Le Coronavirus frappe de plein fouet l’économie mondiale. Les marchés s’écroulent. Les Bourses sombrent. Le baril de l’Or noir s’effondre. A l’instar d’autres pays, l’Algérie plonge dans ce magma d’incertitudes qui s’amplifient de jour en jour, malgré toutes les précautions observées jusqu’à présent. Et cette pandémie intervient, pour notre pays, au moment où s’avère urgente et inévitable, une relance économique. Réunissant le staff gouvernemental, le Président Abdelmadjid Tebboune a donné une série de mesures pour limiter les effets de cette conjoncture difficile et préjudiciable à l’économie nationale. Il est entre autres question de soumettre dans les plus brefs délais la première loi de finances complémentaire afin de supprimer certains des déséquilibres qui figuraient dans la loi de finances pour l’année 2020. S’ajoute le refus d’aller vers un endettement extérieur et/ou le financement non-conventionnel. Dans cet entretien, M. Guendouzi, économiste, apporte des éclairages sur ces questions.

El Moudjahid : Le Coronavirus n’épargne pratiquement aucun secteur. Et met l’économie à rude épreuve. Comment l’économie nationale peut-elle surmonter cette épreuve ?

Brahim Guendouzi: La pandémie du coronavirus qui touche de nombreux pays dont l’Algérie, nécessite une prise en charge de la part des pouvoirs publics à deux niveaux : circonscrire la crise sanitaire avec des moyens adéquats et gérer les conséquences économiques si cela perdure dans le temps. Les responsables du ministère de la santé sont mobilisés en vue de faire éviter une contagion à grande échelle ce qui pourrait être préjudiciable aussi bien aux habitants qu’à l’économie nationale. Aussi, la mobilisation de tous est de mise face à la menace du coronavirus. Par contre, l’aspect économique est déjà posé à travers la crise du marché pétrolier international qui a enregistré cette semaine une chute brutale sur les cours du pétrole brut. Si cette tendance baissière venait à perdurer dans le temps, l’économie algérienne en souffrirait car cela se répercuterait sur le niveau des exportions puisque les hydrocarbures en garantissent 98% des revenus extérieurs. Un autre aspect se pose aussi dans la structure des importations, est celui de la régularité des approvisionnements du fait que la Chine est le premier fournisseur de l’Algérie. Il y a lieu de diversifier nos achats si l’on veut éviter la manifestation de plusieurs pénuries. En 2019, l’Algérie a importé près de 7,65 milliards de dollars de marchandises auprès de la Chine (18% du total), 4,27milliards de dollars de France, 3,41 milliards de dollars d’Italie et 2,92 milliards de dollars d’Espagne. Ces quatre principaux fournisseurs du pays sont touchés par le coronavirus et que leurs frontières sont actuellement sous haute surveillance. Même si pour le moment, il est impossible de faire un quelconque bilan (il est difficile d’obtenir une évaluation sur deux mois) sur les achats effectués au niveau de ces pays, il est fort à parier que la tendance est à la baisse particulièrement avec la Chine. Il s’agit en réalité d’un mouvement de ralentissement du commerce extérieur qui n’est pas spécifique à l’Algérie mais qui touchent un grand nombre de pays.

Le recours à l’endettement extérieur, rejeté par le Président de la république, est pour certains experts une nécessité financière notamment au regard de l’ampleur du déficit de nos comptes extérieurs. Quel regard portez-vous sur cette question ?

La question de l’endettement extérieur est souvent avancée comme l’une des solutions du problème de financement de l’économie nationale. Le refus annoncé pour cette option appelle à faire une distinction entre les crédits commerciaux et financiers qui sont contraignants en matière de remboursement et qui risquent de faire pression sur la balance des paiements, d’une part, et des crédits multilatéraux qui peuvent être mobilisés auprès d’institutions financières internationales à des conditions avantageuses en termes de remboursement et de rémunération, d’autre part. Dans le premier cas, il y a lieu d’être réticent pour cette catégorie de financement extérieur dans les conditions actuelles de fonctionnement de l’économie nationale. Par contre, dans le second cas, il pourrait être intéressant de financer des projets économiques structurants susceptibles de donner plus de valeur ajoutée à l’ensemble des structures économiques du pays. L’essentiel, c’est d’avoir une vision stratégique sur l’ensemble des sources de financement aussi bien au niveau national que par rapport à l’extérieur, tout en acceptant des apports ressources financières qui garantissent la croissance économique sans entrainer un endettement extérieur préjudiciable à moyen terme. D’un autre côté, la mobilisation de ressources financières internes que ce soit par la mobilisation de l’épargne existante à travers des circuits à redéfinir et la fiscalité ordinaire à optimiser, constituent en fait l’un des chantiers de réformes économiques annoncés par l’actuel gouvernement. En définitive, eu égard à la conjoncture économique, politique et sociale, qui prévaut dans le pays, toutes les options doivent être approchées afin de garantir un processus de diversification de l’économie nationale à moyen terme et sortir de la dépendance vis-à-vis des hydrocarbures dont on connait maintenant les torts occasionnés au pays. 

Y a-t-, selon vous, une autre alternative à la dévaluation de la monnaie pour rétablir à bref délai nos déficits internes et externes ?

Pour le moment, il n’y a pas encore de dévaluation de la monnaie nationale de la part de la Banque d’Algérie. Mais si durant cette année 2020, le compte extérieur venait à se détériorer (grands déficits extérieurs), les autorités monétaires seront amenées à ajuster le taux de change à la baisse. Dans ce cas, il y aurait renchérissement des importations et en même temps une hausse des prix. La dépréciation du dinar risque de devenir inévitable à court terme pour faire face aux déséquilibres économiques internes et externes. Cependant, cela doit être accompagné par d’autres mesures que le gouvernement aura à préciser dans le projet de loi de finance complémentaire dans les prochaines semaines. 

                             Entretien réalisé par Fouad Irnatene

Auteur: elmoudjahid
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