La Direction générale de la Protection civile (DGPC) vient de mettre en œuvre une plateforme numérique au niveau des Centres de coordination opérationnelle à travers les 48 directions de wilaya pour la gestion de la pandémie de Covid-19.
«Cette plateforme permet la collecte des données en temps réel, la localisation des cas suspects à travers les évacuations sanitaires, l’enregistrement des données personnelles dans un fichier numérique, accompagné d’un rapport de situation», a indiqué le chef du bureau de l’information à la DGPC, le capitaine Nassim Bernaoui, lors d’une visite guidée au CCO d’Alger. Il a expliqué que cette plateforme numérique élaborée par les ingénieurs de la Protection civile a été installée par la Direction d’organisation et de coordination des secours. Toutes les données sont transmises au CENAC. De son côté, le lieutenant Messaoud Daid, officier de permanence de la cellule du suivi, a précisé que le tri des données permettra de détecter les foyers de la pandémie et de définir les besoins, notamment pour ce qui est des équipements de protection individuelle. «L’analyse des données constitue un outil d’orientation pour la prise de décision, notamment la gestion du stock et le redéploiement des unités d’intervention par le zonage des cas», a-t-il dit. En ce sens, le capitaine Bernaoui a assuré que «le stock d’équipements de protection individuelle, notamment les combinaisons, les bavettes et les bottes est suffisant», rappelant que la DGPC a pris des mesures anticipatives dès l’apparition de la pandémie en Chine.«Un rapport détaillé de la situation sanitaire ainsi que sur le stock est transmis quotidiennement au DGPC, le colonel Boualem Boughelaf, avant 8h30.
«Allâ Himaya, j’ai de la fièvre.»
La cellule de suivi de la situation épidémiologique travaille en coordination avec la direction de la santé publique et le ministère de l’Intérieur, informés en temps réel, sur l’activité de la Protection civile, notamment en matière d’évacuation sanitaire des cas suspects dont le nombre a dépassé 550 depuis l’apparition de la pandémie en Algérie.
Il est 19h51 au centre de coordination opérationnelle de la DPC d’Alger. Les téléphones ne cessent de sonner. Une femme, demeurant à la rue Ahmed-Chaïb, appelle pour demander une intervention en faveur de son père, malade. Fatima, l’opératrice, prend ses coordonnées et procède au transfert de l’appel au chef de brigade pour l’envoi d’une ambulance. Le chef de brigade, le sergent, Mourad Guermache, a souligné la hausse du nombre d’appels durant les premières semaines de la pandémie. «Les citoyens s’inquiétaient pour la moindre toux ou fièvre. Au début, il y avait une grande panique mais la situation s’est apaisée, notamment suite à la suspension des vols et les appels ont baissé», a-t-il constaté. En effet, les appels sont sélectionnés et filtrés. Les cas suspects sont transférés au médecin régulateur de la cellule de suivi. «On pose des questions sur les symptômes. Si on relève des suspicions, on envoie une ambulance pour évacuation sanitaire à l’hôpital et ce en coordination avec le directeur de wilaya de la santé publique», a précisé le médecin-commandant, Ahmed Bougueffa. Il indiqué que 25 à 30 évacuations sanitaires de cas suspects sont effectuées, dont des cas ont été confirmés par la suite. «Si aucune détresse vitale n’est décelée, la personne est invitée à rester confinée chez elle. Dans ces situations, nous enregistrons les coordonnées téléphoniques du concerné et nous restons en contact permanent avec lui», a-t-il assuré, tout en précisant qu’on lui recommande de suivre son traitement et de contacter son médecin traitant.
Suivi médical à distance
Les opérateurs ont été formés à la prise en charge des appels car il n’est pas facile de gérer des appels de détresse. Ahlem Tarbouche, adjoint-chef de brigade au CCO est mobilisée H24. Elle a confié qu’elle était marquée par des appels de détresse de malades atteints de Coronavirus, notamment celui d’un enfant âgé d’à peine 8 ans. «Sa mère émigrée est asthmatique et a eu une crise grave. Ne pouvant pas parler, elle a chargé son petit de nous appeler pour une intervention. Il nous a donné l’adresse et a répondu à nos questions sur l’état de santé de sa mère souffrante, il s’est avéré qu’elle était atteinte du Coronavirus. Cet appel m’a énormément bouleversée», a-t-elle dit.
Un autre émigré a appelé pour demander de secourir sa sœur souffrante. «Il était effondré à l’idée d’être atteint de la maladie et de contaminer sa sœur surtout, et ses enfants ont paniqué. J’entendais leurs pleurs au téléphone. J’ai tenté de le rassurer en lui disant qu’il pourrait ne pas être contaminé et que seul le test va déterminer son cas. Nous sommes conscients de la détresse des gens qui nous appellent et nous optons pour le soutien psychologique et l’évacuation sanitaire car cela peut provoquer la panique dans le voisinage à la vue d’une ambulance avec des éléments en combinaisons», a-t-elle soutenu. «On ressent leur stress, on discute un peu, on essaye de leur remonter le moral ce qui les rassurent un peu», a-t-elle dit.
