Une ville qui fait la promotion de son patrimoine exceptionnel d’un côté et qui distribue à tour de bras des autorisations de démolitions de ce même patrimoine de l’autre! Cherchez l’erreur! La ville de Casablanca a vécu ce confinement au rythme des démolitions de bâtiments et des tentatives de destruction d’espaces verts.
Un véritable coup porté au patrimoine architectural qui a suscité une levée de boucliers sur les réseaux sociaux et une réaction virulente de la société civile. En l’espace d’un mois, les Casablancais ont dû faire bloc pour empêcher la destruction de trois jardins publics et squares, représentant la seule bouffée d’oxygène pour les riverains, menacés par des projets de la ville. Il s’agit du square Mohamed Ben Abdellah dans le quartier Baladia à Derb Sultan, la place Sidi Mohammed devant la gare ferroviaire Casa-Voyageurs et un espace vert au croisement des boulevards de Bordeaux et Moulay Youssef.
Si la mobilisation citoyenne a permis de sursoir à ces projets, plusieurs bâtiments représentatifs de la richesse architecturale de la ville n’ont pas eu cette chance. La démolition de l’immeuble dit Mauvigner, angle boulevard Anfa et boulevard Mohamed Zerktouni, a suscité beaucoup d’émotion. Il s’agit d’un bâtiment Art déco construit par l’architecte Gustave Cottet, auteur de plusieurs bâtiments Art déco emblématiques à Casablanca, en 1932.
L’association Casamémoire rappelle «la mauvaise foi de certains promoteurs qui profitent des jours fériés pour procéder à la démolition et mettre ainsi les autorités et la société civile devant le fait accompli». L’association de sauvegarde du patrimoine architectural du XXe siècle au Maroc, créée en 1995, alerte sur le sort d’autres bâtiments, faisant l’objet de demandes d’inscription à l’Inventaire national des sites et monuments historiques conformément à la loi 22-80, menacés de démolition d’un instant à l’autre à l’instar de l’immeuble J. Villemin, à l’angle du boulevard d’Anfa et de la rue Abderahmane Al Kawakibi.
L’association qui appelle à une stratégie pour mettre un terme à l’hémorragie des démolitions et à placer le patrimoine au cœur de la problématique du développement harmonieux de la ville de Casablanca, regrette que le plan de sauvegarde et de valorisation du patrimoine architectural, urbain et paysager de l’arrondissement de Sidi Belyout, relancé par l’Agence urbaine de Casablanca, en 2018, soit resté au point mort. Une alerte qui a, semble-t-il, porté ses fruits, puisque l’association a été reçue par une commission d’inspection du ministère de l’Intérieur.
«Une commission qui a été à l’écoute de nos doléances», précise Rabea Ridaoui, présidente de l’association, qui affirme: «Nous sommes pas du tout pour une approche figée ou muséale du patrimoine, nous voulons travailler la main dans la main avec les autorités pour protéger la cohérence architecturale et urbaine de la ville qui respecte son patrimoine».
L’association rappelle également avoir collaboré avec beaucoup d’enthousiasme, de compétences et de rigueur à la préparation du dossier d’inscription Casablanca au titre de patrimoine mondial de l’UNESCO qui devait hisser notre ville à un statut de patrimoine universel et cherche à renforcer les efforts entamés par les autorités et la société civile pour la valorisation de notre patrimoine architectural! «Nous gardons l’espoir de voir le dossier d’inscription réactualisé, et relancé le plus vite possible», conclut la présidente.
A.Bo
Auteur: hlafriqi
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