Selon la dernière note d’information du Haut-commissariat au plan (HCP) relative à la situation du marché du travail, le taux de chômage a reculé de 13,3% à 13% en 2025. Cette amélioration est due, en grande partie, à l’augmentation de 203.000 postes en milieu urbain, au moment où le milieu rural encaisse une perte de 10.000 postes. A l’aune des abondantes précipitations depuis novembre dernier, il est permis d’espérer une baisse supplémentaire du taux de chômage en 2026.
D’après les données publiées par le HCP, le marché de l’emploi montre des signes d’amélioration en 2025 dans le sens d’un léger recul du chômage de 13,3% à 13%. Ce résultat est dû à la création de 193.000 postes d’emploi en 2025, une dynamique portée principalement par le milieu urbain qui concentre un gain de plus de 203.000 emplois, tandis que l’emploi en milieu rural reste globalement déficitaire avec une diminution de 10.000 emplois. Cette situation s’explique par les lourdes pertes enregistrées ces dernières années au niveau des postes d’emploi dans le secteur agricole.
Selon Hajar Mortaji, Directrice de l’Observatoire national du marché de l’emploi, propos retenus lors de la conférence dédiée à l’emploi agricole organisée le 3 février dernier à Salé, « On est en pleine transition structurelle du marché du travail, sous l’effet de mutations économiques, sociales et climatiques, dans laquelle l’agriculture perd progressivement son rôle de premier employeur… Sur la période 2022–2024, la perte cumulée dans l’agriculture a atteint 555.000 emplois, soit une moyenne annuelle de 185.000 emplois détruits. À plus long terme, la contraction est encore plus marquée, alors qu’un Marocain sur deux travaillait dans l’agriculture au début des années 2000, un sur quatre seulement y est employé aujourd’hui, correspondant ainsi à une perte d’environ 1,7 million d’emplois agricoles en 20 ans ».
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Autre chiffre à retenir de la note du HCP, c’est que le secteur des services demeure le premier moteur de l’emploi avec 123.000 postes créés en 2025. Cela s’explique par le fait qu’il est un secteur multidimensionnel, composé par plusieurs autres secteurs, notamment, le tourisme, la restauration et le transport. Des secteurs qui sont généreux en matière de création d’emplois car soutenus par le développement accéléré de l’urbanisation ; sans oublier les chiffres records enregistrés au niveau touristique, presque 20 millions de visiteurs en 2025. S’agissant des autres secteurs, celui des «BTP» a créé 64.000 postes, l’«industrie» 46.000 postes, alors que l’»agriculture, forêt et pêche» a perdu 41.000 postes.
Par conséquent, en 2025 le nombre de chômeurs a reculé de 17.000 personnes, passant de 1.638.000 à 1.621.000 chômeurs, ce qui correspond à une baisse de 1%. Le taux de chômage est ainsi passé de 13,3% à 13% au niveau national, de 16,9% à 16,4% en milieu urbain et de 6,8% à 6,6% en milieu rural. Il reste plus élevé parmi les jeunes de 15 à 24 ans (37,2%), les diplômés (19,1%) et les femmes (20,5%). Toutefois, par genre, le taux de chômage a augmenté de 1,1 point parmi les femmes (20,5%) et a baissé de 0,8 point parmi les hommes (10,8%).
S’agissant des caractéristiques de la population active, sur les 10.867.000 actifs occupés en 2025, 37,5% d’entre eux résident en milieu rural (dont 20,3% sont de sexe féminin). Les jeunes âgés de 15 à 34 ans constituent 33,5% du volume total de l’emploi. Autres caractéristiques, près de 46,4% des actifs occupés n’ont aucun diplôme, 33,5% ont un diplôme moyen et 20,1% un diplôme supérieur. L’emploi salarial concerne 61% des actifs occupés, les indépendants représentent 26,2%, les aides familiales 8,9% et le statut d’employeur représente 1,7% de l’ensemble des actifs occupés.
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Au niveau des droits, plus de la moitié des salariés (54%) disposent d’un contrat formalisant leur relation avec l’employeur. Une part de 28,2% de ces employés dispose d’un contrat à durée indéterminée, 14,7% d’un contrat à durée déterminée et 11% d’un contrat verbal. S’agissant de la protection sociale, 47% des salariés bénéficient d’une couverture médicale liée à l’emploi. Et enfin, le point négatif relaté par le HCP est le volume du sous-emploi qui est passé entre 2024 et 2025 de 1.082.000 en 2024 à 1.190.000 personnes en 2025. Le taux de sous-emploi a ainsi augmenté de 10,1% à 10,9% au niveau national, de 8,9% à 9,6% en milieu urbain et de 12,2% à 13,2% en milieu rural.
