«Tu crois qu’il va accepter, signer, et ne va pas nous faire courir et tout faire capoter ?» Nehla n’arrête pas de ressasser ces phrases depuis que sa maman lui a promis un voyage si ses notes du deuxième trimestre sont satisfaisantes.  Elle y travaille comme une forcenée et compte bien le décrocher. Mais le hic c’est qu’elle est tributaire du bon vouloir de papa. Ce dernier, divorcé d’avec sa maman, a encore les pleins pouvoirs sur sa fille, bien que sa mère ait légalement la garde. Elle a besoin du sésame qui lui  ouvrira les portes et c’est lui et lui seul qui doit le lui donner. Papa a quitté sa famille alors que Nehla n’avait tout juste que trois ans. Elle en a 13 aujourd’hui. Depuis qu’il a mis les voiles, il ne voit sa fille que très rarement. Il a une nouvelle vie, un autre foyer et la page fut tournée. Le téléphone demeure l’unique lien   avec sa fille. Quand elle a pris son mobile pour lui annoncer la bonne nouvelle, elle tremblait comme une feuille.
– Papa, on peut se voir, j’ai besoin de te parler de quelque chose de très important ?
– Désolé, je suis occupé toute la semaine. Mais tu peux me le dire au téléphone.
Nehla balbutie puis prend son courage à deux mains et lâche :
– Maman m’a promis que l’on fera un voyage pendant les vacances de printemps et a besoin de ton autorisation pour que je puisse quitter le territoire national. Je suis sûre que cela te fera plaisir. Tu te rends compte papa, c’est la première fois que je voyage à l’extérieur de l’Algérie. J’y pense tous les jours.
– Ta mère a décidé seule sans m’en avertir. Donc tout est préparé, organisé sans que je sois informé. Il ne manque  que ma signature. Et bien, je ne suis pas disponible. Vous attendrez. Furieux, il raccroche.
Nehla, en larmes, court vers sa maman :
– Il ne veut pas, ce n’est pas juste. Tout ça à cause de lois tordues. Il est  absent,  je ne le vois presque jamais, c’est avec toi que je vis depuis toute petite, et nous dépendons encore de lui.
– Ne t’inquiète pas ma chérie, il finira par nous la donner sa signature, il veut nous faire courir, pour nous embêter et  nous prouver, avec la bénédiction de la justice, qu’il a toujours les pleins pouvoirs sur nous, même s’il ne vit plus avec nous. On devra le subir jusqu’à ta majorité. Même si  la loi, sur papier, a évolué,  en pratique, il y a encore des demeurés qui s’entêtent à vouloir asseoir leur dominance.  Nous ne sommes pas sortis de l’auberge ! Le mâle dominant a encore de  beaux jours devant lui.

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