«La nouvelle Constitution,  qui est actuellement en phase d’élaboration, doit consacrer l’égalité des Algériens et des Algériennes dans les faits, et elle doit poser les principes d’une parité devant le droit dans le travail, en politique et en économie. J’interpelle aujourd’hui les décideurs à se prononcer de manière très claire sur la véritable place de la femme dans la société», a indiqué, hier, la militante pour les droits humains,  Mme Nadia Aït Zaï, responsable du Centre d’information  et de documentation sur les droits de l’enfant et de la femme.

Invité du Forum d’El Moudjahid, à l’occasion de la Journée de la femme, pour évaluer les acquis en termes de droits juridiques, sociaux et économiques, elle relève que cette célébration «est une occasion qui nous permet de revenir sur la situation de la femme et de voir de près ce qu’il y a lieu d’améliorer, ce qui manque toujours par rapport aux attentes et aux acquis qu’il faut préserver absolument dans tous les secteurs».
Pour elle, dans le discours politique actuel il n’y a aucun programme, aucune perspective, aucune vision qui définit la véritable place de la femme dans la société. «Toutes les Constitutions depuis 1962 ont inscrit l’égalité, en droit et devant la loi, des femmes et des hommes dans l’espace public, et c’est là un acquis considérable», estime la présidente du CIDEF. Elle regrette, toutefois, qu’une négation de cette égalité et une discrimination» criante se retrouvent dans le Code de la famille qui doit «être revu et revisité comme l’a été, à juste titre, le Code pénal qui a criminalisé toutes les violences faites aux femmes».
L’avocate considère que «le Code de la famille, à l’état actuel des choses, est une source de violence à l’égard des femmes. Ce code reflète une mentalité rétrograde qui va à l’encontre même de la religion et de la Constitution, qui garantit l’égalité des droits sans distinction aucune». «Il faut reconnaître aussi, soutient-elle, que l’amendement du Code de la famille a réglé certains cas de dépassements douloureux envers la femme, mais pas tous les problèmes qu’elle vit quotidiennement. Il est impossible de régler d’autres problèmes, à commencer par la garde d’enfants, le logement, en plus de la loi qui consacre la répudiation de la femme sans raison valable et sans le droit de se protéger dans un cadre juridique et légal», estime l’invitée du forum. Elle considère que ce code «renferme des inégalités empêchant ainsi les Algériennes d’être des citoyennes à part entière».

Atteindre 50% de participation dans les instances de décision

Consciente de la nécessité de bousculer les choses, l’avocate invite les rédacteurs de la prochaine Constitution «à revenir sur la notion même d’égalité devant le droit et en droit, à définir l’égalité de traitement, qui n’est pas exercée actuellement, et à introduire de manière plus explicite l’exercice des droits civils pour pouvoir traquer et éliminer ces inégalités qui existent encore», souligne Me Aït Zaï.
«Nous n’allons pas vite. Malgré les avancées enregistrées, depuis 2005, sur le plan politique, avec la loi sur la représentativité des femmes, la révision du Code de la famille et la loi modifiant le Code pénal, il y a un goût d’inachevé dans toutes ces réformes louables», relève-t-elle. L’invité d’El Moudjahid indique, dans cet ordre d’idées, que «la non-application de toutes ces lois et l’existence d’obstacles, de tiraillements et de reculs parfois sont des obstacles. Ils peuvent être trouvés aussi dans la société elle-même, traversée par un retour au conservatisme. Ils peuvent être trouvés aussi chez les femmes elles-mêmes qui, loin de se conformer à leurs aspirations, préfèrent le statu quo. Il faut un grand travail de sensibilisation et de communication pour changer les mentalités et les comportements», note-t-elle.
«Aujourd’hui, on ne doit plus se contenter de dire que la femme est l’égale de l’homme ou de scander que la parité est consacrée dans les lois. Aujourd’hui, il faut que la volonté politique s’exprime à travers des actes concrets et consacre des lois qui particularisent des situations, car il y a des moments où il faut particulariser cette égalité», plaide Me Aït Zaï.
Elle propose, dans ce sens, la mise en place d’un ministère «dédié exclusivement à la femme et à la famille, qui doit accompagner les institutions pour suivre et appliquer ce qui a été décidé dans les lois, à réguler les rapports égalitaires et avoir le courage de changer le concept virtuel de la parité en le construisant avec des mesures temporaires que ce ministère doit prendre».
A la question de savoir si le quota des 30% octroyés aux femmes dans les assemblées élues (APN, APW, APC) répond aux attentes de la femme, la militante des droits de l’Homme répond que «ce quota est le résultat du combat du mouvement associatif féminin qui a défendu le droit de la femme». «C’est une reconnaissance qui a été accordée grâce à la volonté politique des autorités du pays. C’était une étape qui permettait d’avancer vers l’égalité et la parité des droits. Les 30%, c’est un minimum garanti pour le droit de la citoyenneté», dit-elle. «C’est un acquis temporaire, mais pourquoi ne pas arriver à un quota de 50% ? Pourquoi ne pas assumer les mêmes postes de décision qu’occupent les hommes ?», dira-t-elle.
«L’État est-il à la hauteur de vos attentes ?», Me Aït Zaï pense que oui. «Notre rôle, en tant que société civile, soutient-elle, est d’interpeller les pouvoirs publics sur ce qui ne va pas ou qui reste à faire, en construisant des plaidoyers qui les amènent à toucher du doigt les inégalités et à y apporter les réponses légales et réglementaires». «Nous espérons une bienveillance dans l’écoute», conclut l’avocate.
 Farida Larbi

Auteur: elmoudjahid
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