Quand le président Houari Boumediène a choisi le 24 février 1971, pour annoncer sa décision de nationaliser les hydrocarbures, il ne l’a pas fait par hasard. Il avait besoin de l’adhésion  des travailleurs, pour la réussite d’une telle décision politique et surtout économique.

Il savait bien que les sociétés étrangères allaient réagir en boycottant le pétrole algérien et même casser l’appareil de production nécessaire pour l’extraire. La mobilisation des travailleurs algériens a permis de déjouer ce complot. Aujourd’hui encore ce sont les mêmes travailleurs qui font fonctionner cet appareil. Même durant les pires crises que le pays a traversées, le pétrole tout comme le gaz et le condensat pour ne citer que les produits phares du secteur n’ont pas cessé de rapporter les recettes dont l’Algérie a besoin. La même mobilisation que le 24 février 1956 a permis de libérer le pays avec les autres forces vives de la nation. Célébrer cette date c’est rappeler le combat des travailleurs qui a connu un second souffle avec la création de l’UGTA. Cette union qui a été décidée par les instances du FLN a permis d’organiser les membres de catégorie de la société qui se distingue par son poids économique en plus de son nombre important qui font d’elle une armée aux multiples moyens. On se rappelle que durant la grève des 8 jours en 1958, elle a joué un rôle important pour porter la cause algérienne sur la scène internationale en paralysant plusieurs secteurs clés pour l’administration française comme la poste et les chemins de fer. Elle a payé cher cet engagement pour la Révolutione. On évoque souvent le martyr Aissat Idir, premier responsable de l’UGTA qui a été aux premiers rangs à la fois dans la lutte syndicale et pour le soutien à la révolution. Aujourd’hui encore, il reste un modèle de syndicaliste qui s’investit également pour la liberté de son pays. Mais on oublie malheureusement des milliers d’autres travailleurs qui sont tombés au champ d’honneur. Ils ont été victimes d’abord de l’exploitation des colonisateurs et de sa répression féroce ensuite. La stèle qui leur a été érigée au port d’Alger symbolise leur vie et leur combat. Les travailleurs algériens n’ont pas déposé les armes après l’indépendance. Ils ont été à l’avant-garde de la construction du pays. Ils ont donné une belle leçon de responsabilité et même de compétence. Qu’on se rappelle les techniciens algériens de la radio et de la télévision qui ont fait en sorte que la diffusion des émissions de la RTA se poursuit malgré le départ de leurs homologues français. Avec eux l’Algérie est allé d’un défi à un autre. Après le 24 février 1971, ils se sont imposés dans le concert des pays producteurs du pétrole avec des moyens nationaux donnant au monde entier la preuve de leur maîtrise technique. Ils ont permis à l’Algérie de devenir un pays écouté au sein de l’OPEP. Tout comme la Révolution algérienne n’a pas pu se faire sans les travailleurs, les nationalisations d’hydrocarbures n’auraient pas pu réussir sans leur engagement et leur présence.
F. D.

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Un nouvel élan au développement

