– Dis ! C’est quoi la différence entre la 1re et la 2e République ?
– La 1re, ils géraient les dessous de table. La 2e, ils gèrent les tables !
– ???
Non, franchement, c’est nul ! À quoi ça sert maintenant de rêver de devenir ministre ou wali, ou wali, et ensuite ministre, ou ministre, et après limogeage, wali ? À rien ! T’as même plus le droit d’engueuler le populo ! De parler dans un micro tenu par un quidam dont le bras s’ankylose mais qui ne dit rien, se mord juste la lèvre de douleur. Il t’es même interdit de tourner le dos à une citoyenne ou à un citoyen qui t’interpelle ! Aw ! Tourner le dos ? Même ça, tu n’y ouvres plus droit ? Déjà qu’on t’avait ponctionné la plupart de tes prérogatives, comme les programmes de logements, de terrains et autres sucreries, si en plus, tu ne peux plus passer un savon à un prof ou à un architecte sur un chantier, où vont ces métiers autrefois si illustres ? Moi, j’te le dis, les temps à venir seront encore plus durs ! Si ! Si ! Ça peut être plus dur que ça ne l’est aujourd’hui. Comment ? Ben, prends tout simplement, un ministre ou un wali qui débarque en visite. Désormais, il va devoir… écouter ! Ouais Messieurs et Mesdames ! Écouter ! L’horreur ! Comment écouter lorsque jusque-là, on n’a fait qu’engueuler ? C’est plus le même métier ! C’est un autre job, ça, écouter ! Les oreilles n’ont pas été formatées pour ce travail. Faut les habituer. Au départ, ça va être un supplice. T’écoutes des nanas et des mecs en train de te postillonner à la figure leurs revendications, et toi, rien ! Ou plutôt si ! Y a l’ micro ! Parce que lui aussi, il change de mains ! Il paraît que dans la nouvelle Constitution, celle du 1er novembre, le micro, désormais, c’est les ministres et les walis qui le tiendront ! La déchéance ! La descente aux enfers pour ces anciennes stars ! Du coup, t’es sûr que le soir, en rentrant tard, très tard, si tu croises des ombres courbées, rasant les murs, à tous les coups, c’est soit un ministre ou un wali ou les deux qui, bras dessus-bras dessous, rentrent discrètement chez eux, incognito ! Ah ! Les temps changent ! Heureusement qu’il y a tout le reste qui ne change pas. Comme le thé que je fume pour rester éveillé à ce cauchemar qui continue.
H. L.
Auteur:
Cliquez ici pour lire l’article depuis sa source.