Alors que la 16e Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED16) se tient à Genève sous le thème «Façonner l’avenir: stimuler la transformation économique pour un développement équitable, inclusif et durable», la planète fait face à une triple crise: une dette devenue insoutenable, une recrudescence des droits de douane et une perte croissante de confiance dans le multilatéralisme.

Face à la triple crise mondiale (dette, droits de douane, méfiance), le Maroc affirme à la Cnuced16 une stratégie de souveraineté industrielle et d’innovation. Le Royaume mise sur des secteurs clés comme l’aéronautique, l’automobile et les batteries électriques, tout en plaidant pour un multilatéralisme réformé et inclusif (Ph. Bziouat)

Dans ce contexte instable, le Maroc ne se contente pas d’être spectateur, il s’engage activement. Il y est représenté par une délégation de haut niveau menée par le ministre de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, aux côtés de l’ambassadeur représentant permanent du Maroc auprès de l’ONU-Genève, Omar Zniber, ainsi que de responsables de plusieurs départements ministériels. Ensemble, ils portent une vision claire: un développement ancré dans l’innovation, la souveraineté économique et le renforcement du rôle du Maroc en Afrique.

■ Une économie mondiale à la croisée des chemins
La secrétaire générale de la Cnuced, Rebeca Grynspan, a dressé un constat sans concession: «Une crise de la dette et du développement est toujours à l’œuvre», a-t-elle déclaré devant les 195 Etats membres réunis à Genève. Les pays en développement, étranglés par une dette publique dépassant les 31.000 milliards de dollars, doivent faire des «choix impossibles», «faire défaut sur leur dette ou sur leur développement», a-t-elle souligné. A cela s’ajoutent des tensions commerciales croissantes, notamment les hausses tarifaires initiées par les grandes puissances, qui ont fait grimper certains droits de douane de 2,8% à plus de 20% en 2025.
«L’incertitude est le tarif le plus élevé qui soit», a prévenu Grynspan, rappelant que cette volatilité freine l’investissement et compromet la croissance future.

■ Le Maroc, un modèle émergent de résilience
Face à ces défis globaux, le Maroc se distingue par une stratégie proactive. Alors que les flux d’investissement internationaux reculent pour la deuxième année consécutive, le Royaume attire des projets industriels de calibre mondial.
Le ministre Ryad Mezzour a ainsi mis en avant, lors d’un échange avec la communauté marocaine à Lausanne, le lancement récent du complexe industriel Safran à Nouaceur, qui créera près de 900 emplois hautement qualifiés dans le secteur aéronautique.
Dans l’automobile, le Maroc consolide sa position de premier exportateur de véhicules en Afrique, avec plus de 600.000 unités produites et un taux d’intégration locale de 65%. Mais l’ambition ne s’arrête pas là: le pays vise un million de véhicules et se positionne comme l’un des rares acteurs mondiaux à maîtriser l’ensemble de la chaîne de valeur des batteries électriques, de l’extraction au recyclage, avec une gigafactory en construction à Nador et des exportations déjà amorcées vers la Corée du Sud.

■ Une vision tournée vers les talents et l’innovation
Pour Ryad Mezzour qui a été invité par l’Association des Polytechniciens marocains de Lausanne, la clé de cette transformation réside dans la jeunesse. Invitant les étudiants marocains à l’étranger à «envisager de faire leur carrière au pays», il a insisté sur la nécessité de passer d’une logique de «valeur de production» à une «valeur d’innovation» et une «valeur de marque». Ce changement de paradigme, selon lui, est essentiel pour que le Maroc devienne non seulement un hub industriel, mais aussi un pôle d’innovation souverain. Cette vision rejoint les appels lancés à la Cnuced16 en faveur d’une économie numérique inclusive. Alors que 2,6 milliards de personnes restent hors ligne, majoritairement des femmes, et que moins d’un tiers des pays en développement disposent d’une stratégie d’intelligence artificielle, le Maroc mise sur la technologie comme levier d’inclusion et de compétitivité.

Un multilatéralisme réformé, au service du Sud

Le Maroc participe activement aux débats sur la réforme du système commercial multilatéral, dont les règles, vieilles de près de 80 ans, sont jugées obsolètes par de nombreux pays du Sud. Comme l’a souligné Ngozi Okonjo-Iweala, directrice générale de l’OMC, «nous ne voulons pas du multilatéralisme de nos grands-mères…». Le Royaume soutient ainsi les initiatives visant à renforcer la coopération Sud-Sud, notamment à travers le Système global de préférences commerciales (SGPC), et à corriger les disparités dans le coût du capital qui pénalisent les économies émergentes.


«La résilience n’est pas la stabilité…»

La 16e Conférence ministérielle de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED16) s’est ouverte lundi 20 octobre à Genève sur un appel à une transformation économique ambitieuse, alliant justice sociale, inclusion et durabilité. «La résilience n’est pas la stabilité et pourtant, nous avons besoin des deux…», a souligné Rebeca Grynspan, secrétaire générale de la Cnuced, dans son discours inaugural. Elle a mis en garde contre les fragilités persistantes de l’économie mondiale, malgré sa capacité à s’adapter aux chocs récents. Organisée conjointement par la Suisse et la Cnuced, cette session quadriennale se déroule jusqu’au 23 octobre et rassemble plus de 160 délégations, dont celle du Maroc, ainsi que des lauréats du prix Nobel, des dirigeants d’organisations internationales et des experts de renom. Le programme prévoit 40 événements de haut niveau et 24 panels dédiés aux grands enjeux contemporains: commerce, investissement, finance, technologie et économie numérique.

Fatim-Zahra TOHRY

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Auteur: Fatim-Zahra TOHRY
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