Le Premier ministre, Noureddine Bedoui, a finalement constitué son gouvernement 20 jours donc après avoir été nommé à ce poste par le chef de l’Etat, Abdelaziz Bouteflika, en remplacement d’Ahmed Ouyahia.
Un changement opéré par réaction à la gronde populaire, mais qui finalement n’a pas eu l’effet escompté, étant rejeté par la majorité. Et ce n’est sûrement pas l’annonce avant-hier du nouveau staff qui allait arranger les choses, puisque des dizaines de jeunes sont sortis dans les rues de la capitale dans la nuit pour dénoncer ce choix.
Dans les faits, sur les 27 ministres, seuls six, en plus des deux postes de Premier ministre (Noureddine Bedoui qui était ministre de l’Intérieur dans le précédent gouvernement) et de vice-ministre de la Défense nationale (Ahmed Gaïd Salah, maintenu à son poste) ont survécu à ce remaniement. Il s’agit de Tayeb Zitouni (ministre des Moudjahidine), Houda Imane Feraoun (Poste et TIC), Ghania Eddalia (Famille et Condition féminine), Saïd Djellab (Commerce), Abdelkader Benmessaoud (Tourisme et Artisanat) et Fatma-Zohra Zerouati (Environnement).
Tous les autres occupent le poste de ministre pour la première fois de leur carrière. Si Bedoui a finalement été maintenu, alors que certains s’attendaient à un changement à ce niveau, vu le temps qu’il a pris pour constituer son gouvernement, son désormais ex-adjoint, Ramtane Lamamra, vice-Premier ministre (un poste inédit en Algérie) et ministre des Affaires étrangères, a tout bonnement été mis à l’écart. Même le poste de vice-Premier ministre a été supprimé. C’est Sabri Boukadoum, jusqu’ici représentant permanent de l’Algérie à l’ONU, qui vient d’être nommé chef de la diplomatie.
La carte Lamamra a-t-elle été grillée trop rapidement ? Certains lui prédisent un rôle qu’il aura à jouer durant la période transitoire, mais au vu des critiques qu’il a essuyées après sa tournée en Europe (Italie, Allemagne et Russie) au lendemain de sa nomination, qui a été perçue comme une velléité d’internationaliser la crise algérienne, il est peu probable que celui-ci puisse s’acquitter d’une quelconque autre tâche durant l’actuelle période.
Pour les nouveaux ministres, Bedoui a puisé dans certains cas du «vivier» interne des départements ministériels. On peut citer, à ce titre, le nouveau ministre de l’Intérieur, Salahedine Dahmoune, qu’il connaît bien, puisqu’il était jusque-là chef de cabinet de ce ministère, ou bien Abdelhakim Belabed, nouveau ministre de l’Education nationale, en remplacement de Nouria Benghebrit, qui était secrétaire général du même département.
Parmi les grands perdants de ces changements, il y a Tayeb Louh, ministre de la Justice depuis septembre 2013. Ces deux dernières années, celui-ci a été maintes fois cité comme étant un probable futur Premier ministre. Finalement, il a été remplacé par le juge Slimane Brahmi, ancien président des cours de Blida et d’Alger. Le ministre des Finances n’est autre que le désormais ex-gouverneur de la Banque d’Algérie, Mohamed Loukal, alors que celui de l’Energie est le patron de Sonelgaz, Mohamed Arkab.
Ces deux derniers remplacent respectivement Abderrahmane Raouia et Mustapha Guitouni.
Parmi ceux ayant déjà occupé des fonctions au même ministère ou dans une instance ou entreprise appartenant au même département, il y a le ministre des Affaires religieuses, Youcef Belmehdi, qui était par le passé directeur de l’orientation et de l’éducation coranique ; Cherif Omari, ministre de l’Agriculture, anciennement secrétaire général du même ministère ; de même pour le ministre de l’Habitat, Kamel Beldjoud.
Il y a aussi Mustapha Kouraba, ministre des Travaux publics et des Transports, ancien directeur général de l’Entreprise du métro d’Alger (EMA) ; Ali Hamam, ministre des Ressources en eau, ancien directeur de wilaya des ressources en eau et ancien directeur général de l’Algérienne des eaux ; Hassen Tidjani Haddam, ministre du Travail, ancien directeur général de la CNAS ; Mohamed Miraoui, ministre de la Santé, ancien directeur de la santé de la wilaya d’Alger ; alors que le ministère de l’Industrie et des Mines est revenu à Djamila Tamazirt, ancienne directrice financière de l’Entreprise des industries alimentaires, céréalières et dérivés d’Alger (Eriad Alger), en remplacement de Youcef Yousfi, un des poids lourds également, tout comme Louh, de l’ancienne équipe.
Pour ce qui est des jeunes figures, il y a la nouvelle ministre de la Culture, Meriem Merdaci, 36 ans, éditrice auparavant, qui a remplacé Azzedine Mihoubi ; le député Fethi Khouil, nommé ministre des Relations avec le Parlement à la place de Mahdjoub Bedda ; ou bien Raouf Bernaoui, jusque-là président de la Fédération algérienne d’escrime (FAE), qui hérite du ministère de la Jeunesse et des Sports en remplacement de Mohamed Hattab.
Ainsi, pour la majorité des postes, il s’agit de «promotions» internes aux secteurs. Le gouvernement Bedoui se veut un groupe de «technocrates» qui n’est là que pour gérer les affaires courantes.
Mais il est déjà clair que cet Exécutif est rejeté par beaucoup de gens. Des partis et personnalités politiques y ont même vu une «provocation». Le maintien de Bedoui en tant que Premier ministre pose un sérieux problème en matière de garantie de la neutralité de l’administration.
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Auteur: Hicham Chouadria
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