Propos recueillis par Omar Er-rouch
Marrakech- Dans cet entretien accordé à la MAP, la Présidente de l’antenne Marrakech-Safi de la Ligue Marocaine pour la Protection de l’Enfance (LMPE), Mme Lamya Lazrek, fait le point sur la crise financière qui secoue cette association et son impact sur les enfants pris en charge et leurs familles.

Q1 – Quelle est la mission de la LMPE-MS et les services prodigués aux enfants en situation de vulnérabilité ?

La ligue Marocaine pour La Protection de l’Enfance est une association à caractère national qui œuvre, depuis sa création en 1954 jusqu’à nos jours, pour l’amélioration de la qualité de l’accueil et la prise en charge des enfants en situation de vulnérabilité et aussi pour la promotion et la préservation de leurs droits fondamentaux.

Considérée comme une organisation non gouvernementale, à but non lucratif et reconnue d’utilité publique, elle est devenue un acteur associatif national intéressé par les questions de l’enfance démunie, notamment, ceux qui sont en situation de précarité, d’abandon, et de handicap, ainsi que les mères en situation de détresse.

Q2 – Quelle est la situation financière de la LMPE-MS ?

Actuellement, nous n’avons aucune visibilité financière ni à court ou moyen termes. Nous ne pouvons, malheureusement, pas mettre en place une stratégie de fonctionnement au sein de la LMPE Marrakech, pour manque de fonds.

Notre budget se détermine au jour le jour, et nous procédons toujours par priorité pour les enfants que nous hébergeons dans le centre.

Et notre dépendance sur le mécénat entretient un doute permanent par rapport à notre capacité d’assurer nos fins de mois. Quant aux donateurs institutionnels, je profite de l’occasion pour remercier les autorités compétentes au niveau de la région Marrakech–Safi, pour leurs efforts inconditionnels au profit des enfants de la LMPE Marrakech– Safi.

Q3 – Quelles seront les retombées de cette crise financière sur les services prodigués par l’association et ses projets ?

Notre mission sociale dans sa globalité est entravée par le manque de moyens financiers, tout en sachant que durant cette crise, la couche sociale la plus fragile produira de plus en plus d’enfants victimes de violence, de mendicité voire même de l’abandon.

Nous avons été, malheureusement, forcés de supprimer deux services clés dans la LMPE antenne de Marrakech–Safi : celui de l’assistante sociale, qui travaillait dans l’accompagnement des mères en situation de précarité, et le deuxième, celui des nurses. Parce que nous sommes quasiment impuissants de prendre en charge d’autres enfants.

Q4 – Comment se présente l’avenir des enfants pris en charge par la LMPE-MS ?

Notre plus grande inquiétude présentement est celle de ne plus pouvoir accueillir des enfants en situation de précarité. Le nombre actuel des enfants hébergés est de 86, alors que notre capacité totale est de 114 enfants. Et pour cause, nous ne pouvons plus assurer des salaires supplémentaires, ni assurer la nourriture de ces enfants.

Par ailleurs, notre mission clés d’accompagner les mères en situation de vulnérabilité est aussi touchée par ce manque financier. Nous sommes dans l’impossibilité de leur offrir la prise en charge de leurs enfants à la naissance comme nous avions l’habitude de le faire, en guise d’alternative essentielle pour éviter qu’elles abandonnent leurs bébés.

Q5 – Quel message à envoyer à l’adresse des donateurs ?

Notre message s’adresse à la conscience collective marocaine. Nous faisons appel à l’ensemble des unités industrielles dans l’agroalimentaire, les produits d’hygiène, l’industrie pharmaceutique, pour venir en aide à ces enfants, que ce soit à Marrakech ou dans d’autres villes. Parce que ces enfants, sont issus de notre propre société, et n’ont pas à subir les conséquences de l’insouciance des parents, ou de la pauvreté.

Nous faisons appel aussi au secteur privé, pour qu’il puisse s’activer davantage et créer la différence. Nous ne pouvons pas nous baser uniquement sur les aides de l’État, puisque la société est composée de plusieurs acteurs agissants, et ils peuvent réellement aider ces enfants-là. En collaborant ensemble : tissu associatif, institutions publiques et secteur privé, nous pouvons donner l’occasion à toute une génération de développer un sens de citoyenneté élevé. Et par la même occasion, diminuer considérablement cette problématique d’enfants en situation de précarité et de vulnérabilité.

Auteur: Mohammed KOURSI
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