S’agissant des projections, le taux de croissance de l’économie nationale devrait s’accélérer à 5% en 2026, selon les dernières prévisions du HCP dans son ‘’Budget économique prévisionnel 2026’’. Cette croissance serait portée par la reprise du secteur agricole et la consolidation des performances des activités non agricoles, stimulée par le dynamisme de la demande intérieure dans un contexte de stabilité des prix. En effet, les précipitations abondantes et bien réparties enregistrées à partir de fin novembre laissent entrevoir une campagne agricole plus prometteuse. Par ailleurs, l’activité d’élevage devrait se redresser en 2026 du fait de l’amélioration du couvert végétal et la disponibilité des pâturages, ainsi que par le programme national de reconstitution du cheptel. Ainsi, la valeur ajoutée agricole devrait évoluer de 10,4% en 2026, après 4,5% estimée en 2025, sous l’hypothèse d’une production céréalière supérieure à la moyenne (80 millions de qtx). Ainsi, le secteur agricole, qui a perdu des dizaines de milliers de postes en 2025, devrait en créer cette année, ce qui impacterait positivement le taux de chômage qui devrait descendre probablement au-dessous de 13% en 2026.
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Toutefois, certains professionnels émettent des réserves quant à l’évolution positive de l’emploi en milieu rural. Selon Rachid Benali, Président de la COMADER1, dans un entretien à Medi 1 TV le 4 février dernier, « L’emploi agricole souffre puisque d’après les derniers chiffres du HCP, 41.000 postes ont été perdus entre 2024 et 2025. Maintenant, suite aux dernières précipitations, on a carrément une pénurie de main-d’œuvre agricole sur pratiquement toutes les filières et toutes les régions du Royaume. Ce manque de main-d’œuvre s’explique par une sécheresse qui a duré 6 ans et qui a acculé une partie de la population active agricole à quitter le monde rural vers les villes où les grands chantiers, lancés par l’Etat, leur ont donné des possibilités d’embauche. Et bien sûr, quand on est dans les chantiers et quand on a goûté à la vie en ville ce n’est pas facile de revenir à la campagne ».
(1) COMADER : La Confédération Marocaine de l’Agriculture et de Développement Rural.

La croissance génère moins d’emplois au Maroc
Cette problématique a été l’objet du rapport de l’Institut Royal des Études Stratégiques (IRES) de juin 2025 intitulé «Croissance économique et création d’emplois : Pourquoi l’économie marocaine peine à créer de l’emploi ?». Le rapport souligne que, malgré une croissance économique soutenue, celle-ci n’a pas réussi à créer suffisamment d’emplois durables et de qualité, avec une économie encore largement dominée par le secteur informel. Ce secteur pèse sur l’emploi, limitant les ressources fiscales de l’État et la qualité des emplois. Le rapport met en évidence le décalage entre la croissance économique et la création d’emplois, notant que si un point de croissance créait environ 30.000 emplois entre 2000 et 2010, ce chiffre est tombé à près de 15.000 entre 2010 et 2019.
L’avenir de l’emploi agricole au Maroc
La ville de Salé a abrité, le 3 février dernier, une conférence nationale consacrée à l’avenir de l’emploi agricole au Maroc. Organisée sous le thème « Emploi agricole : état des lieux, déterminants et leviers de préservation », cette conférence a réuni près de 250 participants issus des administrations publiques, des organisations professionnelles agricoles, des institutions internationales et du secteur privé. La rencontre a été organisée par le ministère de l’Agriculture en collaboration avec le ministère de l’Inclusion économique, de la Petite Entreprise, de l’Emploi et des Compétences, le Groupe de la Banque mondiale, la COMADER et l’AMAECO. L’objectif affiché était de dresser un diagnostic actualisé de l’emploi agricole, d’en analyser les facteurs structurels et conjoncturels, et d’identifier des pistes d’action opérationnelles pour préserver et renforcer l’emploi dans un contexte de fortes mutations climatiques, économiques et sociales. Les travaux ont notamment porté sur les résultats d’études récentes présentées par le Groupe de la Banque mondiale et la COMADER, mettant en évidence les interactions étroites entre emploi agricole, investissement productif, productivité des exploitations et gestion durable des ressources hydriques. Les échanges ont également souligné le rôle central des politiques publiques, des dispositifs d’accompagnement et des organisations professionnelles dans la dynamique de création et de stabilisation de l’emploi agricole, en particulier dans les territoires ruraux.
Auteur: A. Maïssour
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