Sommes-nous aujourd’hui vraiement libres de tout dire et écrire, d’exprimer des opinions qui ne soient pas partagées par la multitude, de dire non là où le oui est l’opinion dominante ? Il peut paraître saugrenu de se poser ces questions alors que la presse tunisienne jouit d »une liberté totale depuis la révolution. Pourtant, je me surprends souvent à m’autocensurer, à biffer des mots, à modérer certains jugements rien que pour rester dans l’air du temps et ne pas choquer.
A chaque période, son politiquement correct, cette tyrannie qui ne dit pas son nom, une tyrannie d’autant plus nocive qu’elle est librement consentie. Il n’y a pas de risque pénal quand on ne s’y soumet pas, mais on est mis au ban de la société pour avoir violé les principes du contrat social. Dressés dans la pensée unique, on s’est très vite accommodés de cette loi non écrite. Une fois de plus, la faculté d’adaptation des Tunisiens fait merveille ! On était des béni-oui-oui, nous voilà devenus des béni-non-non. Tout simplement parce qu’il fallait se conformer à l’idéologie dominante qui consiste aujourd’hui, notamment à ridiculiser les ministres à l’Assemblée, à humiler le chef de Gouvernement, à diffuser de fausses nouvelles sur les réseaux sociaux pour alimenter la sinitrose, à idéaliser des pays qui sont en réalité au mieux des anti-modèles pour nous, à subir sans broncher les caprices de l’Ugtt quoi qu’elle fasse parce qu’il n’est pas de bon ton de s’attaquer à la classe ouvrière. Ce sont là, les éléments du nouveau «politiquement correct», cette novlangue où les mots de patriotisme, respect (de l’Etat et de ses représentants), culture du travail ont été bannis pour être remplacés par sit in, grèves, irrespect des institutions et haine de l’Etat.
«Semblable aux animaux, l’homme est naturellement imitatif. L’imitation. Qu’il s’agisse d’opinions, d’idées, de manifestations littéraires ou simplement de costumes, combien osent se soustraire à son empire (…). Avec des modèles, on guide les foules. A chaque époque, un petit nombre d’individualités que la masse inconsciente imite», notait déjà Gustave Le Bon, il y a plus d’un siècle. «Ce petit nombre d’individualités», ce sont nos chroniqueurs, «cette aristocratie ouvrière» qui jouent aujourd’hui le rôle de directeur de conscience.Incollables, ils ont réponse à tout et défendent leurs idées avec une force de conviction et de persuasion peu commune. On a fait certes une révolution, mais on n’est pas près de sortir de la servitude volontaire.
H.B
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