Cette date indélébile qui revient chaque année marque une étape de souveraineté et d’indépendance des acquis arrachés au prix du sang de nos martyrs pour libérer le pays du joug colonial permettant ainsi la récupération des richesses du sous-sol spoliées par le colonialisme avant la déclaration du défunt président Houari-Boumediene sur la nationalisation des hydrocarbures. Cet événement retrace la signification de cette date historique qui relate deux décisions importantes. L’une le 24 février 1956, avec la mobilisation et l’adhésion des couches sociales face au colonialisme et le 24 février 1971 avec la nationalisation des hydrocarbures dans une Algérie indépendante et souveraine. Deux grands acquis qui ont permis d’édifier l’économie par des décisions historiques incluses dans la stratégie de la Révolution de novembre 1954 et le plan d’édification d’une Algérie avec une base économique et industrielle forte et souveraine. Cette décision, qui intervenait au plus fort du conflit arabo-israélien, venait boucler un long parcours de négociations, entamé en 1967, pour la récupération des richesses nationales à travers, notamment, la reprise des intérêts des grandes multinationales telles que BP, Esso, Shell ou encore Mobil installées en Algérie. Un acte fort et courageux de l’Algérie qui marque une des premières étapes engagées pour les objectifs de l’indépendance et qui ne tarda pas à être officialisée par une ordonnance signée par le président Houari Boumediene, le 11 avril 1971 promulguant la loi fondamentale sur les hydrocarbures, qui définissait le cadre dans lequel devrait s’exercer dorénavant l’activité des sociétés étrangères en matière de recherche et d’exploration des hydrocarbures et où l’Algérie détenait désormais au moins 51% des intérêts des sociétés concessionnaires françaises qui opéraient dans le sud de l’Algérie. Un acquis incontournable qui a permis au pays d’assurer un financement aux investissements nationaux et au développement au profit des populations. Ainsi le recouvrement de la souveraineté nationale sur les hydrocarbures a permis a l’entreprise nationale des hydrocarbures SONATRACH de relever le défi et d’assurer pleinement sa stratégie d’exploitation des richesses pétrolières.
Grâce à cette décision, plusieurs investissements dans le domaine ont vu le jour avec la raffinerie d’Arzew, mise en service en 1972, soit une année après les nationalisations, ainsi que celles de Skikda, de Hassi Messaoud et d’In Amenas, mises en service au début des années quatre-vingts. La production pétrolière a nettement augmenté assurant une large sécurité en recettes financières pour le pays avec également des investissements de grande envergure dans le forage et l’installation de nouvelles unités de production gazière. La production gazière occupe également une bonne place dans la politique énergétique afin de couvrir les besoins nationaux dans tous les secteurs, mais aussi réserver un grande partie à l’exportation De même, l’exercice de la souveraineté nationale sur les ressources en hydrocarbures et le domaine minier national a permis de faire face aux différentes crises pétrolières.
L’Algérie doit cependant faire face à une situation extérieure marquée par la récession économique qui affecte plusieurs pays et des mutations profondes «qui vont probablement aboutir à un nouvel ordre mondial énergétique et financier dans les brèves années à venir, dans lequel la possession de réserves en hydrocarbures ne suffira plus. L’Algérie doit baser à l’avenir sa stratégie sur la sécurité et l’indépendance énergétique, ce qui nécessite la mise en œuvre d’un nouveau modèle de consommation énergétique.      
Mustapha Laouer

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Un repère capital

Evocateur du combat des travailleurs pour l’indépendance et de la décision historique de nationalisation des hydrocarbures dans l’esprit de novembre afin de matérialiser la notion de souveraineté, la date du 24 février restera ancrée dans la mémoire collective pour constituer un repère de la nation à même d’inspirer les générations montantes quant aux sacrifices consentis pour la liberté. La célébration aujourd’hui de ce double anniversaire s’assimile grandement à une opportunité pour feuilleter les pages de l’histoire, rappeler la foi, les principes et les convictions des acteurs de ces deux événements et réitérer l’engagement de poursuivre la voie et de perpétuer le serment fait à nos glorieux martyrs pour une Algérie libre et indépendante, souveraine et démocratique, unie et solidaire dans toutes les épreuves. La moralité à dégager de cette double commémoration ne peut d’ailleurs se limiter à l’organisation d’activités culturelles et sportives pour au contraire approfondir la réflexion au gré de rencontres avec les jeunes notamment sur l’impact des actes de grande noblesse accomplis par des hommes engagés exclusivement pour la cause nationale. Plus que jamais d’actualité, cette observation de taille interpelle la société dans toutes ses composantes pour justement faire preuve de vigilance et préserver cette souveraineté consolidée par une paix rétablie et une stabilité restaurées à la faveur de la démarche de réconciliation nationale. Au delà des difficultés réelles et perceptibles du quotidien, il n’est point permis d’hypothéquer les acquis remportés qui nécessitent d’être renforcés pour la poursuite du combat aujourd’hui focalisé sur la poursuite des réformes profondes du système de fonctionnement du pays dans tous ses compartiments pour la rationalisation de la gestion de la chose publique ,l’exploitation des ressources humaines et naturelles et la promotion d’une économie florissante. En clair, une option pour la modernisation du pays grâce à l’esprit d’innovation de son élite, d’entreprise de ses opérateurs et de labeur de ses travailleurs. C’est véritablement l’enjeu du contexte et le défi à relever après une période consacrée à la création d’une infrastructure de base imposante au vu de la réalisation de projets d’investissement structurants. La nationalisation des hydrocarbures a été le fer de lance d’une édification reposant sur une industrie industrialisante, une restructuration de l’agriculture et une prise en charge du volet social et culturel pour institutionnaliser la démocratisation des l’enseignement et la gratuité de la médecine. C’est durant les vingt dernières années que l’effort d’équipement, abstraction faite de toutes les insuffisances, a atteint sa vitesse de croisière pour se traduire à la faveur de la construction d’installations routières, portuaires, ferroviaires et autres ouvrages. Autant d’atouts en possession de l’Algérie des valeurs dont sa jeunesse peut s’enorgueillir pour parachever dans la sérénité l’œuvre de renouveau national.        
A. Bellaha

