Serait-ce du au Hirak qui, avec son mode «Silmiya», a apporté une touche inédite en ce qu’il s’agit, notamment, de manifester pour réclamer des droits certes, mais désormais -en tout cas depuis plus d’un an- de façon plutôt pacifique ? Ne serait-ce qu’entre citoyens, on a pu noter que l’agressivité qui, jusque-là, a caractérisé le comportement de certains d’entre eux -tout particulièrement ceux appartenant à la tranche juvénile de la population- eh bien cette agressivité-là semble s’être paradoxalement atténuée, pour ne pas dire carrément estompée. Et là, il y a des indices qui ne trompent pas. Dans les marches populaires par exemple, où l’on retrouve toutes les tranches d’âges, les catégories socioprofessionnelles ainsi que les partenaires des deux sexes réunis.
Premier indice palpable, la forte présence féminine au sein de ce mouvement de contestation. Une présence qui, incidence oblige, l’a humanisé en quelque sorte. On a ainsi pu noter que dès le 22 février 2019, correspondant au premier vendredi de Hirak, les femmes étaient déjà aux premiers rangs des manifestants. Elles étaient là, avaient fière allure et, tenez-vous bien, n’ont pas attendu qu’on les invite à venir manifester…Eh oui, il faut bien admettre qu’avec ou sans voile, elles ne se sont jamais privé -et ce, jusqu’au 55e vendredi, précisément celui du 06 mars dernier- de donner le «La» des slogans à scander.
C’est, pour tout dire, à se demander si le regard masculin sur les femmes n’a pas… tout au moins évolué
Et pas seulement…Devenues incontournables, nos moitiés féminines se sont naturellement intégrées en tant qu’égales de leurs autres moitiés masculines. Le «miracle», s’il faut qualifier ainsi la réaction globale des marcheurs hommes, c’est que pas grand monde, parmi la gent masculine, n’y a trouvé à redire. Bien au contraire, celles qui ont marché aux cotés des hommes semblaient être plutôt les bienvenues.
Ce qu’il y a de particulier à retenir dans un tel contexte, c’est cette forme de respect qui s’est pratiquement instaurée dans la relation avec l’élément féminin : fini donc le regard méprisant affiché jusque-là à l’endroit de la gent féminine par bon nombre de jeunes, hittistes ou non ? On pourrait l’espérer dans la mesure où, nonobstant le milieu estudiantin où, depuis belle lurette, la relation entre les deux sexes ne semble souffrir d’aucune discrimination, on a pu observer que bon nombre des femmes évoluent le plus normalement du monde, dans la rue notamment, sans pour autant être importunées ni agressées. Ici, il faut, bien sûr, relativiser car les agressions ne son pas spécialement ciblées. Elles peuvent concerner tout aussi bien les hommes que les femmes.
C’est, pour tout dire, à se demander si le regard masculin sur les femmes n’a pas -à défaut d’avoir sensiblement changé- tout au moins évolué ; et, faut-il le souligner, dans le bons sens. D’une façon ou d’une autre, les jours à venir nous diront si, à l’aune du Hirak, la société algérienne est en train d’évoluer sensiblement, au point qu’on puisse à présent parler de grande mue. Quoiqu’il en soit on peut, en attendant, d’ores et déjà affirmer qu’il y a de sérieux frémissements en ce sens.
Kamel Bouslama
Auteur: elmoudjahid
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