
Deux romanciers aux similitudes dans le ton et le style qui font cohabiter l’humour et le goût prononcé pour le néologisme et l’allégorie aux dimensions politique et philosophique.
Riadh Hadir et Lynda Chouitem ont présenté, samedi, à la petite salle du Théâtre régional de Béjaïa, Pupille, publié en 2017 par l’ANEP, et Le Roman des Pov’Cheveux, édité chez El Kalima en 2018, deux ouvrages qui interpellent les consciences. Ce sont surtout deux titres qui tranchent avec la littérature réaliste dans son traitement des thématiques sociales, ce mouvement dominant dans le roman algérien, croient savoir les deux auteurs, qui comptent s’affirmer par l’originalité de leurs dispositions littéraires.
L’auteur de Pupille a su entretenir le suspense quant au contenu de son ouvrage, mais il a dévoilé bien volontiers devant l’assistance le cadre spatio-temporel et l’esprit de son roman, qui a largement titillé la curiosité du public.
L’œuvre littéraire proposée par Riadh Hadir a particulièrement intéressé les lecteurs, qui découvrent pour la première fois à Béjaïa cet Oranais passionné de lecture, un graphiste qui s’est orienté vers l’écriture. Le gage de la qualité de ses écrits est sa place de finaliste au prestigieux prix Mohammed Dib, auquel il a participé avec une nouvelle.
Son récit post-apocalyptique se déroule dans un Maghreb en proie à une mutation destructrice de la société, venue essentiellement de l’Occident. L’introduction du libéralisme sauvage dans cette partie du monde musulman fait que la charia est adaptée à ce mode idéologique et économique où les lois islamiques sont allégées pour le monde du business et restent rigides quand il s’agit de codifier la société. Dans ce cas de figure, cet univers hypothétique est mis en péril par la cohésion entre une foi transformée en dogme et imposée par des hommes ignorants et le libéralisme extrême.
De son côté, la romancière Lynda Chouitem, universitaire, a savamment résumé son roman, dont les personnages insolites évoluent entre le pays d’origine et la France. La trame du roman, selon son auteure, traite de la condition humaine à travers deux histoires qui sont enchevêtrées. D’abord, une histoire capillaire : des cheveux qui tombent des têtes et que l’auteure fait voyager et parler.
Ce sont des personnages qui, en quittant leurs racines, subissent des maltraitances, elles sont victimes de racisme, d’exclusion, de maux que ces mêmes victimes reproduisent l’une contre l’autre à moindre intensité. Dans son roman, Lynda Chouitem aboutit au caractère de l’universalité du mal et à l’existence d’un cycle de violence interminable qui rythme la vie des hommes et où la désillusion gagne les plus optimistes dans le monde de l’absurde.
Post Views: 169