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Une seconde indépendance

« Nous avons décidé souverainement de nationaliser les hydrocarbures ». La décision du président Houari Boumédiène en ce 24 février 1971, à la Maison du Peuple à Alger, siège de l’Union générale des travailleurs algériens qui célébrait le 15e anniversaire de sa création, a fait basculer l’Algérie dans une ère nouvelle. Ce même jour étaient édictées quatre ordonnances portant nationalisation intégrale des entreprises exploitant le sous-sol algérien et l’infrastructure de transport des hydrocarbures, ainsi qu’une nationalisation partielle des intérêts français dans les autres secteurs liés aux hydrocarbures, ce qui a fait que l’ensemble des gisements naturels de gaz et de pétrole, ainsi que les gazoducs et les oléoducs, sont devenus, au moins à 51 %, la propriété exclusive de l’État. Le monopole sur l’exercice des activités pétrolières est revenu à la Société nationale pour la recherche, le transport, la transformation et la commercialisation des hydrocarbures (Sonatrach), créée huit ans auparavant. Mais avant d’en arriver là, il a fallu un long processus, et c’est à juste titre que le Pr Jean Touscoz, prête à cette décision une« signification historique ». En effet, dans un article consacré à la question, le spécialiste en droit international évoque cette nationalisation comme « le début de la vraie bataille économique entre pays riches et pays pauvres », laquelle marque « le triomphe des aspirations de tous les pays en voie de développement qui s’efforcent d’obtenir la décolonisation de leurs richesses naturelles ». L’auteur souligne ainsi que l’adoption par l’Algérie de cette démarche « originale » a inspiré la quasi-totalité des pays producteurs, qui ont fondé leur politique pétrolière sur une collaboration technico-commerciale avec les compagnies étrangères. Treize ans avant le coup d’éclair de Boumédiène, la recherche, l’exploitation et le transport par canalisations des hydrocarbures étaient régis par l’ordonnance du 22 novembre 1958. Aux premières années de l’indépendance, c’est la Convention du 28 août 1962, basée sur le paragraphe 8 du titre I de la déclaration du 18 mars 1962 sur la coopération pour la mise en valeur des richesses du sous-sol du Sahara, faisant partie des accords d’Évian, qui est de rigueur, et ce jusqu’en 1965, où ce régime a été remanié par l’accord du 29 juillet associant sur un plan d’égalité l’Algérie et la France, par le biais des entreprises Sonatrach et Sopefal, au sein de l’ASCOOP.Dans une contribution au Soir d’Algérie, l’expert pétrolier Mohamed Saïd Beghoul souligne le « comportement grégaire » de la partie française, laquelle, « en accordant une priorité à l’exploitation des gisements et en minimisant les efforts de recherche» n’a pas respecté l’esprit dudit accord, pourtant essentiellement fondé sur le partage équitable. C’est donc logiquement que des négociations sont ouvertes, en 1969, à la demande de l’État algérien, les investissements français ayant chuté de manière drastique depuis 1965, alors que la Sonatrach était parvenue à la découverte de nombreux gisements. Celles-ci ont été interrompues une première fois en juin 1970 par les Français, les Algériens souhaitant « non seulement réformer le régime fiscal et financier de l’exploitation des hydrocarbures, mais encore entamer la troisième phase du grand dialogue amorcé en 1962 et repris en 1965 » (J. Touscoz). Reprises au mois d’octobre, elles ont été menées du côté algérien par l’actuel Président Abdelaziz Bouteflika, alors ministre des Affaires étrangères, mais ont de nouveau été suspendues le 4 février 1971. Vingt jours plus tard, Houari Boumédiène était à la Maison du Peuple. Ce que Benjamin Stora appellera la «décolonisation pétrolifère» était en marche.
Issam Boulksibat

Auteur: elmoudjahid
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