Alors que l’Union européenne durcit progressivement ses exigences concernant la teneur en cadmium des engrais phosphatés, OCP Group a déjà plusieurs années d’avance. Grâce à d’importants investissements dans des technologies de décadmiation et à une maîtrise intégrée de toute sa chaîne de production, le leader mondial du phosphate exporte désormais vers l’Europe des engrais affichant des niveaux de cadmium inférieurs à 20 mg/kg, soit trois fois moins que le seuil réglementaire actuellement en vigueur. Une performance industrielle qui positionne le groupe marocain comme une référence mondiale dans la course aux nouvelles normes environnementales et sanitaires. Reportage.
Avec près de 70 % des réserves mondiales de phosphate concentrées au Maroc, OCP Group occupe une position stratégique sur le marché mondial des fertilisants. Chaque année, le groupe produit plus de 15 millions de tonnes d’engrais destinés à accompagner la sécurité alimentaire de nombreux pays. Mais au-delà des volumes, c’est désormais la qualité environnementale des produits qui constitue un facteur déterminant de compétitivité.
Ces derniers mois, l’Union européenne durcit progressivement ses exigences concernant la teneur en cadmium des engrais phosphatés, un métal lourd classé cancérogène.
Face à ces enjeux, l’OCP a fait le choix d’investir dans des technologies de décadmiation dès le début de l’année 2025, anticipant ainsi les attentes croissantes, à la fois citoyennes et institutionnelles.
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Challenge s’est rendu sur le site industriel de Jorf Lasfar, situé sur la côte atlantique marocaine, en activité depuis 1986, pour visiter les installations et voir au plus près ce processus de décadmiation.
Le processus de décadmiation consiste à réduire la teneur en cadmium naturellement présente dans les roches phosphatées utilisées dans la fabrication des engrais.
Aujourd’hui, l’intégralité des exportations d’engrais destinés au marché européen — soit près de 20 % de la production totale du groupe — affiche déjà une teneur inférieure à 20 mg/kg de cadmium.
À titre de comparaison, le seuil réglementaire européen est actuellement fixé à 60 mg/kg, contre 90 mg/kg en France. Ces plafonds devraient toutefois être revus à la baisse, avec un objectif de 20 mg/kg à l’horizon 2030, conformément aux recommandations de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses).
En se situant déjà largement en dessous des seuils en vigueur, l’OCP renforce ainsi la conformité de ses engrais et devance l’évolution des réglementations européennes.
Le géant du phosphate et des engrais ambitionne désormais de généraliser la décadmiation industrielle sur l’ensemble de ses marchés desservis d’ici à fin 2027.
Le Groupe OCP ne se contente pas d’extraire du phosphate : il maîtrise toute la chaîne industrielle, de la mine jusqu’à l’export.
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Son site de Jorf Lasfar constitue aujourd’hui le plus grand pôle industriel et minéralier d’Afrique. Étendu sur plus de 2 000 hectares et adossé à son propre port, le complexe regroupe de nombreuses infrastructures, dont les plus anciennes remontent à 1998 et les plus récentes à 2024.
La pulpe de phosphate acheminée par le Slurry Pipeline
Le principal site d’exploitation minière est celui de Khouribga, qui représente environ 43 % des ressources de phosphate du Maroc. Il est directement relié au site de Jorf Lasfar par un « slurry pipeline », une canalisation industrielle conçue pour transporter des matières solides (la roche) sous forme de pulpe, un mélange d’eau (40 %) et de minerai broyé (60 %).
La roche phosphatée brute, après extraction, est traitée dans l’une des quatre laveries : c’est la création de la pulpe. La pulpe de phosphate est ensuite acheminée vers la station de tête, une station de collecte et de stockage. C’est de cette station que le minerai rejoint le «slurry pipeline». Il s’agit de la première étape du processus.
Cette innovation, reposant sur des tuyaux souterrains, est compétitive et écologiquement responsable. Elle remplace les moyens de transport traditionnels tels que les camions ou les trains, réduisant à long terme les émissions de CO2 et la consommation d’eau.
D’une longueur totale de 235 kilomètres, cet investissement de 4,5 milliards de dirhams constitue une prouesse technique et technologique.
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«Tout d’abord, on utilise l’acide sulfurique pour extraire de la pulpe uniquement l’acide phosphorique, qui sera ensuite concentré. C’est à ce moment précis que l’extraction du cadmium est réalisée, avant que le liquide ne soit mélangé à de l’ammoniac puis, enfin, granulé et séché pour obtenir des engrais finis », explique Fadil Amal, Head of Phosphoric Acid Plant chez l’OCP.
Le site de Jorf Lasfar produit la quasi-totalité de la production annuelle d’engrais phosphatés de l’OCP.
Décadmiation
L’OCP a progressivement fait évoluer ses procédés et technologies de décadmiation (co-cristallisation, ajout d’additifs), permettant d’abaisser les teneurs en cadmium des engrais lors du processus de production en l’isolant.
Des zones de stockage sont aménagées sur le site, permettant de charger des bateaux à raison de 1 000 tonnes par heure pour les exportations depuis le port du complexe.
Contrôle qualité et certification européenne
L’OCP applique un système de contrôle qualité industriel et d’analyse sur l’ensemble de la chaîne de production, reposant sur un contrôle continu interne, la certification par des laboratoires externes et la conformité aux exigences des autorités des marchés européens.
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Selon Hamza Addam, Head of Innovation at OCP Nutricrops, en 2025, OCP Nutricrops, filiale du groupe, a obtenu une certification «Low Cadmium Labelled» pour les engrais destinés à l’Europe.

Cette certification permet au groupe de se positionner au-delà des exigences minimales européennes et renforce sa compétitivité sur le marché européen.
«Au-delà du processus industriel, de l’extraction du phosphate à la fabrication de l’engrais fini, la décadmiation s’impose aujourd’hui comme un levier stratégique pour l’OCP. Car le cadmium n’est pas un composant ajouté : il est naturellement présent dans la roche phosphatée. L’enjeu consiste donc à le réduire au maximum, sans altérer la qualité du produit final », affirme Jalil Dahmani, Manager industriel au sein du Groupe OCP.
Pour y parvenir, le groupe s’appuie sur des experts techniques mobilisés, un contrôle qualité renforcé et des certifications alignées sur les standards européens. Une stratégie qui traduit une logique d’anticipation des réglementations, dans un contexte où la durabilité et l’adaptabilité deviennent des impératifs industriels.
Car au-delà des enjeux sanitaires, l’engrais s’impose désormais comme un instrument de soft power sur la scène internationale. Dans cette guerre des normes qui se dessine, où la maîtrise de la qualité devient aussi stratégique que les volumes produits, l’OCP avance face à ses grands concurrents, au premier rang desquels figure la Russie. Déjà premier fournisseur de la France, le groupe marocain entend consolider sa position sur un marché mondial en pleine recomposition.
Et l’ambition ne s’arrête pas là. Porté par de nombreux projets de croissance et par une récente levée de fonds de 5 milliards de dirhams, l’OCP entend accélérer sa transformation industrielle et conforter son statut de leader mondial du phosphate dans les années à venir.
Auteur: Eva Malek
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