Équipements de prévention made in sapeurs-pompiers
Un exercice de simulation d’une intervention a été organisé afin de maîtriser la procédure d’évacuation sanitaire d’un cas de Coronavirus. «Tout cas est considéré suspect», a indiqué le chargé de communication à la DPC d’Alger, le lieutenant Khaled Benkhalfallah. En effet, parmi les mesures préventives, il y a la mobilisation de trois éléments d’intervention dans l’ambulance affectée à l’évacuation sanitaire des cas de Coronavirus, a précisé l’officier. «Lors de l’intervention, les agents exigent du malade de porter une bavette, de mettre du gel et de porter des gants avant d’être transporté à bord d’un brancard plastifié vers la structure hospitalière», a expliqué le lieutenant Benkhalfallah, qui a tenu à préciser que «le couvert en plastique du brancard est conçu par les agents de la PC. Des propositions ont été élaborées par les chargés de communication des DPC et mises en œuvre, s’est-il félicité. De même pour les tunnels anti-coronavirus en plastique installés à l’entrée des structures de la Protection civile. En matière d’équipements : charlotte sur la tête, lunettes, masque, gants, combinaison, sur-chaussures. L’ambulance est désinfectée alors que les bavettes, les bottes et camisoles sont brûlées.
Témoignage d’un pompier
Malgré leur contact quotidien avec les contaminés, les pompiers restent engagés. Mahi Mahdid, jeune agent de l’unité principale à la DPC d’Alger est en première ligne.
Il s’est engagé dans ce métier en connaissance des risques. Il a assuré plusieurs interventions suite à des accidents de la route dont certains mortels. Un accident reste gravé dans sa mémoire : un homme a été décapité. «J’ai emporté la tête et la cervelle dans un sac en plastique…».
Dans cette situation de crise sanitaire, le strict respect des gestes barrière est une obligation majeure», a-t-il assuré. Pour lui, la grande préoccupation, c’est quand il rentre chez lui. «On peut être porteur sain du virus. Quand je rentre à la maison, je discute rarement avec ma famille tout en les rassurant, mais je me confine généralement par prévention», a-t-il raconté. Une charge de travail et une alerte permanente en cette situation exceptionnelle : «Nous sommes habitués à ce rythme effréné et la Protection civile répond présent comme toujours, quelles que soient les circonstances», dira-t-il avec fierté.
Le colonel Farouk Achour :
«La Protection civile a les capacités d’adaptation aux situations de crise»
Le sous-directeur des Statistiques et de l’Information à la DGPC, le colonel Farouk Achour, a tenu à préciser que la Protection civile a opté pour l’anticipation dans la gestion des risques majeurs , rappelant qu’un séminaire de formation sur les risques biologiques a été organisé en octobre dernier au profit des médecins et officiers biologistes de la PC. «On s’est préparé à tous les scénarios possibles afin d’assurer l’action opérationnelle». Il a ajouté que les sapeurs-pompiers sont sur tous les fronts et la lutte contre la pandémie Covid-19 représente une partie de l’activité globale de la PC. «Nous sommes mobilisés pour répondre aux appels des citoyens et prendre en charge leurs préoccupations», signalant en ce sens, que «le citoyen recourt de plus en plus à la Protection civile via les numéros verts 17 et 1021, lors du confinement sanitaire». Pour y faire face efficacement, il a été procédé au renforcement des dispositifs opérationnels. «La Protection civile a la capacité d’adaptation aux situations de crise et aux risques», a-t-il assuré. Interrogé sur les cas de contamination dans les rangs des éléments d’intervention, l’officier a assuré qu’aucun cas n’a été enregistré. «Des agents ont été mis en quarantaine, suite à des évacuations sanitaires de cas suspects et les tests ont été négatifs. Nous insistons auprès des éléments des unités d’intervention pour le respect du protocole d’intervention. Des actions de sensibilisation sont menées dans ce sens», a-t-il dit. Le colonel Achour a rappelé que des ambulances sont dédiées exclusivement à l’évacuation sanitaire des cas de Covid-19. «Elles sont soumises à des opérations de désinfection juste après l’évacuation menée par un personnel équipé et doté de moyens d’autoprotection», a-t-il assuré. Il a également indiqué que les opérations de désinfection sont menées sur la base d’une feuille de route et des mesures étudiées par des biologistes de la PC.
Neila B.
Chiffres à retenir
l 10.300 opérations de désinfection menées par la DGPC
l 21.500 agents et 7500 camions mobilisés
l 20.000 agents mobilisés et 650 véhicules affectés aux actions de sensibilisation
l 1.140 sapeurs-pompiers tous grades confondus ont participé à des opérations de dons de sang
Auteur: elmoudjahid
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