Le Collège de Surveillance Multilatérale (CSM) de la Cemac, réuni à Malabo les 7 et 8 octobre 2025, a dressé un état des lieux contrasté du respect des critères de convergence macroéconomique au sein de la sous-région.
Les critères de convergence constituent le socle de la discipline économique et budgétaire au sein de la Cemac. Ils visent à harmoniser les politiques macroéconomiques des six États membres — Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, République centrafricaine (RCA) et Tchad — afin d’assurer la stabilité monétaire et la viabilité financière de la zone.Ces indicateurs sont au nombre de onze, répartis en quatre critères de premier rang, considérés comme essentiels, et sept critères secondaires. Les premiers portent sur : un solde budgétaire de base au moins nul (hors dons), un taux d’inflation annuel moyen inférieur ou égal à 3 %, un taux d’endettement ne dépassant pas 70 % du PIB et l’absence d’arriérés de paiement intérieurs et extérieurs.Les critères secondaires concernent notamment la maîtrise de la masse salariale, la couverture des importations par les réserves de change, ou encore la limitation du financement des déficits par la banque centrale.
Une conformité encore incomplète
Si des progrès sont observés sur certains plans, aucun pays n’a encore atteint la conformité complète exigée par les textes communautaires. Selon le rapport du CSM, l’année 2024 n’a pas marqué de rupture majeure dans la trajectoire de convergence régionale. Sur les six pays membres, trois ont respecté deux critères, tandis que les trois autres n’en ont satisfait qu’un seul.Ainsi, le Cameroun, la Guinée équatoriale et la République centrafricaine (RCA) figurent parmi les plus performants. Le Cameroun et la Guinée équatoriale ont respecté les critères du solde budgétaire de référence et du taux d’endettement. La RCA, de son côté, a satisfait aux exigences liées à l’inflation et à l’endettement public.Le Congo a respecté uniquement le critère du solde budgétaire de référence, le Gabon celui de l’inflation et le Tchad celui du taux d’endettement.En résumé, aucun pays n’a encore validé l’ensemble des quatre critères de premier rang, pourtant indispensables à la convergence économique et à la stabilité monétaire de la zone.
Principaux points de blocage
Les principaux obstacles résident dans la maîtrise de l’inflation et la discipline budgétaire. En 2024, l’inflation moyenne régionale s’est établie à 4,1 %, en baisse par rapport à 5,6 % en 2023, mais toujours au-dessus de la norme communautaire fixée à 3 %. Seuls le Gabon et la RCA ont réussi à contenir les prix dans les limites prévues.Sur le plan des finances publiques, la plupart des États ont vu leurs dépenses croître de plus de 10 %, alimentant un déficit budgétaire global de 0,7 % du PIB, contre un excédent de 1 % l’année précédente. Cette dérive, conjuguée à la persistance d’arriérés intérieurs dans certains pays, explique le faible niveau de respect du premier critère de convergence.Sur le plan monétaire, la Cemac enregistre toutefois des signaux positifs. Le taux de couverture extérieure de la monnaie s’est établi à 74,9 % en 2024, contre 71,9 % en 2023, tandis que les réserves de change couvre en 2024, 4,86 mois d’importations, contre 4,6 mois un an plus tôt. Ces avancées témoignent du renforcement progressif de la stabilité externe de la zone, même si la norme communautaire de six mois de couverture n’est pas encore atteinte.
Le CSM appelle les États membres à intensifier les réformes pour respecter durablement les critères de convergence. Les efforts devraient porter notamment sur la maîtrise des dépenses publiques, la diversification économique pour réduire la dépendance au pétrole, et la modernisation des administrations fiscales afin d’améliorer la mobilisation des recettes internes. Pour la Commission de la Cemac que préside Baltasar Engonga Edjo’o, la consolidation de la convergence macroéconomique reste un préalable à une intégration régionale plus profonde, à la libre circulation effective et, à terme, à la mise en place d’une union économique pleinement fonctionnelle.En somme, selon Nicolas Beyeme Nguema, commissaire de la Cemac en charge des politiques économiques, monétaires et financières, si la Cemac a réussi à stabiliser ses fondamentaux macroéconomiques en 2024, le chemin vers le respect intégral des critères de convergence demeure long. La vigilance budgétaire et la coordination des politiques économiques s’imposent plus que jamais pour renforcer la crédibilité et la résilience de la sous-région.
Léon Mgba
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Auteur: Diapason Media Group Diapason Media Group
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