreprise par exemple ».
De son côté, Didier Acouetey, fondateur et président du cabinet conseil en recrutement AfricSearch, a indiqué que l’agriculture en Afrique représente 15% à 25% des PIB et 70% de l’emploi, mais seulement 2% des étudiants.
Il a fait remarquer qu’une déperdition de 70% des élèves entre les cycles primaire et secondaire s’avère « dramatique » pour le Continent, où seulement 9% des élèves suivent un cycle d’éducation supérieure.
« Ces jeunes africains sont éduqués, mais au chômage, car leurs diplômes ne correspondent pas aux demandes du marché du travail. C’est ridicule! Que fait-on des 70% d’élèves laissés en chemin ? », a-t-il martelé.
Selon M. Acouetey, « il faut penser autrement et apporter les compétences là où les travailleurs se trouvent, c’est-à-dire dans la rue et le secteur informel », affirmant que « ces actifs sont intelligents, ils apprennent vite et peuvent s’adapter ».
Placée sous le Haut Patronage de SM le Roi Mohammed VI, la 8ème Conférence « Atlantic Dialogues » est rehaussée par la participation de près de 500 participants issus de 66 nationalités.
La thématique retenue, cette année, pour cette Rencontre d’envergure prolonge et complète celle de 2018 consacrée aux « Dynamiques atlantiques : surmonter les points de rupture », un choix dicté par les multiples défis qui interpellent les pays du Sud face à la persistance des conflits et des menaces terroristes, aux faibles taux de croissance non générateurs d’emplois pour les jeunes, à l’urbanisation accélérée et à la dégradation irréversible et à vue d’œil de leur environnement naturel.
Lancé en 2014 à Rabat avec 39 chercheurs associés du Sud comme du Nord, le Policy Center for the New South est un think tank qui offre une perspective du Sud sur les enjeux des pays en développement.
Il vise à faciliter les décisions stratégiques relevant de ses quatre principaux programmes : agriculture, environnement et sécurité alimentaire; économie et développement social; matières premières et finance; géopolitique et relations internationales.
Auteur: Meriem IGASS
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