Tout n’est pas à l’arrêt mais les chantiers de l’immobilier ralentissent. « Quelques structures organisées maintiennent leur activité en organisant un service de transport aux employés et en déployant un protocole de préservation des mesures sanitaires sur les chantiers », indique David Toledano, président de la fédération des Matériaux de construction. Mais ce schéma n’est pas visible partout. A Casablanca, il y a encore des chantiers où les ouvriers travaillent sans les «mesures barrières».
A l’annonce de l’urgence sanitaire et du confinement, des entreprises du secteur se sont retrouvées à moins 50% de leurs effectifs les ouvriers ayant rejoint leurs familles pour se mettre à l’abri. Conséquence, explique Azdine Ahmed Nekmouche, président de l’Ordre national des architectes «près de 90% des chantiers sont à l’arrêt avec des différences selon les régions».
Les opérateurs, tutelle comprise, ont dès l’annonce du confinement, signé une déclaration commune sur le maintien de l’emploi, de l’activité et le strict respect des normes de sécurité et d’hygiène. Paraphée le 20 mars dernier par six fédérations, l’Ordre national des architectes, celui des ingénieurs géomètres, le groupe Al Omrane…. Sauf qu’une semaine plus tard, l’Ordre des architectes a publié un communiqué dans lequel il appelle d’urgence les architectes à «l’arrêt des chantiers de construction à l’exception de ceux qui présentent un intérêt prioritaire et majeur pour le pays». L’ordre a aussi exigé «le strict respect des mesures sanitaires préventives et d’un système de visioconférence pour l’équipe de maîtrise d’oeuvre, architectes, ingénieurs, etc.»
Des concertations ont été par la suite entamées entre le ministère de l’habitat et les architectes: «Je me suis entretenue avec le président du Conseil national de l’Ordre des architectes ainsi qu’avec les 12 présidents des conseils régionaux. Ils sont unanimes quant au maintien de l’activité des chantiers de construction opérationnels, tout en veillant scrupuleusement à l’application stricte des mesures d’hygiène et de sécurité prescrites par les autorités publiques, ainsi qu’à la sensibilisation régulière des travailleurs sur les bons gestes et mesures à adopter pour préserver leur santé», déclare Nouzha Bouchareb ministre de l’Aménagement du Territoire National de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la Ville à L’Economiste.
Elle ajoute «qu’ils ont communiqué sur le fait qu’ils n’appellent pas à l’arrêt des chantiers puisque de toute manière c’est une affaire d’engagement entre l’architecte lui-même et le maître d’ouvrage dans le strict respect des prédispositions édictées par les lois en vigueur et le contrat qui les lie».
L’Ordre national des architectes se désolidarise des propos de la ministre. Il tient à préciser que «les maîtres d’ouvrages, publics et privés, qui souhaitent continuer les travaux sur leurs chantiers, sous leur unique responsabilité se doivent d’assurer les dispositifs sanitaires adéquats pour la protection individuelle de chaque intervenant ». Il s’agit notamment de l’accès au chantier maitrisé, le contrôle de température à l’accès, bavettes, gel hydro alcoolique individuel, tenues changeables et lavables, chaussures en plastiques à désinfecter après chaque journée de travail, etc.
L’ordre des architectes indique aussi que «dans les circonstances actuelles, la maitrise d’oeuvre ne doit pas être contrainte par la maitrise d’ouvrage à la présence physique sur le chantier et que celle-ci doit se faire sur la base du volontariat ».
En Europe les chantiers du BTP sont quasi suspendus. En France en particulier, ce secteur attend la publication officielle du guide national de recommandations des mesures sanitaires face au covid-19 pour redémarrer. Car les mesures de distanciation sur un chantier sont difficiles à garantir. Un guide spécial des mesures d’hygiène et de salubrité dans les chantiers en relation avec la pandémie pourrait également voir le jour au Maroc.
Pour maintenir les ouvriers, certains opérateurs n’ont pas hésité à accorder des primes. Mais l’activité se heurte à des difficultés liées à la logistique. Les camions qui livrent les chantiers ont du mal à circuler et dans certaines villes c’est quasi-impossible.
« Il y’a des chantiers dont la cadence va baisser mais la construction va continuer, d’autres qui s’arrêteront peut-être d’eux même soit par manque d’approvisionnement en matériaux soit par manque de main d’oeuvre », soutient Nouzha Bouchareb. Pour la ministre, chaque architecte et maître d’ouvrage agira en fonction des spécificités de leur chantier.
En tout cas, un comité de veille est instauré. Composé des présidents du conseil national et des conseils régionaux de l’ordre des architectes, il devra «évaluer en continu, durant cette période de crise, la situation de la profession et celle du secteur ». L’objectif est d’assurer le plan de continuité de l’activité en l’adaptant au fur et à mesure aux impératifs relatifs à l’évolution de la situation pandémique.
«Limiter les importations»
Un ralentissement est également constaté auprès des entreprises qui s’activent dans les matériaux de construction. Le point positif reste les stocks constitués. Et la machine peut tourner rapidement dès la fin de la crise. Les industriels suggèrent au gouvernement de «limiter les importations» pour que l’industrie locale puisse respirer.
Khadija MASMOUDI
Auteur: hlafriqi
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