Sur le vif…

Mohamed Nait Youssef

C’est un droit. Chaque personne est libre de ses choix, de choisir ses actes et d’affirmer son existence dans le monde ; ce monde que nous partagions tous et toutes. Une Chikha en fait partie! Cette artiste pionnière à la fois aimée, malaimée et marginalisée a toujours porté ce poids lourd de son choix ; d’être libre. Hélas, ce regard méprisant, réducteur a accompagné les gardiennes de la parole libre et du verbe sensible.

 Les chikhates, ces femmes qui se battent pour faire entendre leurs voix, étaient souvent dans les collimateurs de ceux qui rejettent l’idée de la vie, de la beauté, de la musique, du chant et de la poésie. «Notre vie est semblable à cette bougie qui brûle et se sacrifie pour que les autres voient!», c’est ainsi que Aïcha, une ancienne chikha, résume le vécu de ces chanteuses, danseuses, musiciennes populaires et créatrices de joie dans le documentaire de Ali Essafi, «Le Blues des Chikhates». Ce film, il faut le rappeler, est un vibrant hommage à trois chikhates issues de la ville de Safi Aïda, Aïcha et Hafida qui prennent, tour à tour, la parole pour s’exprimer sur l’art de la aïta, son âge d’or et son avenir. Emouvant…la musique était omniprésente de bout en bout de ce documentaire à voir et à revoir absolument.

Ces derniers jours, le rôle d’une chikha, incarné par l’actrice Dounia Boutazout dans la série «L’Maktoub» diffusée sur 2M, a suscité une polémique dans les réseaux sociaux. Comme à l’accoutumée, certains prédicateurs en ont profité pour tirer sur tout ce qui bouge…en  attaquant une série, les artistes et l’utilité même de l’art. L’Institut Supérieur d’Art Dramatique et d’Animation Culturelle (ISADAC) n’a pas échappé à cette rage. Il a été, quant à lui, l’objet des attaques. Et ce n’est pas nouveau…

Une Chikha est avant tout une citoyenne, un être humain, mais aussi et surtout une artiste qui fait partie de notre tissu social, de notre patrimoine musical et identité culturelle plurielle. Ipso facto, le fait de lui réserver un rôle dans une série est tout à fait légitime. Mieux encore, c’est un devoir. Ces personnages doivent exister et évoluer dans un univers créatif, où la parole devrait être donnée essentiellement à toutes les composantes de notre société. Une Chikha ni un ange ni un diable. C’est une artiste. Tout court. A bas les voix rétrograde !  

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Auteur: M’hammed rahal
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