En tant que nouveaux président et vice-président général de la CGEM, Mehdi Tazi et Mohamed Bachiri entendent imprimer une nouvelle dynamique au patronat marocain, autour des régions, de la souveraineté industrielle, de la logistique et de l’intelligence artificielle, avec l’ambition de repositionner la Confédération comme un acteur central de la transformation économique du Royaume. Tour d’horizon de leurs priorités.
Le contexte leur est favorable. À l’approche de la Coupe du monde 2030, dans un Royaume engagé dans une phase d’accélération industrielle et infrastructurelle, la nouvelle direction de la CGEM sera appelée à jouer un rôle bien plus politique et stratégique que lors des précédents mandats.
Au terme de l’Assemblée générale élective, tenue le 14 mai à Casablanca, Mehdi Tazi et Mohamed Bachiri représentent aujourd’hui les deux visages de la continuité. Les deux hommes connaissent parfaitement les rouages de la Confédération. Mehdi Tazi a été vice-président général de la CGEM durant deux mandats successifs aux côtés de Chakib Alj, tandis que Mohamed Bachiri, figure historique du secteur automobile marocain et patron de Renault Group Maroc, avait déjà assuré l’intérim de la présidence de la CGEM en 2019 après le départ de Salaheddine Mezouar.
Mais au-delà des profils, c’est surtout le message économique qui a retenu l’attention. Le tandem a voulu montrer qu’il ne s’agissait pas d’une simple candidature de gestion ou de transition institutionnelle. Leur ambition est claire : repositionner la CGEM comme un acteur central de la transformation économique du Royaume.
Une vision claire des priorités
Le programme présenté s’articule autour de cinq grands axes. Le premier concerne l’environnement des affaires, sujet devenu prioritaire pour de nombreux chefs d’entreprise confrontés à la lourdeur administrative, à la complexité réglementaire et aux difficultés d’accès au financement. Le binôme promet un « choc de simplification », avec un basculement vers davantage de contrôle a posteriori plutôt qu’un système basé sur les autorisations préalables. La réforme du Code du travail et celle de la fiscalité locale figurent également parmi les priorités affichées.

Mohamed Bachiri lors de l’opération de vote à l’Assemblée générale élective, jeudi 14 mai 2026
Cette orientation traduit une réalité économique bien connue du secteur privé marocain : malgré les avancées enregistrées ces dernières années, de nombreuses entreprises, notamment les TPME, continuent de dénoncer les lenteurs administratives et les coûts liés à la bureaucratie. Dans les couloirs de la CGEM, beaucoup considèrent désormais que la compétitivité du Maroc dépendra autant des infrastructures que de sa capacité à fluidifier son appareil réglementaire.
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Deuxième pilier du programme : la souveraineté productive. Derrière cette expression devenue omniprésente depuis les crises du Covid et des tensions géopolitiques mondiales, le tandem Tazi-Bachiri entend pousser l’accélération industrielle du pays. L’objectif affiché est de renforcer le « Made in Morocco », d’augmenter le taux d’intégration locale et de réduire certaines dépendances stratégiques. Les questions énergétiques occupent également une place importante dans leur vision, avec la volonté affichée de réduire le coût de l’énergie pour les industriels et d’accompagner la transition énergétique des entreprises marocaines.
Une parfaite connaissance du terrain
Sur ce terrain, Mohamed Bachiri apporte un profil particulièrement stratégique. Homme-clé de l’écosystème automobile marocain, il incarne l’une des success stories industrielles du Royaume. Son expérience dans l’industrie automobile et les chaînes de valeur mondiales constitue un atout majeur pour une CGEM qui cherche désormais à accompagner la montée en gamme industrielle du pays.
Le troisième axe du programme concerne l’innovation et la transformation numérique. Intelligence artificielle, digitalisation des TPME, infrastructures numériques, data centers : le tandem entend inscrire le patronat dans la dynamique de la stratégie « Digital Morocco 2030 ». La création d’un « Morocco Innovation Lab » porté par la CGEM vise notamment à rapprocher davantage les entreprises marocaines des enjeux technologiques mondiaux.
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Ce positionnement révèle une évolution importante au sein du patronat marocain. Pendant longtemps, la CGEM a surtout été perçue comme une structure de représentation et de lobbying économique. Désormais, elle cherche aussi à apparaître comme un acteur de transformation et d’accompagnement stratégique des entreprises face aux mutations technologiques mondiales.
Le quatrième axe touche au rayonnement international du Maroc. Dans un contexte où Rabat accélère sa présence économique en Afrique et multiplie les accords commerciaux, la future équipe dirigeante de la CGEM veut renforcer l’accompagnement des entreprises marocaines à l’export. Les normes ESG, la compétitivité internationale et la mobilisation de la diaspora marocaine figurent parmi les leviers identifiés.
Une période décisive
Enfin, le tandem souhaite renforcer les synergies internes au sein même de la CGEM. Derrière cet objectif organisationnel se cache une réalité plus profonde : la nécessité de mieux coordonner les fédérations sectorielles, les régions et les commissions afin de rendre l’institution plus influente et plus réactive. « Nous soutenons cette candidature pour plusieurs raisons. La première est que le vice-président de la CGEM a toujours été à l’écoute de nos requêtes, notamment sur la nécessité de coprésider avec un industriel. Avec Si Bachiri, c’est le tandem parfait que nous, industriels, attendions depuis longtemps », nous confie Anas Ansari, président de l’AMITH.
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De son côté, Driss Boutti, Président la CGEM Souss Massa, déclare : « Mehid Tazi, pour l’avoir pratiqué est quelqu’un qui est très à l’écoute des régions. Cette candidature pour moi est une continuité. Cependant étant dans un monde assez conjoncturel, l’un des défis serait de mettre une véritable action de veille économique, financière et énergétique afin de soutenir le gouvernement ».
L’enjeu réside dans la capacité du tandem à donner un nouveau souffle à une organisation appelée à accompagner l’une des périodes économiques les plus décisives du Maroc contemporain.
Car les défis sont immenses : réforme du marché du travail, industrialisation, pression énergétique, financement des TPME, montée en puissance de l’intelligence artificielle, préparation du Mondial 2030 ou encore intégration africaine. Dans ce contexte, la nouvelle direction de la CGEM ne sera pas seulement jugée sur sa capacité à défendre les intérêts des entreprises, mais aussi sur son aptitude à participer à la construction du Maroc économique de la prochaine décennie.
Auteur: Ismail Saraoui
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