Qu’elles émanent du Haut-Commissariat au Plan ou de la Banque mondiale, les prévisions de croissance ont en commun le facteur incertitude. Pour les deux organismes, l’économie devrait reprendre progressivement dans une conjoncture délicate entourée d’incertitudes liées à la pandémie.

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Le HCP prévoit ainsi une croissance de 4,6% cette année contre 4% pour la Banque mondiale. Les deux s’accordent sur la forte récession que l’économie a enregistré l’année dernière même si là aussi les prévisions diffèrent de quelques points de pourcentages: une contraction de 7% du PIB en 2020 pour le HCP contre 6,3% pour la Banque mondiale dont les équipes sur place ont organisé un webinaire jeudi 14 janvier sur la situation économique au Maroc.

Cette pandémie a interrompu plus de deux décennies de progrès socio-économique soutenu au Maroc. Le challenge de l’après-crise est de relancer voire accroître la croissance pour créer suffisamment d’emplois, baisser l’endettement et aussi améliorer les indicateurs sociaux.

Comme l’explique Javier Diaz Cassou, économiste principal de la Banque Mondiale «le Maroc a subi l’année dernière sa première récession depuis les années 1990 et la contraction économique qui a eu lieu au deuxième trimestre, laquelle a coïncidé avec le confinement, est la plus importante jamais enregistrée». Elle a atteint près de 15% du PIB durant le deuxième trimestre 2020. 

Cette récession est le résultat de plusieurs facteurs: les chocs de l’offre et de la demande, les chocs externes provoqués par la pandémie ainsi que la sécheresse. Ce qui a impacté l’emploi et les revenus des ménages, générant un pic du chômage et une détérioration des indicateurs de pauvreté et de vulnérabilité. Les pertes de postes de travail ont dépassé le demi-million en particulier dans le rural qui a été aussi affecté par la sécheresse.

Aujourd’hui, des signes de reprise sont constatés mais là aussi les experts de la Banque mondiale restent prudents: «les derniers mois ont connu une reprise partielle des indicateurs de mobilité, et certaines exportations ont repris leur expansion pré-pandémique. Cependant, après une première vague relativement modérée, le nombre de contagions a commencé à augmenter à la suite du déconfinement, et le Maroc a maintenant du mal à aplanir la courbe et réduire la pression du Covid-19 sur son système de santé».

Pour autant, il reste mieux placé que d’autres économies émergentes pour résister à la crise. Cela grâce à la crédibilité de son cadre macro-budgétaire et à la confiance dont jouit l’économie du pays. Le plan de relance mis en place est également jugé ambitieux : 11% du PIB sous forme notamment de prêts garantis. Des réformes importantes sont aussi prévues comme c’est le cas pour la protection sociale ou encore la rationalisation du réseau des entreprises publiques.

                                                                     

Baisse des ventes, arrêt d’activité mais moins de licenciements

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L’enquête de la Banque mondiale auprès d’un échantillon de 1.096 entreprises menée une première fois en décembre 2019 et une deuxième fois durant les mois de juillet et août donne des informations intéressantes sur l’impact de la pandémie auprès du secteur privé formel. Ainsi 6,1% ont cessé leurs activités contre 1,58% dans 24 pays où une enquête de suivi a été réalisée. Cependant, seul 0,2% de ces entreprises avaient déposé une demande d’insolvabilité.
Par taille, les petites entreprises (5 à 19 employés) sont les plus impactées: 6,9% d’entre elles ont déclaré avoir fermé. Viennent ensuite les entreprises de taille moyenne (20 à 99 employés), avec 5,6% d’arrêt d’activité.  Les grandes entreprises semblent plutôt mieux armées pour affronter la crise, car seulement 1,3% de celles qui comptent 100 employés ont déclaré avoir stoppé leur activité. Ce sont surtout les entreprises situées dans les régions de Fès-Meknès et Tanger-Tétouan-Al Hoceima qui ont enregistré le plus grand nombre d’arrêts d’activité avec des taux respectifs de 22,82% et 10,33%. L’enquête relève aussi que les entreprises du secteur des services sont plus touchées par les répercussions économiques de la pandémie. Comparativement aux 24 pays où des enquêtes de suivi ont été réalisées par les équipes de la banque mondiale, la baisse des ventes a été plus importante auprès des entreprises marocaines: 86,9% contre une moyenne de 82,2% dans les 24 pays.
L’enquête fournit également des informations sur les stratégies d’adaptation des entreprises marocaines: une utilisation croissante des lignes de soutien du gouvernement, des fonds internes pour faire face aux pénuries de trésorerie et un accroissement de l’activité du commerce en ligne. A cela s’ajoute une réduction du nombre d’heures travaillées avec moins de licenciement. Il faut dire que le code du travail rend les licenciements difficiles. Ce qui de l’avis des experts de la banque mondiale constitue une «bonne chose en cette période de crise». Cela permettra au moins aux entreprises de maintenir les effectifs pour pouvoir faire face à la reprise de l’activité.

                                                                     

Une fenêtrevd’opportunité

Avec toutes les difficultés qu’elle pose, cette crise ouvre une fenêtre d’opportunité pour éliminer les contraintes au développement du secteur privé. Dans le court terme, l’institution internationale recommande l’utilisation de tout espace politique disponible pour injecter des fonds et des capitaux propres dans le secteur privé afin d’éviter que les problèmes de liquidité ne se transforment en une vague d’insolvabilité des entreprises. Sur le long terme, le Maroc pourrait également stimuler la concurrence et instaurer des conditions équitables pour les nouveaux entrants sur les marchés des biens et services, tout en améliorant son capital humain et ses cadres institutionnels. Des politiques industrielles appropriées pourraient aussi contribuer à consolider la position du Maroc en tant que destination nearshoring pour les entreprises multinationales.

Khadija MASMOUDI

Auteur: hlafriqi
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