L’historien Daho Djerbal vient de publier aux éditions Chihab Lakhdar Bentobbal. Mémoires de l’intérieur. A l’évidence, il s’agit là d’un véritable événement éditorial, surtout quand on sait que cela fait 35 ans que l’on attend la sortie de ces Mémoires de l’ancien membre du CCE et ancien ministre de l’Intérieur du GPRA. Dans cet entretien, Daho Djerbal revient sur les conditions de sa rencontre avec Bentobbal et la genèse de ce travail de mémoire exceptionnel à partir du témoignage de «Si Abdellah» et le long entretien qui les a réunis pendant cinq ans. Il revient également sur le cheminement militant du successeur de Zighout Youcef à la tête de la Wilaya II en insistant sur l’importance de comprendre le terreau social et culturel et l’environnement politique dans lequel il a évolué et comment, à travers lui, le projet indépendantiste a pris racine dans le Nord Constantinois et les autres régions avant d’embraser les maquis de l’insurrection anticoloniale.

– Vous venez de faire paraître aux éditions Chihab le tome I des Mémoires de Si Lakhdar Bentobbal qui constituent un véritable livre-événement. Ces Mémoires sortent après 35 ans d’attente. Quel est votre sentiment, M. Djerbal, en tenant enfin ce livre entre les mains après une si longue attente ? Soulagé ?

La décision que j’ai prise de publier ces Mémoires représente un moment important du travail que je mène depuis des dizaines d’années, et dans lequel les Mémoires de Bentobbal occupent une place majeure. Cela représente en tout six années de travail (de 1980 à 1986, ndlr) entre l’enregistrement des entretiens et leur transcription, le travail de rédaction et de mise en forme. Puis il y a eu trente-cinq années d’attente que cet ouvrage puisse sortir et être transmis au grand public.

Il y a eu des circonstances malheureuses qui ont fait que la famille a mis le coude dessus. Elle a refusé de discuter une convention qui lui avait été proposée dès 1986, ce qui aurait permis de passer à la publication beaucoup plus tôt. Malgré le fait que j’étais disposé à négocier un accord avec la famille, j’ai appris qu’on a tenté de publier le livre sans mon accord, et sans que mon nom figure dans ce document. Les éditeurs, après avoir étudié la question, ont refusé de le sortir, aussi bien en Algérie qu’à l’étranger, et j’ai les correspondances que j’ai échangées avec eux à propos de cette tentative de publication.

– C’est la même copie qu’ils avaient ?

Oui, c’est la même copie puisque à chaque fois – et ça, c’est une précision importante – pendant toute la période de réalisation de l’entretien, soit cinq années successives, chaque séance était enregistrée sur cassette dont je remettais systématiquement une copie à Bentobbal. Il y avait ainsi du premier au dernier jour un accord formel sur l’enregistrement de l’entretien et sur sa transcription.

A chaque fois qu’on transcrivait une partie de ce travail, il était soumis à Lakhdar Bentobbal qui donnait son accord après quelques observations qui nous permettaient de revenir dans l’enregistrement suivant sur certains points et de les compléter. Ce travail qui a été accompli en présence et avec la collaboration pour l’entretien de Mahfoud Bennoune, a donc été fait dans les règles.

Ce témoignage constituait pour moi avant tout un matériau pour l’écriture de l’histoire. Or ce matériau est devenu explosif, dans tous les sens du terme. La SNED a accepté de le publier mais sous condition, exigeant que les noms qui y figurent soient effacés, et qu’on ne garde que les initiales.

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Auteur: Anis Khecheba
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