La Caisse des Dépôts et Consignations du Cameroun (Cdec) dénonce les manœuvres d’un groupe d’établissements bancaires refusant de transférer les fonds publics légalement dévolus à l’institution.

Une sortie ferme du Directeur général relance le débat sur la régulation bancaire en zone Cemac. Le ton est monté d’un cran entre la Caisse des Dépôts et Consignations du Cameroun (Cdec) et certaines banques commerciales opérant dans le pays. Dans une correspondance adressée à la Commission Bancaire de l’Afrique Centrale (COBAC), le Directeur général de la CDEC Richard Evina Obam, fustige « le refus persistant » de certains établissements de crédit de transférer les fonds légalement destinés à la Caisse, dénonçant « une résistance organisée » et « des manœuvres de lobbying nocives » contre l’application de la loi.

Une sortie publique rare et cinglante qui intervient après la diffusion, sur les réseaux sociaux, et dans certains organes de presse d’une lettre de la Cobac adressée au ministre camerounais des Finances, accusant la Cdec de « perturbations du secteur bancaire ».

Un rappel à la loi

Créée par la loi du 14 avril 2008 et rendue opérationnelle par décret du 15 avril 2011, la Cdec est une institution publique financière chargée de collecter, sécuriser et gérer les ressources dormantes ou consignées au profit de l’État et de l’économie nationale. Ces fonds — issus notamment des dépôts inactifs, cautionnements, consignations administratives et judiciaires, régimes de retraite et épargne réglementée — doivent, selon les textes, être transférés à la Cdec pour leur gestion transparente et leur mobilisation dans le financement du développement.

Le Directeur général rappelle que « les établissements de crédit ont bénéficié de quinze années de préparation » avant la mise en service effective de la Cdec en janvier 2023, et que leur refus de s’y conformer constitue désormais « une rétention indue de deniers publics ».

Confrontation ouverte avec la Cobac

. La lettre signée à Yaoundé le 13 novembre 2025 sonne comme un désaveu de la Cobac, accusée d’avoir pris fait et cause pour certains acteurs bancaires. Le patron de la Cdec déplore « un parti pris évident » et une « ingérence dans des procédures judiciaires menées en bonne et due forme ». Allant plus loin, il estime que la Cobac « outrepasse ses compétences » en s’immissant dans des matières non transférées par les textes communautaires, notamment celles relatives au cautionnement des marchés publics et aux sûretés réelles relevant de la souveraineté nationale.« La capture du régulateur par les régulés est consommée en Afrique Centrale », affirme le Directeur général, appelant la Cobac à « se recentrer sur ses missions originelles de régulateur objectif pour une stabilité pérenne du système financier sous-régional ». Au-delà de la polémique, cette passe d’armes met en lumière un chantier stratégique : la mise en œuvre, dès septembre 2025, d’un nouveau cadre communautaire de gestion des avoirs inactifs. Ce dispositif vise à canaliser les fonds dormants vers les Caisses des Dépôts et Consignations des États membres, dans un cadre encadré, transparent et productif pour l’économie.Au Cameroun, la Cdec entend jouer pleinement son rôle de tiers de confiance financier de l’État, au service du financement des politiques publiques et de la sécurisation des fonds non utilisés.Ce différend révèle un enjeu fondamental : la souveraineté financière nationale face aux régulations communautaires. Entre la Cobac, gardienne de la stabilité bancaire, et la Cdec, bras armé de l’État pour la mobilisation des ressources publiques, la frontière des compétences semble désormais sujette à interprétation.Mais pour Yaoundé, le message est clair : aucune institution, aussi communautaire soit-elle, ne saurait s’opposer à l’application de la loi nationale en matière de dépôts publics. La Cdec monte au créneau et assume son rôle régalien face à des banques jugées « inciviques ». Au cœur du débat : la loyauté institutionnelle, la transparence financière et la souveraineté économique du Cameroun dans un espace communautaire en pleine mutation.

Léon Mgba

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Auteur: Diapason Media Group Diapason Media Group
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