Céramique: Omar Chaabi plaide pour l’antidumping face aux importations indiennesCéramique: Omar Chaabi plaide pour l’antidumping face aux importations indiennes

En sa qualité de président de l’APIC (Association professionnelle des industries de la céramique), Omar Chaabi défend le recours à l’antidumping pour corriger une distorsion de concurrence liée à des importations à bas prix. Sans remettre en cause la montée en gamme engagée par les industriels, il alerte sur la pression croissante sur les marges, le ralentissement des investissements et la nécessité de préserver un cadre concurrentiel équilibré, loin de toute logique protectionniste.

Dans un contexte de recomposition progressive du tissu industriel marocain, la question de la concurrence internationale revient au cœur du débat économique. Le secteur de la céramique, fortement exposé aux flux d’importations, se retrouve aujourd’hui à un tournant stratégique. Le 22 avril 2026, le ministère de l’Industrie et du Commerce a officiellement ouvert une enquête antidumping visant les importations de carreaux céramiques en provenance d’Inde, à la suite d’une requête déposée par l’Association professionnelle de l’industrie céramique (APIC), présidée par Omar Chaabi. Cette démarche s’inscrit dans le cadre de la loi 15-09 relative aux mesures de défense commerciale et des règles de l’Organisation mondiale du commerce.

Au cœur de cette procédure : des soupçons de pratiques de dumping, matérialisées par des écarts significatifs entre les prix pratiqués sur le marché indien et ceux à l’export vers le Maroc. Selon les éléments examinés par l’administration, la marge de dumping serait largement supérieure au seuil minimal requis, tandis que les importations indiennes ont connu une progression marquée entre 2021 et le premier semestre 2025, tant en volume qu’en part de marché. Au-delà du constat, c’est surtout la notion de “menace de dommage important” qui retient l’attention, avec des signaux de fragilisation progressive de la filière nationale.

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Ainsi, l’APIC, qui regroupe les principaux acteurs industriels du secteur, défend le recours à l’outil antidumping comme un levier de régulation plutôt que comme une posture protectionniste. Face aux interrogations sur les effets potentiels de cette démarche sur les prix, la compétitivité ou encore l’attractivité du marché marocain, M. Chaabi revient, dans cet entretien accordé à Challenge, sur les fondements économiques et stratégiques de cette initiative, ainsi que sur les enjeux structurels qui traversent aujourd’hui l’industrie céramique nationale.

1. Pourquoi avoir choisi l’outil antidumping plutôt qu’une montée en gamme face aux importations indiennes ?

Nous ne posons pas ces deux approches en opposition. La montée en gamme, l’innovation et l’amélioration continue de la compétitivité sont des dynamiques déjà engagées par les industriels marocains depuis plusieurs années. Elles constituent le socle de notre stratégie. La procédure antidumping répond à une autre logique : celle de rétablir des conditions de concurrence équitables lorsque celles-ci sont objectivement altérées. Le dumping ne relève pas d’une simple concurrence classique.

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Il s’agit d’une pratique déloyale, caractérisée par l’introduction de produits à des prix anormalement bas, susceptibles de déstabiliser durablement le marché. Dans ce contexte, continuer à investir et à monter en gamme sans corriger cette distorsion reviendrait à fragiliser filière. L’antidumping constitue ainsi un instrument prévu par les accords de libre-échange et encadré par l’Organisation mondiale du commerce, permettant de rétablir un cadre concurrentiel sain dans lequel la compétitivité peut pleinement s’exprimer.

2. Les éléments retenus dans l’enquête suffisent-ils à établir une distorsion des prix ?

L’analyse ne repose pas sur un document isolé, mais sur une méthodologie rigoureuse conforme aux standards internationaux. Elle croise plusieurs sources et indicateurs afin de dégager une lecture cohérente. Ce qui compte, c’est la convergence des éléments mettant en évidence un écart significatif entre les prix à l’export et ceux pratiqués sur le marché d’origine. C’est cette cohérence globale qui permet, ou non, de caractériser une distorsion durable des conditions de concurrence.

3. Quels indicateurs témoignent déjà d’une dégradation dans la filière ?

La notion de “menace de dommage important” repose sur des signaux économiques concrets. Nous observons une pression accrue sur les marges, une visibilité réduite sur les carnets de commandes, un ralentissement des investissements et une tension croissante sur l’équilibre financier des unités industrielles. Dans une industrie capitalistique comme la céramique, ces signaux précèdent généralement des impacts plus profonds. L’objectif est donc d’intervenir en amont, avant que ces déséquilibres ne deviennent structurels.

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Plusieurs indicateurs montrent une dégradation progressive, avec une pression accrue sur les marges, une perte de visibilité sur les carnets de commandes, un ralentissement des décisions d’investissement et une tension croissante sur l’équilibre économique des unités industrielles.

Dans une industrie capitalistique comme la céramique, ces signaux précèdent toujours des impacts plus structurels. L’objectif de la procédure est précisément d’agir avant que ces effets ne deviennent irréversibles.

4. Faut-il craindre une hausse des prix pour les consommateurs ?

Il faut éviter toute lecture simpliste. Corriger une distorsion ne signifie pas provoquer une hausse généralisée des prix. Les prix anormalement bas peuvent donner l’illusion d’un avantage immédiat, mais ils fragilisent l’ensemble de la chaîne de valeur à moyen terme, avec un risque accru de dépendance et de volatilité. L’industrie nationale est aujourd’hui en mesure de répondre à la demande, tant en volume qu’en diversité. L’enjeu est de stabiliser le marché autour de niveaux de prix cohérents et durables.

5. Cette procédure envoie-t-elle un signal protectionniste aux investisseurs ?

Cette procédure ne doit pas être interprétée comme un signal protectionniste, mais comme l’application normale des règles du commerce international. Les instruments de défense commerciale existent précisément pour garantir un environnement ouvert mais équitable. Un marché attractif pour les investisseurs est avant tout un marché lisible, avec des règles claires et appliquées de manière transparente. En ce sens, la démarche engagée contribue au contraire à renforcer la crédibilité du cadre économique marocain, en assurant que la concurrence s’exerce dans des conditions équilibrées.

Auteur: Ismail Saraoui
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