Alors que les Algériens s’apprêtent à manifester pour le 16e vendredi consécutif

Rien de nouveau sous le soleil. Dans son premier discours depuis l’annulation de la présidentielle à l’issue de laquelle il était censé remettre le pouvoir, le chef de l’Etat Abdelkader Bensalah, affaibli et presque «méconnaissable», s’est adressé hier à la nation.

Trois points phares se dégagent d’un discours de quelques minutes seulement. Premièrement, il ne partira pas, comme «exigé» par le peuple et par la Constitution aussi. «… Il revient au chef de l’Etat de convoquer de nouveau le corps électoral et de parachever le processus électoral jusqu’à l’élection du président de la République et la prestation du serment constitutionnel…

Cette situation m’oblige donc à continuer à assumer la charge de chef de l’Etat jusqu’à l’élection du président de la République et je suis parfaitement conscient de l’ampleur de cette responsabilité», a-t-il dit. Deuxièmement, organiser l’élection présidentielle dans «des délais raisonnables».

Il n’a annoncé ni date ni délai. Et au chef de l’Etat d’ajouter : «D’où ma certitude que l’organisation d’une présidentielle dans des délais acceptables, sans aucune perte de temps, constitue l’unique voie et la plus efficace politiquement et la plus rationnelle démocratiquement».

Troisièmement, il a appelé la classe politique, la société civile et les personnalités nationales à «opter pour la voie du dialogue inclusif en vue de poser les jalons du processus de concertation» afin de sortir de la crise politique que traverse le pays. Un appel pour aboutir à l’organisation d’élections transparentes et démocratiques.

Il a invité «la classe politique, la société civile et les personnalités patriotiques nationales, jalouses du devenir de l’Algérie, à opter pour la voie du dialogue inclusif en vue de poser les jalons du processus de concertation que l’Etat s’emploiera à organiser dans les meilleurs délais, à débattre de toutes les préoccupations portant sur la prochaine échéance présidentielle, et partant, tracer une feuille de route devant aider à l’organisation du scrutin dans un climat d’entente et de sérénité».

La Constitution prévoit que l’intérim de Bensalah dure 90 jours, durant lesquels il doit organiser une présidentielle – qui était prévue le 4 juillet – et remettre le pouvoir au nouvel élu. Mais, en rejetant le 2 juin les deux seuls dossiers de candidature, le Conseil constitutionnel a constaté «l’impossibilité» de la tenue du scrutin du 4 juillet. En chargeant M. Bensalah de «convoquer» une nouvelle élection, le Conseil constitutionnel a de facto prolongé sine die l’intérim, jusqu’à la prestation de serment d’un nouveau président élu.

Dimanche dernier, le Conseil constitutionnel avait indiqué que Bensalah «resterait» à son poste de chef de l’Etat par intérim, et ce, «jusqu’à l’élection du président de la République et la prestation de serment constitutionnel» du prochain président, prolongeant de fait la mission de Bensalah. «Il revient au chef de l’Etat de convoquer de nouveau le corps électoral et de parachever le processus électoral jusqu’à l’élection du président de la République et la prestation de serment constitutionnel», a estimé le Conseil constitutionnel dans un communiqué diffusé ce dimanche suite à l’annonce du rejet des deux candidatures à l’élection présidentielle prévue pour le 4 juillet.

Et d’ajouter : «Il y a lieu de réunir les conditions adéquates pour l’organisation de cette élection dans la transparence et la neutralité en vue de préserver les institutions constitutionnelles qui concourent à la réalisation des aspirations du peuple souverain», a par ailleurs indiqué le Conseil constitutionnel. Mais, il s’agit en réalité d’une situation qui n’était pas prévue par le Constitution.

Fatiha Benabou, constitutionaliste, indique : «La convocation du corps électoral est légale par rapport à l’article 136 de la loi électorale. Cette disposition est assez large pour permettre autant de convocations que nécessaire, c’est-à-dire qu’elle ne limite pas juridiquement le chef de l’Etat. Mais le départ de Bensalah, exigé également par le peuple, doit intervenir dans les jours à venir. En revanche, selon mon interprétation de l’article 102 de la Constitution, la période de l’intérim est limitée à 90 jours non renouvelables. Il doit partir, normalement, après le 8 juillet 2019, car son mandat prend fin», selon la constitutionnaliste.

Le lendemain de l’annonce du Conseil constitutionnel, un groupe de huit partis de l’opposition ont rejeté en bloc cette option, qualifiée d’anticonstitutionnelle. L’UFDS, Talaie El Hourriyet, le MSP, le parti El Adala, Al Binaa, le PLJ, le parti Fadjr Al Jadid, et le mouvement Ennahda ont jugé «anticonstitutionnelle» cette décision qui n’est pas conforme aux aspirations du peuple, selon eux.

Le discours prononcé hier à la veille du 16e vendredi consécutif de protestation n’a rien apporté de nouveau. La mobilisation, selon les appels lancés encore sur les réseaux sociaux reste «intacte».

Du moins pour les premières réactions enregistrées, Bensalah ne semble pas avoir convaincu et répondu aux demandes du peuple. Les Algériens s’apprêtent à manifester aujourd’hui, premier vendredi après le mois de Ramadhan qui ne les a pas empêchés de maintenir la mobilisation et d’occuper pacifiquement les rues dans tout le pays, avec toujours les mêmes revendications : le rejet d’une transition gérée par les symboles du système, incarnés par les 2B ; Abdelkader Bensalah et Noureddine Bedoui !

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Auteur: Hicham Chouadria
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